Philosophie et spiritualité


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Dissertation : Le désir suppose - t - il la connaissance préalable de son objet ?

La copie d'Aurore Foissac


Selon Epicure, il est indispensable de connaître la véritable nature d'un désir pour déterminer s'il est de ceux qui doivent être satisfaits. En effet, la pensée épicurienne nous impose plusieurs sortes prédéfinies de désirs ; «certains sont fondés en nature, d'autres sont vains». Nous pouvons donc en déduire que la connaissance préalable de l'objet de son désir est indispensable à la volonté de satisfaire ou non celui - ci".

Or cette connaissance n'est pas nécessaire, notamment dans le désir sexuel. Ainsi dans  l'œuvre de Maupassant Une Vie, nous rencontrons une femme s'attachant à l'aspect idéal du «prince charmant». S'étant mariée avec un homme qu'elle considérait comme tel, elle le plaça au dessus de ses rêves et fit de lui l'objet de tous ses désirs.

Le désir suppose-t- il donc la connaissance préalable de son objet ? En effet, avons nous réellement conscience de la teneur exacte de nos désirs ? Nous pouvons également nous demander s'il n'existe pas plusieurs formes de désirs dont certaines nécessiteraient une connaissance préalable pour pouvoir exister.

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Pouvons nous ressentir le besoin d'un objet sans avoir de celui - ci une connaissance préalable ? Revenons la théorie d'Epicure : «Parmi les désirs naturels, les uns sont nécessaires pour le bonheur, les autres (...) pour le fait de vivre ». Nous avons donc ici la mise en présence des désirs naturels et nécessaires à la vie. Ce sont des désirs prédateurs et purement biologiques. Dans cette première étape vers la conscience de soi, l'homme n'a plus conscience que de l'objet de ses besoins, il le connaît, le désire, il analyse les sensations qui le tiraillent sommeil, soif ou faim comme le ferait un animal. C'est pourquoi selon Hegel : Ce Moi naturel, fonction de l'objet naturel, ne pourra se révéler à lui même qu'en tant que sentiment de soi». Nous pouvons donc en conclure que la connaissance préalable de l'objet nécessaire aux besoins biologiques ne permet pas une conscience de soi mais seulement un sentiment d'exister. Cependant, à la différence de l'animal, la connaissance que l'homme a de l'objet de ce désir biologique lui permet de le contrôler, de décider s'il est bon de le satisfaire ou non. Il peut donc le nier pendant un certain temps mais ne peut le supprimer, car l'homme répond toujours aux cycles impérieux de la nature auxquels il ne peut se soustraire sans mettre sa vie en péril. Cette vie qui selon Spinoza cherche à croître, à se conserver, à «persévérer dans son être». Les désirs biologiques secondaires peuvent, quant à eux, se satisfaire d'un contentement différé. En effet, ils ne concourent qu'à la satisfaction de l'esprit et non à celle du corps. Celui - ci les connaît et les reconnaît comme étant fondamentaux à sa propre satisfaction. C'est pourquoi il en use ; tant et si bien qu'une certaine accoutumance s'installe et que ce désir reconnu comme étant un désir naturel non nécessaire se transforme en véritable besoin. Il y a alors la création d'un nouveau cycle dans la vie de l'homme dépendant de ce désir devenu besoin.-

Mais le désir n'engendre -t- il pas ici une connaissance erronée de son objet ? En effet, l'être dépendant considère l'objet nécessaire alors qu'il n'est que superficiel. «Quel besoin avez vous de cinquante serviteurs ? - Quel besoin de dix ? - Quel besoin d'un ?ÿ», ici Clavel nous montre la futilité de ces prétendus besoins. C'est l'homme qui les créer, notamment grâce à la publicité. Effectivement, le publicitaire connaît tellement les aspirations de chacun qu'il va s'en servir pour créer des besoins à partir de la connaissance de ces désirs intérieurs.

La connaissance préalable de l'objet de ses désirs est donc, dans le cas des désirs biologiques, nécessaire. Nous ne pouvons pas avoir besoin de quelque chose relatif à la survie si nous ne connaissons pas cette chose.

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Pourtant, n'y a - t - il pas une symbolique dissimulée dans le désir ? En effet, nous sommes nous déjà réellement demandés pourquoi nous désirons une chose plutôt qu'une autre? Est - ce la connaissance préalable de cet objet qui fait que nous le distinguons des autres et voulons nous l'approprier, ou y a - t - il un autre sens dans le choix de nos désirs ? N'aspirons nous pas en fait à un sentiment plus fort et plus mystérieux que le simple fait de désirer un objet parce qu'il nous fait envie ? Ainsi selon Girard : «L'homme désire intensément mais il ne sait pas exactement quoi». Nous pouvons donc penser que l'homme cherche, en accomplissant ses désirs, à se faire reconnaître en tant que personne par autrui. Il cherche à s'affirmer et à attirer le regard des autres sur lui. C'est ainsi que, dans le désir sexuel, l'homme cherche à s'approprier la conscience de l'autre. Selon Sartre : «Il est certain que je veux posséder le corps de l'Autre, mais je veux le posséder en tant qu'il est lui même un «possédé» c'est à dire en tant que la conscience de l'autre s'y est identifié». Nous pourrions alors nous demander pourquoi ce désir d'être reconnu par autrui est si important pour l'être humain au point que la connaissance qu'il croît avoir acquise sur l'objet de ses désirs est totalement erronée-

Mais pourquoi aspire - t - il à être ainsi reconnu par autrui ? Selon Sartre : «Nous nous atteignons nous même en face de l'autre, et l'autre est aussi certain pour nous que nous même (...). L'autre est indispensable à mon existence aussi bien d'ailleurs qu'à la connaissance que j'ai de moi». L'homme cherche donc par le regard d'autrui à se connaître lui même, à prendre conscience de lui et non plus, comme nous l'avons vu précédemment à n'avoir qu'un sentiment de lui même. Il s'identifie aux autres et par leur regard il va chercher à se découvrir tel qu'il est en réalité et non pas tel qu'il se croit être. C'est ainsi qu'Hegel écrit : «La conscience atteint sa satisfaction seulement dans une autre conscience de soi». Le désir de reconnaissance serait donc une forme d'égoïsme, Stirner le définit comme tel et déclare : «Je chante parce que je suis un chanteur ! Si pour cela je me sers de vous, c'est parce que j'ai besoin d'oreilles». Selon ce philosophe nous ne cherchons la présence d'autrui que pour servir notre ego, «Je consomme le monde pour apaiser la faim de mon égoïsme» déclarera encore Max Stirner.

L'objet de nos désirs que nous croyons connaître, se révèle inexact. En effet, nous ne désirons quelque chose que dans le but de nous faire reconnaître par autrui. La connaissance du réel objet de nos désirs nous reste donc inconnue.

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Avons nous alors réellement conscience de tous nos désirs ? Ne nous arrive - t - il donc jamais de désirer quelque chose sans savoir en quoi consiste exactement ce désir ? Selon Freud tout homme, qu'il soit névrosé ou bien portant, a des désirs refoulés dans son inconscient. Ils se traduisent généralement par des faits quotidiens et auxquels personne n'attache une grande importance, comme le fait de fredonner ou de jouer avec ses doigts. «Ils expriment (...) des pulsions et des intentions que l'on veut cacher à sa propre conscience et (...) ont leur source dans des désirs et des complexes refoulés». Mais pourquoi l'homme refoule - t - il certains de ses désirs ? Selon Platon chaque homme a en lui des désirs innés comme l'est par exemple pour le petit enfant le complexe d'Œdipe. Ce dernier suppose que le petit garçon veuille avoir des relations sexuelles avec sa mère et tuer son père qu'il considérerait alors comme un rival. Pourtant l'enfant n'en a pas conscience, ce désir est refoulé dans le Ça, car s'il venait à apparaître à l'enfant comme tel, sans avoir subi de transformation, cela pourrait le conduire à une névrose. Bon nombre de nos désirs sont ainsi censurés dans notre subconscient et nous n'en n'avons donc pas une connaissance préalable. Nous pouvons également illustrer cet état de choses avec le mythe de l'androgyne de Platon qui sous entend que si nous passons notre vie à chercher l'âme - sœur ce n'est pas pour l'Amour de cet être, mais pou effectuer un retour à l'unité. En d'autres termes, l'homme croit chercher l'amour mais il ne veut en réalité trouver que «sa partie manquante».S

Mais si ces désirs nous sont inconnus, comment pouvons nous en prendre conscience et libérer ainsi notre esprit ? Tout d'abord, Freud a mis en place la technique de la psychanalyse qui cherche à révéler au patient la structure de son inconscient. Pour ce faire, il faut ramener à la conscience le désir refoulé, car celui - ci, «continue à subsister dans l'inconscient (...) et il réapparaît (...) mais sous un déguisement qui le rend méconnaissable (...), l'idée refoulée est remplacée dans la conscience par un autre qui lui sert de substitut». Le but du psychanalyste est donc de ramener ce désir refoulé en plein jour et de le surmonter avec le patient qui doit en prendre conscience et l'accepter. Les désirs refoulés peuvent également apparaître dans les rêves. Ceux - ci ne subissent pas la censure imposée par l'esprit et sont donc une sorte de méthode de traitement psychique. Platon déclare ainsi : «ÿ(Des désirs) qui s'éveillent pendant le sommeil (...) la partie bestiale et sauvage (...) tressaille, (...) elle ne craint point d'essayer en imagination de s'unir à sa mère (...), il n'est point de folie, point d'impudence dont elle ne soit capable». En outre, selon Freud, l'art est également un moyen de vaincre ses désirs refoulés, l'artiste les extériorisent en les représentant sous une forme créative, ce qui lui permet pour un temps du moins de les supprimer. En nous penchant sur le problème des désirs refoulés nous avons pu constater qu'il n'y a pas de connaissance préalable de l'objet puisque le sujet ignore la teneur de ces désirs.

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A travers ces diverses catégories de désirs, nous avons pu démontrer qu'à l'exception des désirs - besoin, le désir ne suppose pas la connaissance préalable de son objet. En effet, l'homme vit quotidiennement avec des désirs qu'il ignore soit parce qu'ils sont refoulés dans le Ça, soit parce qu'en croyant désirer un objet, il cherche le regard d'autrui. 

Dans un cas comme dans l'autre, nous avons pu découvrir que si l'homme réussit à mettre ses désirs dans la lumière de sa conscience, il pourra alors se comprendre soi même et prendre conscience de ce qu'il est réellement.

 

 

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