Philosophie-Spiritualite.Com
Serge Carfantan - Communication transpersonnelle et totalité
 
Accès rapide des leçons
Index thématique

Actualités
Lecons
Notions
Exercices
Documents
Etude
   

Leçon 268.  Communication transpersonnelle et totalité    

    __________L’intellect est un outil mental qui n’est à l’aise que dans l’analyse et le découpage en petits morceaux. La pensée fragmentaire est une paresse du mental. L’intuition véritable qui donne naissance à une pensée globale va toujours au-delà et c’est précisément la marque de l’intelligence. S’agissant de l’humain, il est bien plus facile de penser dans la séparation que dans l’unité.

    _____L’ego a besoin de se donner des limites et il le fait en s’attribuant une définition, une identité limitée qui ne peut avoir de sens qu’opposée à une autre identité limitée. Il y a moi et l’autre. Or l’autodéfinition la plus commune est évidemment dirigée vers l’identification à un collectif culturel. Le sens intime je suis ne met pas de barrières, il est immergé dans la Totalité, mais le sens de l’ego ne se satisfait que dans la limite, la séparation. Le moi se pose en s’opposant ! Au niveau le plus grégaire du développement de la conscience le contenu du moi est encore tribal. Sur le fil de la dualité il y a « nous » et « eux ». Lourdes conséquences. Dans les relevés de Lévi-Strauss, nous les « hommes », les « valeureux » et eux les « singes de la terre » et les « œufs de poux », ou bien nous les « civilisés » et eux les « sauvages », nous les « développés » et eux les « sous-développés », nous les « croyants » et eux les « mécréants », nous les « Occidentaux » et les « autres », le reste du monde... ! L’ethnocentrisme n’est qu’une extension de l’égocentrisme sur le plan du collectif ; une fois cette structure mentale apparue, se constitue un ego collectif qui se met à fonctionner comme l’ego individuel en marquant la séparation. Aucune appréhension de la Totalité au moins comme une humanité une, intimement liée dans une même famille.

    Une vision somme toute très superficielle. Intenable. L’univers serait intégralement interconnecté, la vie serait partout intimement en relation avec elle-même… sauf les humains entre eux ! Faut-il prendre au sérieux la fable selon laquelle chacun vivrait dans son quant à soi enfermé dans son petit monde personnel, comme une ville assiégée ne pouvant exister qu’en repoussant tous ces barbares que sont les « autres » ? Il ne manque pas d’expériences qui prouvent que la séparation entre moi et autrui est purement fictive. En fait « ma » conscience n’est pas seulement « mienne ». Des connexions existent qui relient « mon » esprit, « ma » conscience à l’esprit et la conscience des autres. Peut-on mettre en évidence une communication transpersonnelle dans la Totalité ?

*  *
*

A. Le transfert de l’intention

    Einstein voyait dans la séparation entre les êtres humains une sorte d’illusion d’optique de la conscience. « Un être humain fait partie d’un tout que nous appelons l’univers ; il est limité dans l’espace et dans le temps. Il perçoit ses pensées et ses sensations comme séparées du reste, ce qui est une sorte d’illusion d’optique de la conscience. Cette illusion est pour nous une prison qui nous restreint à nos désirs personnels et à une affection réservée à nos proches ». Malheureusement c’est bien dans cette illusion que nous pensons le monde et c’est dans cette illusion que nous créons toutes sortes de problèmes. Le comble, c’est que nous tenons tellement à faire de cette illusion notre « réalité », que nous avons inversé les choses (c’est le processus de l’illusion), nous pensons la séparation comme réelle et l’unité comme illusoire. C’est si bien établi depuis la Modernité que, juché de la hauteur de notre savoir objectif et monologique, nous interprétons les connexions transpersonnelles comme des phénomènes « paranormaux » ou comme une vague résurgence de la « mentalité primitive ». ________

    1) Les anthropologues parlent de « magie sympathique » quand ils sont confrontés à des pratiques telles que celles des shamans et des sorciers donnant lieu à des transferts psychiques. Mettons de côté l’œuvre de Carlos Castaneda, lecture pourtant très stimulante sur les sorciers Yaqui au Mexique, mais où la frontière entre l’effet littéraire et l’observation n’est pas vraiment claire.

    Les études de James Frazer sur le sujet restent une référence. Il a décrit la manière étrange dans le vaudou dont le shaman amérindien traçait la figure d’un individu dans du sable, puis la perçait avec un bâton pointu ou lui infligeait des blessures. Frazer a pu observer par le biais de témoins que souvent la personne ciblée tombait malade, devenait léthargique. Pour user d’un si…alors hypothético-déductif, si la pratique était effectivement avérée, alors cela voudrait dire que l’intention de nuire rapportée à un substitut symbolique de la personne réelle a une résonance, comme un son particulier émis d’un point ferait vibrer ailleurs une seule corde, et atteindrait sa cible dans un effet apparié à la qualité de l’intention.

    Selon les observations conduites par maints anthropologues, des clans entiers semblent demeurer en contact, indépendamment du lieu où se trouvent leurs membres. A. P. Elkin a_____________________

   ____ Sentinelese et des autres tribus des îles Andaman dans l’océan Indien qui sont restées très isolés du reste de la planète. En 2004, lors du tsunami, on a pensé qu’ils avaient dû être affligés de très lourdes pertes, voire d’une extinction. Mais ce ne fut pas le cas. Ils s’étaient réfugié à temps sur les hautes terres. Les journalistes ont pensé qu’ils avaient dû être informés du danger en observant le comportement des animaux. Mais Laszlo suggère que ce n’est peut-être même pas nécessaire, il est possible tout simplement qu’ils aient préservé le même type de sensibilité à l’environnement que possède les animaux. Ce type d’in-formation peut très bien circuler à partir du même niveau subtil et non verbal qui permet la connexion transpersonnelle.

    En bonne logique l’intention de guérir pourrait emprunter les mêmes voies. Le guérisseur – et cela correspond à une pratique très répandue aujourd’hui – agit à distance sur le patient en dirigeant vers lui une intention curative qui se diffuse comme une énergie positive. Le plus souvent, que le guérisseur et le malade se trouvent dans la même pièce ou qu’ils soient à des kilomètres de distance ne joue aucunement pour les résultats. Pour ceux qui n’auraient jamais été confrontés à ce genre de phénomène, voyez le documentaire La Matrice vivante qui fournit de très bons exemples dans un contexte contemporain. Les études se multiplient sur le sujet depuis quelques années et viennent corroborer les résultats de la médecine corps-esprit. Celle-ci maintient que le lien psychique de l’intention du médecin à l’égard du malade joue un rôle fondamental dans le processus de guérison, de la même manière que l’attitude d’esprit que le malade entretient vis-à-vis de sa maladie est tout aussi déterminant. La preuve incontestable apparaît dans l’effet placebo et nocebo. Dans les expériences conduites à ce sujet, on a pu remarquer qu’il y avait une différence statistique nette dans les résultats obtenus entre la situation où le médecin sait qu’il administre un placebo et celle où il croit administrer un médicament contenant une substance active alors qu’il s’agit seulement d’une pilule de sucre. La conviction qu’il met dans l’intention a un effet et ____________

    Dans le même registre, quelques mots sur la guérison par la prière, étudiée notamment par Randolph Byrd, de l’hôpital général de San Francisco. Les recherches ont été publié en 1988. L’expérience s’est déroulée sur une période de dix mois. Byrd avait formé deux groupes, l’un composé de 192 personnes qui n’avaient en commun que l’habitude de prier régulièrement et l’autre de 210 personnes servait de groupe témoin. On donna au groupe de prière les noms de personnes atteintes de maladies du cœur, en général chaque malade pris en charge voyait converger vers lui cinq à sept intentions de prière. Les résultats furent assez spectaculaires et convaincant. Moins de prise d’antibiotique, moins d’œdèmes pulmonaires. Aucun patient du groupe recevant les prières n’eut besoin d’incubation trachéale, alors d’autres durent y recourir.

    ____________Il existe à l’heure actuelle des preuves impressionnantes de l’efficacité de la transmission de l’intention de guérison. Et cela veut dire en ce qui concerne nos investigations, une transmission télépathique et télésomatique d’information et d’énergie. Que ses effets soient inexplicables dans le contexte de la médecine classique n’a rien de surprenant, car celle-ci minimise ou nie la possibilité d’une action de la conscience sur le corps. A la limite elle n’attribue de pouvoir curatif qu’à l’action d’une molécule définie, d’une substance matérielle précise. Il suffit pour comprendre ce rejet tout simplement de reconnaître que la « médecine classique » repose sur un modèle entièrement fondé sur le paradigme mécaniste qui circonscrit par avance le territoire de ses croyances. Croire (magiquement !) que l’on ne peut venir à bout d’une maladie que par l’action d’un puissant médicament chimique et même à forte dose, c’est implicitement adhérer à une représentation d’action par contact au sens des premiers mécanistes. Les mêmes mécanistes cartésiens qui rejetaient la théorie de Newton comme celle d’un charlatan estimant que son idée d’action à distance était trop « mystique ». ___________

   Prenons une expérience toute banale. Nous avons tous déjà senti que quelqu’un nous regardait pour ensuite nous retourner et tenter de dévisager la personne en question. Le docteur William Braud1 s’est intéressé à la question de savoir s’il pouvait y avoir transmission de pensées entre individus. Il a d’abord voulu vérifier en laboratoire l’effet du regard porté sur l’autre. Il a donc demandé à une personne de s’installer dans une pièce où était une caméra vidéo. Elle a été reliée à un polygraphe et on lui demandé de se détendre. Dans la pièce d’à côté, Braud pouvait voir le visage du participant sur son moniteur. Il a ensuite demandé à un deuxième participant de regarder fixement cette personne sur le moniteur et d’essayer d’attirer son attention, mais seulement quand un générateur de nombre aléatoire lui indiquerait de le faire. Lorsqu’il regardait fixement cette personne dans l’autre pièce, les mesures de conductivité de la peau révélaient des pics d’intensité électrique. Une expérience déjà très significative. Ensuite Braud a introduit des variations. Il a demandé aux volontaires de se rencontrer d’abord, de se regarder intensément dans les yeux tout en faisant connaissance. La mesure de conductivité de la peau montrait que la personne était bien plus détendue dévisagées par celui qui se présentait comme un nouvel ami. Ceci nous montre que même en l’absence de dialogue effectif, lorsque nous_________________ _____

    Braud a voulu savoir si des troubles tel que la nervosité ou l’anxiété pourrait être sensiblement diminué par un effet du même genre. Dans une expérience datant de 1983, aidé de l’anthropologue Marilyn Schlitz, il a mis en place une étude comparative entre deux groupes, l’un composé de personnes très nerveuses, l’autre de personnes plus calmes. De la même manière que précédemment la nervosité était mesurée par la conduction électrique de la peau. Dans une série d’expériences on apprenait aux participants des techniques de relaxation, pour les calmer. Dans d’autres cas, on a seulement demandé aux volontaires de tenter de se calmer en portant l’attention sur le groupe qui pratiquait la méditation dans une autre pièce. Les résultats parlent d’eux-mêmes. On a noté assez peu de changements dans le groupe de personne qui était déjà calme. Par contre dans le groupe de personnes nerveuses, non seulement la pratique directe de la relaxation avait un effet évident, mais les effets d’influence à distance sur le groupe de personnes nerveuses ont donné des résultats aussi bons que les exercices de relaxation pratiqués par eux-mêmes. Braud et Schlitz ont même noté que les sujets ayant une tendance à l’agitation mentale et à la distraction étaient ceux qui bénéficiaient le plus nettement du processus. Il semble qu’un champ de cohérence s’établisse quand un groupe de personnes entre dans un état de relaxation profond et même que ce champ de cohérence se diffuse alentour. ____

    Le neuroscientifique Jacobo Grinberg en poste à Mexico, s’est d’abord intéressé comme Castaneda aux prouesses des chamanes mexicains. Il pensait – selon ses propres termes – que les capacités chamaniques étaient liées aux propriétés de la structure pré-spatiale de la Conscience, il affirmait aussi qu’il s’agissait d’une trame holographique non locale. Lorsque le système cerveau/esprit est libre de toute interprétation, le champ neuronal et la structure pré-spatiale deviennent identiques. Dans cet état la perception est établie dans la conscience d’unité, ce qui veut dire sans ego ni dualité. La pure Conscience émerge alors dans un sentiment d’unité et de lumière et les capacités psychiques du sujet sont surélevées. Selon Grinberg toutes les démarches spirituelles viseraient la perception directe de la structure pré-spatiale de la Conscience. Le chamane aurait un don particulier ou une facilité pour y accéder, mais Grinberg pensait aussi que virtuellement tout le monde avait cette aptitude.

    En 1987 il commence toute une série d’expériences. Il demande à deux volontaires, habituellement un homme et une femme d’abord, de s’asseoir et de méditer ensemble une vingtaine de minutes ________

    En 1994 Grinberg introduit une variante de l’expérience ; après les vingt minutes de méditation, les deux personnes se séparaient comme précédemment dans les pièces munies du blindage de protection, mais cette fois, Grinberg projetait des éclairs émis de façon aléatoire dans les yeux d’un des participants, tout en contrôlant l’encéphalogramme de son associé. Comme résultat, Grinberg obtint 25% des fois où un éclair frappait les yeux d’un des volontaires une modification identique des ondes cérébrales chez ___

B. Transfert de pensée

Kenny a publié en 2004 un compte-rendu avec des résultats élargis. Il montre que lorsque ce sont des personnes qui vivent et travaillent ensemble, ou encore quand il s’agit de personnes qui font montre d’appréciation, d’empathie et d’amour pour les autres, les ondes cérébrales des participants que l’on place dans les pièces séparées se synchronisent facilement. Lorsque par la pratique de la méditation elles parviennent à synchroniser leurs ondes cardiaques et cérébrales, elles peuvent entraîner la cohérence des ondes d’autres personnes à se synchroniser sur les leurs. Le phénomène d’entraînement engendre un sentiment de calme et d’intime connexion qui rend bien plus fluide la perception mutuelle de sensations, d’émotions, mais aussi de pensées et d’intuitions communes. Explorons plus avant cette question.

    ______ grande proximité des jumeaux et la syntonisation naturelle de leurs émotions et de leurs pensées. Lors d’une émission de télévision de 1997, il décrit comment ont été testé quatre paires de jumeaux. Les ondes cervicales, la réaction cutanée, la pression sanguine étaient sous surveillance. Les dispositions étaient semblables aux situation précédentes, quatre étaient dans une pièce isolée et les quatre jumeaux correspondants dans une autre pièce isolée et à bonne distance. Quand on faisait entendre par surprise une sonnerie fixée dans le dos de sa chaise, le second jumeau enregistrait le choc. De manière très systématique. Le superviseur de l’émission ne pouvait que commenter vaguement en disant « qu’ils avaient attrapé quelque chose venant de quelque part », mais nous savons maintenant qu’il ne peut s’agir d’un phénomène exceptionnel qui laisserait supposer que seuls les jumeaux possèdent ce genre d’aptitude, là où les êtres humains plus éloignés en parenté devraient se contenter des circonvolutions compliquées du langage pour communiquer. Avec la difficulté supplémentaire d’être empêtrés dans l’interprétation, ce qui barre encore la route à une compréhension directe.

    En fait on peut observer exactement les mêmes phénomènes chez les personnes profondément unies, le lien entre une mère et son enfant, le lien entre deux amoureux, entre des amis intimes etc. L’exemple des jumeaux est, disons plus médiatique, mais dans le monde ordinaire, le lien psychique entre personnes proches n’a rien de mystérieux, il est plutôt familier et va de soi. Exactement de la même manière que l’on s’habitue aux expériences de synchronicité pour les trouver tout à fait naturelles. C’est plutôt l’inverse, il est assez étrange que les êtres humains qui se côtoient tous les jours ne pressentent pas qu’il n’existe entre eux aucune séparation réelle et qu’ils sont si intimement reliés qu’ils peuvent souvent ressentir ce que l’autre pense et ressent. Nous avons vu que pour Sheldrake le lien télépathique fait partie des lois de la nature. C’est la rupture de ce lien entre humains, de ce lien dans la toile de la vie qui pose question et fait mystère. Pas son existence.

    ___ nous avons suffisamment de méthodologie sérieuse pour mettre au point des expériences aux résultats fiables, en prenant soin de vérifier des facteurs tels que la mauvaise interprétation des résultats, les signaux secrets, le trucage des appareils, la tricherie des sujets ou l’incompétence des expérimentateurs. C’est l’idée d’une connexion subtile entre personnes qui doit être trop gênante pour mériter d’être explorée. On préfèrera certainement la fable selon laquelle chaque ego est bien à l’abri dans son blockhaus imprenable et que la pensée est alors personnelle au sens de « planquée dans le blockhaus ». A quoi il faut répondre que certes, il y a d’un point de vue éthique quelque chose d’insidieux à vouloir pénétrer dans l’espace des pensées d’un autre. C’est aussi indécent que d’ouvrir son courrier ou de vouloir consulter ses mails. Cependant c’est aussi une grande naïveté de croire que la pensée puisse être confinée comme dans un bocal (et où ?) sans se traduire par une expression, tout à la fois subtile et aussi grossière par ses effets. L’intérieur et l’extérieur communiquent en solution de continuité non-duelle. Une pensée absorbe l’attention, se diffuse en émotions, s’imprime dans les traits du visage et façonne jusqu’à une démarche. Je deviens ce que je pense jusque dans mon corps. Donc, à ce titre, un peu de sens de l’observation est déjà suffisant pour se rendre compte que le blockhaus en question n’existe pas. Une personne déplace autour d’elle une atmosphère, son corps émotionnel. Mais il y a plus étonnant en qui concerne des niveaux de la pensée.

    Ce que nous appelons « nos » pensées relève le plus souvent de suggestions attrapées au vol dans le mental collectif. ___    ___ la cloison étanche que nous prétendons ériger entre intérieur/extérieur est largement fictive. Le chercheur spirituel finit par s’apercevoir qu’il est poreux et qu’une conscience plus large implique recevoir les pensées d’autrui, être traversé sans protection par des volontés, des désirs sans nombre. Le cuir épais de l’homme ordinaire ne jouant plus, le chercheur verra qu’il est très perméable. Dans le yoga Cette condition est inévitable parce que la conscience gagne plus de transparence et précisément dès qu’elle s’établit de plus en plus dans le silence. Le plus étrange, c’est que « dans cette transparence silencieuse nous ferons une autre découverte, capitale dans ses implications. Nous nous apercevrons que non seulement les pensées des gens nous viennent de l’extérieur, mais que nos propres pensées aussi nous viennent par la même voie, du dehors. __.

    ______________ nous ne sommes pas capables de créer une pensée, nous ne pouvons que la puiser dans le mental universel. un cliquetis continuel ; parce que « le mécanisme d’appropriation des vibrations est presque instantané automatique ; une fois pour toutes, par son éducation, son milieu, l’homme est habitué à sélectionner dans le mental universel un certain type de vibrations, assez réduit, avec lequel il est en affinité, et jusqu’à la fin de sa vie il accrochera la même longueur d’onde, reproduira le même monde vibratoire, avec des mots plus ou moins sonores et des tournures plus ou moins neuves ». Le défi n’est pas de faire une pirouette de plus dans le même milieu, c’est d’effectuer un saut, un véritable changement de conscience. ’… ____ En un instant, mon mental devint silencieux comme l’air sans un souffle au sommet d’une haute montagne, puis je vis une, deux pensées venir d’une façon tout à fait concrète, du dehors. Je les rejetai avant qu’elles ne puissent entrer et s’imposer à mon cerveau. En trois jours, j’étais libre. A partir de ce moment, l’être mental en moi devint une intelligence libre », et plus un ouvrier maniaque dans une usine de pensées. C’est la fin de l’empire des constructions mentales et le début de l’étonnement de comprendre que les hommes vivent avec elles, comme derrières des barrières qui définissent leurs impossibilités. L’homme « après avoir vécu vingt ans, trente ans dans sa coquille mentale, ____

    Nous voyons maintenant l’idée même de communication transpersonnelle de la pensée dans une perspective complètement nouvelle. Et la perspective de la Totalité y est incluse. La synchronisation des ondes cérébrales entre sujets atteste une connexion dans la totalité qui déborde la seule impression subjective pour s’inscrire dans un phénomène objectif. Nous voyons aussi que la conscience ne se réduit pas seulement à « ma » conscience, elle s’étend bien au-delà et c’est pourquoi nous sommes en droit de parler de conscience collective. Pour la même raison, la pensée n’est pas non plus seulement « ma » pensée, il faut revoir l’idée selon laquelle la pensée serait « personnelle » autant que nous avons pu le croire.

    Nous ne pouvons pas nous évader de la conscience de l’humanité et devons par empathie être affectés des élans exaltés autant que des courants de souffrance de l’humanité. Nous sommes immergés dans l’épreuve de l’humain, nous baignons dans le mental collectif et nous pensons dans l’esprit. Nous remâchons les préjugés de la cuisine collective, nous attrapons les pensées d’autrui, nous pensons et repensons ce que d’autres ont pensé avant nous, tout en croyant qu’il faut absolument nous distinguer être neuf et original, là même où nous ne pouvons l’être, c’est-à-dire dans la conscience habituelle. Et après cela nous trouvons bizarre que deux êtres humains puissent se transmettre la même pensée !

    Mais attention, si nous baignons dans le mental collectif comme le poisson dans l’eau, cela ne veut pas dire que pour autant que nos pensées soient comme par magie des étincelles intuitives in-formées par la Totalité. C’est sans compter sur le libre-arbitre humain, les distorsions égotiques de l’ignorance, mais qui font aussi partie du lot de l’aventure humaine et de son évolution. Nous pourrions, si notre canal était plus clair, beaucoup apprendre de l’in-formation de la totalité.

C. Transpersonnel et collectif

    Changeons maintenant de point de vue, tout en demeurant dans la perspective de la communication transpersonnelle, mais cette fois pour aborder le volet transculturel. Même problème. Peut-on tabler sur la séparation hermétique entre les cultures en imaginant qu’elles forment pour chacune un univers à part, tant par sa langue, ses concepts, ses valeurs, son histoire, ses coutumes, ses religions ? Bref peut-on regarder les civilisations comme des ilots où prolifèrent une faune et une flore originale, mais sans relation avec celles d’autres îles ? Faut-il suivre ceux qui divisent l’humanité en autant de civilisations hétéroclites qui peuvent certes figurer dans un patchwork bariolé, mais sans unité et sans inscription dans la Totalité ? ___

    _________________________« En des lieux divers et à des époques différentes, les anciennes civilisations ont développé tout un éventail d’artefacts et d’édifices semblables. Bien que chacune y ajoutât ses propres ornements, les Aztèques et les Étrusques, les Zoulous et les Malais, les Indiens de la période classique et les anciens Chinois fabriquaient leurs monuments et façonnait leurs outils comme s’ils suivaient le même modèle. Des pyramides géantes furent construites dans l’ancienne Égypte et dans l’Amérique précolombienne avec une remarquable similitude de conception ».

    De l’avis de beaucoup d’archéologues, on ne peut pas s’en tirer simplement en invoquant une solution utilitaire à un besoin commun. Il y a trop de similitudes dans les détails, une évolution par tâtonnement ne peut pas l’expliquer, surtout en tenant compte du fait que ces peuples étaient très éloignés les uns des autres. Ignazio Masulli, historien à l’Université de Bologne, a étudié les pots et les urnes et autres artefacts de civilisations ayants évolué indépendamment les unes des autres, tant en Égypte, en Perse, en Inde qu’en Chine, sur une période de – 5000, à – 2000 ans avec JC. Il y a des ressemblances frappantes quant à la conception et aux formes de bases. Ces civilisations vivaient très éloignées les unes des autres, à la fois dans le temps et dans l’espace et pourtant il y a des modèles communs. Comme Masulli le reconnaît, il n’existe pas de réponse conventionnelle à ces questions. Ou alors il faut revenir à une explication analogue au modèle des mésanges bleues de Sheldrake. Si le mental humain est un collectif, il fonctionne comme une totalité affectée d’une résonance morphique ; donc ce que l’expérience humaine inscrit dans sa mémoire en un lieu sur Terre est susceptible de réapparaître plus facilement dans un autre lieu en émergeant de l’inconscient collectif, dans l’imaginaire d’un artiste, d’un artisan ou d’un ingénieur. Ce qui a été découvert en un point du globe entre automatiquement dans la mémoire akashique et peut alimenter une nouvelle apparition temporelle en un autre point. C’est exactement la fonction que remplit le champ A comme champ d’information et champ de mémoire holographique. Comme il y a un facteur de similitude, seul un esprit humain au profil semblable pourra décoder cette information et l’exprimer dans une réalisation. _____

    Nous avons vu pourquoi Freud est resté attaché à la notion d’inconscient personnel, il a tout de même tenté des incursions dans un niveau plus large dans Totem et tabou. Il revient surtout à C.G. Jung, à partir d’interprétations de rêves et dans ses échanges avec le physicien quantique W. Pauli, d’avoir approfondi la notion d’inconscient collectif. Jung désigne sous le terme « collectif » le plan transpersonnel de la psyché inconsciente qui rejoint la mémoire archaïque de l’humanité. Jung a montré que des matériaux émergent de cette mémoire ancestrale dans l’imaginaire collectif. Cette récurrence d'apparition dans les mythes, les légendes, les contes revient dans tout l'histoire humaine à travers ce qu’il appelle les archétypes. Ainsi les figures du dragon, du loup-garou, des fées et autres figures du bestiaire de l’heroic-fantasy que l’on retrouve un peu partout sur la planète dans les traditions anciennes ne seraient en rien des créations originales de tel ou tel auteur particulier. Ce plan est différent de l’inconscient personnel constitué lui des traces et des refoulement d’un sujet individuel. Quand Jung dit que nous naissons déjà nanti d’un inconscient collectif, ce n’est pas une figure de rhétorique, c’est à prendre au pied de la lettre. Il se trouve que certains poètes, certains écrivains se découvrent une facilité à se connecter à la mémoire archaïque et en tirer une sorte d’éloquence primale qui éveille chez le lecteur la réminiscence fascinée de cette même mémoire endormie, latente en chacun de nous. L’interprétation que donne Jung est certes parfois obscure, mais il est indiscutable qu’il a approché à sa manière d’assez près une strate de la mémoire akashique. En fait le domaine de l’astral selon l’ésotérisme. Toujours est-il qu’avec l’hypothèse de l’inconscient collectif les barrières entre les traditions des peuples, entre les mythes culturels disparaissent. L’humanité partage une même mémoire. __

    _____comme des phénomènes complètement séparés et nous en sommes venus à considérer comme allant de soi l’idée que le génie était tout à fait « singulier » et de surcroît complètement « aléatoire ». Nous commençons aujourd’hui à réviser très sérieusement ce jugement.

    __________________________________________________________________________________

    Les anneaux de Saturne ont été découvert en 1850 par William C. Bond de l'observatoire de Harvard et deux semaines plus tard, indépendamment, par WR Davies en Angleterre. En 1846, JC Adams, de l’Université de Cambridge et Joseph Urbain Leverrier à l'École Polytechnique à Paris, calculaient de manière indépendante la position où Neptune serait trouvée.

    En 1858, Charles Darwin en était au chapitre 11 de son livre De l’origine des espèces, dont l’hypothèse lui paraissait tout à fait nouvelle, quand il reçut la monographie d’Alfred Russell Wallace qui développait les mêmes idées que les siennes. Fin 2007, une équipe japonaise et une équipe américaine réussissent simultanément à transformer des cellules de peau humaine en cellules souches, ouvrant la voie à de nouveaux traitements contre le cancer, le diabète et la maladie d’Alzheimer.

    1876 voit la découverte du téléphone par Graham Bell et Elisha Gray. Mais l’histoire ne tiendra le nom que du premier qui fut simplement le plus rapide à déposer le brevet. Toujours dans les inventions techniques, le phonographe est inventé la même année, en 1877, par thomas Edison aux États-Unis et par Charles Cros en France. Le moteur à réaction a été développé simultanément à la fois par un ingénieur allemand, Paul Schmidt, et par un ingénieur britannique, Whittle, de l'Ordre de la RAF à Cranwell. Quand Hermann Oberth conseillait les généraux allemands à propos du combustible liquide pour missiles à longue portée, en Amérique Robert Goddard travaillait sur des carburants similaires. Etc.

    Les cas de découvertes simultanées se comptent par centaines et ils rempliraient plusieurs volumes. Il faut arrêter de nous ressortir à chaque fois l’argument usé jusqu’à la corde de la « coïncidence » fortuite. Il est plus simple de reconnaître que des chercheurs travaillant sur un même problème entrent en résonance dans le mental collectif. Au niveau le plus fin de la Réalité, ils sont de toute manière interconnectés. L’humanité est une, il est donc tout à fait naturel que des idées-force apparaissent çà et là au même moment. Et le phénomène ne date pas d’hier, il a toujours existé dans l’Histoire, pour la bonne et simple raison qu’il n’existe pas de séparation entre les êtres humains et que chaque être humain pense dans l’esprit. Dans la Totalité. C’est moins flatteur pour le désir d’originalité _____

    Aurobindo livre une description très détaillée des niveaux qui se situent au-dessus du mental ordinaire, chacun étant accompagné du déploiement d’énergie qui lui est propre. Selon lui c’est comme un gamme de fréquences de plus en plus élevées de l’intelligence, qui part du mental ordinaire que nous trouvons dans la vigilance et s’élève, comme par degrés, jusqu’à une pulsation de plus en plus raffinée et chargée d’une énergie plus dense. Au-dessous du mental ordinaire, il y a le vital, au-dessus se situe le mental intuitif. Un accès, même bref et partiel, au mental intuitif oriente de manière décisive la carrière d’un homme, le dirige vers un art, le porte vers une étude, ou crée une attirance irrésistible vers le monde des idées. « _______________ ________

 

 

 

Vos commentaires

  © Philosophie et spiritualité, 2016, Serge Carfantan,
Accueil. Télécharger, Index analytique. Notion. Leçon suivante.


Le site Philosophie et spiritualité autorise les emprunts de courtes citations des textes qu'il publie, mais vous devez mentionner vos sources en donnant le nom du site et le titre de la leçon ou de l'article. Rappel : la version HTML est une ébauche. Demander la version définitive par mail ou la version papier.