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L'existence consciente - Serge Carfantan
 
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Leçon 8.   L’existence consciente         

    La conscience est en un sens toujours présente et sous-jacente à la pensée. Que ce soit dans l'état de veille ou dans l'état de rêve, tout ce que nous vivons, est vécu dans et par la conscience. Tout ce que nous pensons se situe dans la conscience. La conscience est comme l'écran du cinéma où se projette le film de notre existence. Elle est toujours là en toile de fond. Elle est donc toujours proche, elle est d'une expérience évidente, si bien qu'il serait difficile de la définir. Comme dirait Pascal, le mot conscience est un mot si primitif, que ce serait l'obscurcir que de vouloir le définir. Toute existence  se pense dans la conscience que nous en avons.

    C'est de la conscience que nous partons pour définir l'être humain par rapport à toute autre existence. L'homme a semble-t-il le privilège de la conscience. Mais de quelle conscience ? Peut-il y en avoir plusieurs formes ? Que veut dire l'expression : "être conscient" ? Faut-il  voir dans la conscience un attribut humain ? Opposer la conscience humaine à l’inconscience de la Nature suffit-il pour définir la conscience ? La conscience n’est-elle pas plutôt un caractère général de ce tout ce qui est vivant ? La conscience est-elle un acte particulier ou une connaissance que l’existence a d’elle-même ?

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A. La conscience, caractéristique de l’humain

    Tout d’abord, être conscient, est-ce penser au sens où l’homme est un être pensant ? Une perspective classique d’approche de la conscience consiste à y voir un caractère anthropologique et à opposer le statut de la conscience humaine avec l'ordre des objets ou à l’ordre de l’animalité. En quoi l’homme se distingue-t-il en tant qu'être conscient de l'animal ? Qu’y a-t-il donc de spécifique dans la conscience humaine ?

    1) Nous pourrions, pour répondre à cette question, commencer par repérer dans la Nature, dans les formes d’existence, plusieurs degrés. Sur la base de notre expérience ordinaire nous pouvons poser quatre degrés dans la Nature : (texte) Nous serons aussi assez proche d'Aristote.

    1° Les minéraux existent simplement, immédiatement, dans une certaine structure. Nous aurions du mal à soutenir qu’il y a en eux une forme de conscience. La pierre a sa forme qu'elle maintient contre l'érosion, c’est son existence sous cette forme qui nous semble inerte, non consciente. Je ne vois pas en elle la palpitation d’une vie. Je ne peux dialoguer avec elle. Elle est pour moi, sujet de la vigilance, un simple objet. Une chose et c'est tout.

    2° La plante, à la différence, existe et sent, elle possède en elle une forme de vie végétative au sens où nous ne voyons pas en elle de principe de mouvement. On a pu cependant montrer que la plante n'est pas insensible notamment au milieu sonore qu'on lui impose. Quelque chose se manifeste dans la plante qui n’est pas dans le minéral qui est le vivant Mais puis-je parler de conscience ? Comment allons-nous définir ce degré élémentaire de sensibilité par rapport à la conscience humaine ?

    3° L'animal existe, sent et connaît, il a une certaine mémoire et il peut établir des associations très élémentaires. Il surprend parfois par son ingéniosité, par sa sociabilité. Comment ne pas lui reconnaître un certain degré de conscience ? Pas une conscience humaine. La conscience, si elle est présente en lui, est soumise à la pression des besoins immédiats et au conditionnement de l'instinct.

    4° L'homme existe, sent, connaît et, dirions-nous surtout, sait qu'il connaît. L’homme rassemble en lui tous les degrés de la conscience et la redouble d'une réflexion sur soi. Si la conscience est cum (avec) scientia (science), alors la conscience est bien spécifiquement humaine. C'est par cette caractéristique d’une connaissance qui se connaît elle-même que, par extension, on identifie avec la conscience. L'homme est non seulement conscient au sens de l’animal, mais se pense lui-même, se connaît dans une représentation de lui-même qu'il constitue par concepts et il se connaît dans des concepts. Le concept est l'idée générale et la représentation est le tissu formé avec les concepts. (texte)

   Mais que veut dire se connaître par la conscience ? Est-ce la pensée qui oppose l'homme au reste de la création? Cette idée d'un fossé entre l'homme et la Nature, résultant de l'apparition de la pensée, est très présente dans la culture occidentale. Pour Pascal la conscience équivaut à la pensée qui nous révèle les limites de notre existence: "La grandeur de l'homme est grande de ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable". (texte) L'arbre ne peut pas se représenter ce qu'il est, il se contente d'exister. L'homme se voyant lui-même, se mesure, et il se mesure d'abord à son corps, se voyant dans ses limites corporelle il se découvre fini, donc misérable. Sans la représentation de la finitude, il n'y aurait pas conscience de la finitude, l'homme ne se sentirait pas misérable dans un univers qui le dépasse de tous les côtés. Mais, paradoxalement, c'est une grandeur que cette connaissance qui fait apparaître la misère. "Pensée fait la grandeur de l'homme". Ce paradoxe fait donc apparaître toute l'ambiguïté de la pensée, puisqu'elle est à la fois ce qui tire l'esprit de l'inertie d'une existence ignorante, mais qui le précipite aussi dans les limites tracées par ses représentations. L'homme est sa pensée. "Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête... Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée : ce serait une pierre ou une brute". Face à une nature qui semble inconsciente - selon cette interprétation de la Nature - l'homme a le privilège de la conscience et il doit donc savoir l'assumer. Si nous sommes condamnés à penser, de par notre condition, nous sommes aussi condamnés à nous élever par la pensée, et pour la même raison : "toute notre dignité consiste donc en la pensée". ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    ---------------Dans cette analyse, l’opposition de l'homme et de la Nature est radicale. Comme nous ne voyons pas dans la Nature d'êtres qui, semblables à nous, seraient capables de disposer de la connaissance d'eux-mêmes, nous en venons à opposer brutalement l'homme et la Nature. L'homme existe en ayant conscience de lui-même, la Nature, elle, se contente d'exister sans conscience de soi.

    On peut ainsi avec Hegel opposer l'existence immédiate et l'existence médiate. La plante ou l'animal existent en-soi, immédiatement ou tout d'un bloc, parce qu'ils ne se représentent pas ce qu'ils sont. En tant qu'esprit, l'homme admet en lui les deux degrés, il a une double existence. L'homme existe et il sait qu'il existe en se représentant lui-même sous une forme, il se contemple lui-même, il existe pour-soi. Les choses elle existent seulement en-soi. L’en-soi fait référence à l'existence immédiate et irréfléchie et le pour-soi à une existence médiate et réfléchie. Si donc il se rencontre une conscience dans la Nature en dehors de celle de l'homme, elle sera de l'ordre de l'immédiat. Si elle était réfléchie, elle se serait reflétée dans un langage par concepts. Je pourrais discuter avec mon chien et lui me répondre ! Mais la pensée immédiate demeure à l'état de sentiments, d'images ou de souvenirs, elle n'est pas encore concept, elle est immergée indistinctement dans l'Être. Elle ne s'est pas encore réfléchie pour prendre conscience de ce qu'elle est. Hegel ne prend pas en compte la possibilité qu’il puisse y avoir au sein de l’Être une conscience de soi originaire. Il voit dans la conscience de soi une formation seconde. (texte)

    Hegel désigne sous le terme de conscience de soi une construction mentale qui, se retournant sur elle-même, permet l’acquisition de connaissance de soi à partir d'une conscience immédiate. Cela peut-être sur un plan théorique, au sens où, par introspection, l'homme se penche sur lui-même, tente de se décrire, discerne en lui-même les méandres du cœur humain. Il découvre qu'il est un sujet et ce que représente la subjectivité. Mais la conscience de soi se forme aussi dans la pratique, puisqu'en transformant le monde des objets, l'homme y met un peu de lui-même et se reconnaît alors dans ce qu'il a fait. Quand j'aménage dans une nouvelle chambre, je fais de ce lieu d'abord étranger, un espace intime. Je le revêts de ma propre conscience. L'intériorité enveloppe l'extériorité et la transforme à sa propre image. L'intériorité de l'homme (le pour-soi, position de la thèse) vient graver son empreinte sur l'extériorité (l'en-soi, position de l’antithèse) et le résultat est une contribution à la formation de la conscience de soi (position de la synthèse). On voit ici dans le processus de la formation de la conscience de soi, l'illustration d'un mode d'exposition très systématique chez Hegel qu'il nomme la dialectique, procès logique suivant la médiation thèse-antithèse-synthèse.

    La "conscience de soi" est confondue ici avec la connaissance de soi. Elle est un "résultat" dû à la démarche de la réflexion sur soi enveloppant la temporalité. Ce "processus" est une genèse progressive, une médiation à partir de l'immédiat. Cette genèse commence très tôt puisque Hegel nous dit lui-même que "le petit garçon qui jette des pierre dans le torrent et admire les ronds qui se forment dans l'eau, admire en fait une œuvre où il bénéficie du spectacle ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------    Est-ce à dire que ce n'est que tardivement que l'enfant d'homme acquiert le sens du moi ? Oui, et on peut le vérifier dans l'expérience. L'enfant ne commence pas tout de suite à dire "moi, moi". A l'époque où il passe indifféremment d'une activité à une autre, sans attachement, il n'est pas dans la position d'un ego centré sur lui-même. A cette période, il parle de lui-même en disant "il", ou en employant son nom. Son identité n'est pas encore fixée, sa conscience est encore différenciée. L’ego n’est pas encore présent. Et pourtant il y a déjà un "je", l’enfant parle déjà. Cela veut dire qu'il y a en lui une pensée qui a commencé à distinguer, à nommer des objets, sans que pour autant il se soit mis lui-même au centre comme un "moi" souverain. Kant le dit avec beaucoup de pertinence dans l'Anthropologie du point de vue pragmatique : "l'enfant qui sait déjà parler assez correctement, ne commence qu'assez tard (peut être un an après) à dire Je ; avant, il parle de soi à la troisième personne (Charles veut manger, marcher, etc.); et il semble que pour lui une lumière vienne de se lever quand il commence à dire Je; à partir de ce jour, il ne revient jamais à l'autre manière de parler. Auparavant, il ne faisait que se sentir, maintenant il se pense". (texteDans le sentir apparaît l'immédiat de la sensation et du sentiment. Dans la pensée apparaît la représentation de soi, représentation qui tisse une forme et donne un identité. L'idée du moi apparaît sur un fond indifférencié (texte) dans la manière qu'a l'enfant de se situer : "C'est ma maman et mon papa... je suis le petit garçon de maman et papa". Dans la pensée de l'enfant naissent les produits de la dualité, les oppositions entre ce qui est à moi/ce qui n'est pas à moi, la différenciation entre moi et les autres et avec elle, la comparaison avec l'autre. C'est alors que la rupture avec l'immanence du petit animal humain est totalement consommée, l'enfant prend conscience qu'il est un ego, une personne, au sens où il est un être unique qui reste le même dans le temps, donc identique. (texte).

    Le passage de enfant à l'adulte réplique dans une genèse progressive, la distinction structurelle qui sépare les différents règnes de la Nature et notamment la séparation de l'animal et de l'homme. L'enfant est d'abord pris dans l'immanence de la Nature que connaît l'animal et il s'en distingue en opposant son moi à ce qui n'est pas son moi propre. Nous voyons donc mieux ce qui constitue la spécificité de la conscience humaine, cet avènement de la dualité entre le sujet (le moi) et l'objet (le non-moi), car c’est dans cette dualité que se structure peu à peu la conscience de l'ego. On ne trouve pas chez l'animal une conscience du moi. Le plus souvent, l'animal fait passer la conscience collective (son clan, son troupeau, sa ruche), avant sa conscience individuelle, il n'a qu'une vague conscience de lui-même et une conscience qui ne se représente pas sa propre existence.

B. Approche du champ de conscience

    Être conscient c’est être un sujet conscient. Mais cela veut aussi dire être éveillé et faire l'expérience de quelque chose. Essayons de préciser ce qu'est l'expérience vécue en tant qu'elle est consciente. Cela va nous permettre de mieux discerner ce qu'est un fait de conscience.

    "Je suis conscient" est une expression qui désigne d'un seul trait, tout un ensemble de phénomènes qui apparaissent dans le champ de la conscience. Je suis conscient implique : je perçois la lumière au dehors, les bruits dans la salle, une pensée qui me traverse, un malaise dans mon estomac, un désir etc. Tout ce qui se présente à moi est un vécu de conscience. L’apparition d'un vécu est semblable à un éclairage porté sur un objet, un spot lumineux symbolisant la lumière de la Conscience. Compris de cette manière, le champ de conscience possède plusieurs caractéristiques. Il est d'abord limité, puisque je ne peux pas avoir conscience de tout. Il est relatif à mon regard se posant sur un objet digne de mon intérêt. Je ne fais pas attention à ce qui ne m'intéresse pas. Je m'en sens propriétaire, car c'est en lui que s'inscrit mon expérience. Un champ a aussi sa structure géologique, de même, mon champ de conscience porte en lui des strates relatives à mon expérience passée. A partir de là nous pouvons étudier les caractéristiques du vécu conscient. Pour la méthode phénoménologique voyez l'introduction de la Phénoménologie de la perception de Merleau-Ponty.

    Pour mieux comprendre les caractères du vécu conscient, il faut partir de la vigilance et de de la plus importante propriété de la conscience : toute conscience est intentionnelle. On appelle intentionnalité, la propriété de la conscience qui fait qu'elle se présente à nous, dans la vigilance, toujours comme conscience-de-quelque-chose. Toute conscience vigilante est conscience-de-quelque-chose, c'est à dire dirigée vers un objet qui constitue sa visée intentionnelle. Le sujet de la vigilance se structure dans son rapport à l’objet.

    En percevant, je suis conscient-de cette porte qui claque, de cette ombre dans le ciel. Quand je désire, je suis conscient-de ce que je désire. Dans l'imagination, dans la rêverie, ma conscience devient conscience d'images. Quand j'aime, mes sentiments se dirigent vers l'objet de mon amour. Quand je juge, ma conscience devient conscience de jugement etc. (texte) En d'autres termes, tout vécu de vigilance est conscience tendue vers un objet. De là résulte en particulier que l'homme se pense toujours dans le cadre de ses motivations, par rapport à une certaine finalité à l'égard des objectifs qu'il se propose, de là aussi l'évaluation que nous faisons des autres en jugeant des intentions qu'avait autrui en agissant. La phénoménologie part de cette découverte pour décrire la conscience, l'intentionnalité étant sa thèse centrale. Husserl différentie dans le vécu l'ego cogito, le penseur, ou sujet conscient, du cogitatum, le pensé, ou objet de conscience. Les "états de conscience sont appelés intentionnels. Le mot intentionnalité ne signifie rien d'autre que cette particularité foncière et générale qu'a la conscience d'être conscience de quelque chose, de porter, en sa qualité de cogito, son cogitatum en elle-même". (texte) Sujet et objet conscients forment une totalité qui est donc donnée dans le vécu de la vigilance. Cependant, une dualité est présente qui structure l'expérience (texte). En insistant sur la dualité présente ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    2) Le vécu conscient se caractérise aussi par l'immédiateté. Quand j'ai peur, il n'y a pas de distance entre moi et la peur, j'ai immédiatement conscience du vécu, c'est-à-dire que le vécu est donné sans distance. Je n'ai pas besoin de déduire ce dont j'ai conscience, puisque c'est immédiatement là. A l'inverse, pour admettre l'existence de phénomènes inconscient, il faut opérer une déduction, dire par exemple que ce tic nerveux de l'orateur vient de son inconscient. On ne peut jamais observer l'inconscient, on observe que les données de la conscience. Freud suppose l'inconscient comme hypothèse valide d'explication de certains phénomènes conscients. L'inconscient ne peut pas entrer dans la sphère de la conscience, il est caché, sinon il ne serait pas l'inconscient. Ce dont nous avons immédiatement l'expérience, c'est bien celle du conscient, ce qui est un autre terme pour désigner le champ de conscience. L'immédiateté du vécu renvoie aussi au caractère pathétique des sentiments. Quand je suis triste, la tristesse est là immédiatement dans le vécu, sans distance possible. L'affectivité se joue dans ce rapport direct de soi à soi que la conscience porte en elle dans l'immédiateté du vécu.

    3) Non seulement cela, mais les vécus se caractérisent aussi par l'intériorité. Le mot intérieur ne saurait bien sûr être compris dans un sens purement spatial. Quand on dit que les vécus sont intérieurs, on veut dire qu'ils sont toujours portés par la Présence à soi de la conscience. Un vécu n'est réel pour nous que parce qu'il constitue avec d'autres vécus la trame de notre vie intérieure (texte). Cette intériorité nous permet aisément de nous poser par rapport aux choses dans le monde. Les choses semblent exister sous une forme sans avoir cette intériorité constitutive d'un sujet conscient. Dans l'intériorité se joue le rapport du moi avec lui-même, l'intimité. L'intériorité peut être plus ou moins dense, plus ou moins vide, à l'image de la valeur de la ...

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    4) Le vécu est caractérisé par sa subjectivité. Ce mot ne doit pas être confondu avec le terme précédent. Le vécu est subjectif disons-nous. Cela veut dire qu'il ne peut pas être observé par plusieurs témoins extérieurs. Si c'était le cas, nous serions exactement dans la situation de l'objectivité, celle là même qui est recherchée dans la mise en commun des expériences que réclame la science. Le vécu, dans son caractère unique et vivant, est donné originellement à un seul. Pierre et Paul peuvent bien ensemble dire que le ciel est rougeoyant, mais Pierre ne peut pas se transporter dans la conscience de Paul pour savoir ce qu'il éprouve et réciproquement. Le sens commun, sous l'influence de la tradition scientifique, emploie le mot "subjectif" en marquant un doute devant le contenu de l'expérience. "Tout cela est bien subjectif...". Cet import négatif, cette méfiance à l'égard de la subjectivité est assez caractéristique de notre savoir moderne qui privilégie l'objectivité, l'observable, le mesurable. Pourtant, même si notre savoir privilégie l’objectivité, en tant que sujet, nous sommes une subjectivité. La Vie est subjective, comme sont subjectives toutes les qualités données dans le vécu.

    5) La subjectivité du vécu implique un autre caractère qui est la personnalité. On dit que le vécu est personnel au sens où il prend place dans une histoire personnelle, dans la mesure où il contribue à une identité du sujet conscient. Le langage courant sait bien faire la différence entre ce qui est "personnel" et ce qui ne l'est pas. Dans ce qui est personnel, il y a un rattachement étroit et intime de l'ego à certains objets qui sommes comme des briques de construction de la personnalité. Le mot personnalité désigne par extension la structure complexe du sujet conscient, la structure psychique qui caractérise l'identité individuelle. C'est de lui-même que le vécu entre dans l'histoire du moi et en un sens, tout vécu qui apparaît dans le champ de conscience, loin d'être anonyme ou impersonnel, se voit marqué du sceau du moi.

    6) Le vécu apparaissant est marqué par la temporalité. (texte) La pensée n'est pas une chose fixe, mais un flux extrêmement mobile et rapide. La vigilance est un courant de conscience où le vécu s'auto-transforme de lui-même pour revêtir des aspects très divers. Il serait impossible de reconstituer le nombre des idées, des images, des perceptions qui se succèdent en nous, au cours de seulement quelques minutes. Notre pensée est souvent agitée et la concentration n'est pas notre état le plus courant. Dans la vigilance, l'inquiétude nous agite constamment et elle produit des formations de pensée. La philosophie contemporaine prend acte de cet état de fait, tout en insistant sur la temporalité immanente au champ de la conscience. Voyez BergsonLe vécu se déroule dans le temps psychologique et c'est dans le rapport au temps que nous vivons constamment. Cela signifie pour l'essentiel que le changement n'est pas un caractère annexe de la conscience, un caractère qui lui serait ajouté de l'extérieur : le moi est en devenir, car nos pensées, nos vécus eux-mêmes se déroulent en nous dans le temps. (texte). Les modes subjectifs du désir, de la passion sont temporels. Il ne saurait y avoir de conscience vigilante sans une rétention du passé sous la forme de souvenir. Conscience perceptive ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    7) Le champ de conscience ne se borne pas à être un écran de cinéma devant une conscience hallucinée, projetée sur l’écran, arrachée vers les objets. J'ai dans la vigilance conscience-de-quelque-chose, mais je garde aussi la possibilité de me détacher-de tel ou tel objet, en bref, il y a dans le témoignage de la conscience une valeur essentielle de disponibilité. Non seulement toute conscience est conscience-de-quelque-chose, mais en même temps, toute conscience est aussi conscience-de-soi. L'attention est ce pouvoir de conscience capable de passer d'un objet à un autre, sans que la conscience puisse réellement rester engluée dans un objet. L'attention volontaire est nommée concentration. L'attention involontaire est le propre d'un flottement de la conscience qui fait que l'on se laisse capté par un objet. Si une musique agréable parvient à mes oreilles et que je ne suis pas pleinement investi dans ce que je fais, mon attention est attirée. En réalité, elle reste disponible à elle-même. On dira alors que le champ de conscience est facultatif. C'est là que s'origine la liberté de la conscience à l'égard des objets du monde, la flamme de l’attention. La conscience est conscience-de-soi en même temps qu'elle est conscience-de-quelque-chose, ce qui signifie qu’elle est originellement une Présence qui s'appartient à elle-même. Elle n'est pas un arrachement vers l'objet. (texte)

C. Vigilance et lucidité

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Questions:

1. Comment différentie-on communément la conscience de l'homme et celle de l'animal?

2. Quelle est la différence entre existence en soi et existence pour soi?

3. Comment la conscience du moi vient-elle à se renforcer dans le temps sur le plan théorique?

4. Est-il juste de penser que l'enfant a dès le départ conscience d'un "moi"?

5. Qu'est-ce que l'intentionnalité ? Sous quelles formes la rencontrons-nous?

6. Quelle est la différence entre le vécu conscient et ce qui est inconscient?

7. En quoi la lucidité serait-elle une forme de conscience plus élevée que la simple vigilance?

Vos commentaires

    © Philosophie et spiritualité, 1996. 
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