Questions et réponses sur la leçon:
Penser la révolution


     Léon Morilleau
Hier j'ai bien lu votre article sur Penser La Révolution, et je vous voulais vous demander si vous pensez que dans un pays comme le notre une révolution était possible et envisageable ? Je veux dire par la que l'économie est à peu près stable, pas trop trop de chômage encore ... beaucoup de pays peuvent nous envier beaucoup de choses, donc une révolution, ok je suis pour, mais de quoi elle démarrerait? Je pense que s'il y a une révolution, elle ne serait pas politique, mais elle serait contre le capitalisme, une révolution qui mettrait fin à la mondialisation et à l'élite qui contrôle les banques et toute la clique... Je suis à 100% pour ça mais sincèrement je ne pense pas que la population soit prête pour ça.. encore moins de la jeunesse qui pense bien profiter de son confort un max de temps et qui n'a pas conscience du mal que cela fait J'hésite à proposer à mon petit quartier un système LETS  mais bon c'est pareil, en ont ils envie? je pense pas qu'ils sont prêts à modifier leur façon de vivre, et ça met déjà un bon frein pour envisager d'autres choses. Donc voilà j'aurais voulu avoir votre avis sur la question.

     R. Les pays occidentaux sont à peu près à l'abri d'une révolution du genre de ce qui arrive dans les pays arabes, mais pas à l'abri des révoltes civiles et même de révoltes à caractère politique d'une certaine envergure. Voyez ce qui se passe en Grèce. Effectivement les tensions collective sont très fortes. La frustration est là, avec le potentiel de la colère. Vous avez vu Capitalism a love story de M . Moore? Mais comme vous le soulignez, il règne une certaine apathie du fait du confort douillet dans lequel la jeunesse se maintient. C'est le cocooning télé-jeux-vidéo-cinéma-divertissements-variés-rigolade-débile-sur-internet !! qui maintient dans l'inertie les forces vives de la jeunesse. S'ils pouvaient décrocher un peu du virtuel et avoir une information exacte, un regard lucide sur la situation actuelle, ils pourraient se réveiller. La crise économique peut jouer le rôle de déclencheur. Nous sommes dans un noeud chaotique en réalité.

Fanny Dehez
     Selon ce que je sais, chaque révolution a été lancée par des lettrés, des alphabétisés. En effet, avant que la bourgeoisie ne décide de mener la Révolution Française en prenant à partie les injustices dont souffrait le Tiers-État, ce dernier était dans ce qu'on pourrait appeler, comme La Boétie, "la servitude volontaire". Il en va de même pour les révolutions antérieures, menées par des personnages d'une certaine culture. C'est pourquoi, à mon avis, pour sortir d'un état oppressif, il faut privilégier l'éducation des enfants par delà le monde. De nos jours, en France, on se plaînd de la pluralité exhaustive des partis politiques. On devrait, au contraire s'en réjouir car cela est le témoignage de la diversité des opinions de toutes les couches de la société qui a été alphabétisée.

     La Révolution du Jasmin n'a eu lieu que par le niveau culturel universitaire de la Tunisie qui leur a fait prendre conscience de l'injustice de leurs conditions de vie. L'éducation culturelle, même minime, participe à développer l'éveil naturel de l'esprit. En France, avant les années 60, une seule couche de la société pouvait prétendre financièrement à des études. Les Révolutions industrielles et la société de consommation, aussi critiquables qu'elles peuvent aujourd'hui l'être, ont permis, par l'enrichissement des états démocratiques, la démocratisation de l'éducation. On dit tout le temps : " L'Allemagne était un grand pays cultivé ! Comment a-t-elle pu basculer dans le nazisme ?" Or, si l'Allemagne était cultivé, les Allemands l'étaient, majoritairement, beaucoup moins. Hitler et ses compères ont servi à la nation allemande des idéaux prétendument scientifiques et elle y a cru ; comme, nous-même, croyons, de nos jours, à toutes les théories balancées dans divers magazines tant qu'on nous sert du "c'est scientifiquement prouvé !".

      Les leaders des révolutions ne sont pas seulement des symboles sur lesquels repose la ferveur de tout un peuple ; ils sont aussi et surtout des meneurs dont doivent s'imprégner les gens pour se rassurer durant la phase de changement qu'est la révolution, ce personnage qui " saura quoi faire pour que nous ne nous retrouvions pas dans le chaos après le changement. Dans tout changement, ce qui fait peur aux hommes, c'est la nouvelle incertitude concernant l'avenir. Ces meneurs sont, également,ceux qui conçoivent les idéaux qui portera un peuple, tant et si bien que, inconsciemment, ils projettent leur propre idéal qui, dans la ferveur générale, passe pour un principe universel dans l'idéal des révolutionnaires.

      Nous ne faisons pas de révolution aujourd'hui parce que nous sommes tombés dans l'indigence bourgeoise et confortable ?????

     Je pense plutôt que le nazisme et le communisme sont ancrés dans notre inconscient culturel, tant et si bien que, par l'étude de l'histoire du monde dans nos écoles démocratisées, nous sommes devenus plus responsables, plus adultes,moins enclins à des idéaux extrémistes. Nous pouvons le constater, en France, quand nous remarquons que les trois partis à recevoir le plus de suffrage sont situés au milieu de l'éventail. D'ailleurs, il est facile de promettre aux humbles une vengeance sur les bourgeois en les endoctrinant. Certes le capitalisme et la bourgeoisie n'ont rien des grands idéaux humanistes mais ne représentent-ils pas le meilleur compromis pour l'instant ? Faire de la bourgeoisie un idéal, celui de la montée universelle d'une classe moyenne n'est-ce pas un bon compromis ? Ne plus viser un idéal mais une généralisation d'une population pour la rendre la plus bourgeoise possible n'est-ce pas une bonne idée ? Bien entendu le mot "bourgeois" est devenu une insulte mais le resterait-il si nous étions tous des bourgeois ? Même Auroville, le paradis des soixante-huitards n'a pas résisté au capitalisme et à l'enrichissement. Le problème est-il la honte par essence de l'enrichissement ou la honte de voir que des pays n'arrivent pas à accéder au statut bourgeois ?????? Dès qu'on a l'éducation on est riche ; on est bourgeois !!!! Alors même si ça paraît être un propos affreux de petite bourge, je proclame être pour la généralité de la bourgeoisie dans le monde. Chacun bourgeois d'un domaine, nous vivrions en interdépendance bourgeoise ! Car que voulons-nous : que les pauvres deviennent riches ou faire un idéal misérabiliste dans lequel nous serions tous égaux dans la pauvreté ?????
       Personnellement, je trouve odieux qu'on nous demande de l'ouverture d'esprit vis-à-vis de tout sauf de nous-même, de notre société . Un peu d'indulgence avec elle, avec soi. Certes, elle est perfectible mais elle est sans cesse comme une adolescente (j'ai déjà expliqué ce point dans un autre commentaire ), sur le chemin de sa forme, de sa perfectibilité ; comme c'est le cas de chacun de nous. Soyons patients, tolérants et, surtout, toujours critiques envers elle, envers nous-mêmes, et demain, nous ne nous décevrons pas ; et elle non plus !

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Avec la participation de Léon Morilleau, Fanny Dehez..


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