Carl G. Jung    l'inconscient et la compensation


    Toute notre expérience actuelle nous permet d'affirmer que les processus inconscients se situent dans une position de compensation par rapport au conscient. J'utilise à dessein le mot de « compensation » et non celui de « contraste », car le conscient et l'inconscient ne s'opposent pas nécessairement, mais se complètent réciproquement, formant à eux deux un ensemble, le Soi. Comme le laisse entendre cette définition, le Soi est une entité « sur-ordonnée » au moi. Le Soi embrasse non seulement la psyché consciente, mais aussi la psyché inconsciente, et constitue de ce fait pour ainsi dire une personnalité plus ample, que nous sommes aussi.

     Certes, nous pouvons imaginer que nous possédons des âmes parcellaires et nous les représenter. Ainsi, nous pouvons, par exemple, sans difficultés, nous voir sous les traits de notre persona. Mais cela dépasserait nos possibilités et nos virtualités de représentation que de nous discerner en tant que Soi, car cette opération mentale présupposerait que la partie puisse embrasser le tout. Il n'y a pas lieu d'ailleurs de nourrir l'espoir d'atteindre jamais à une conscience approximative du Soi; car, quelque considérables et étendus que soient les secteurs, les paysages de nous-même dont nous puissions prendre conscience, il n'en subsistera pas moins une masse imprécise et une somme imprécisable d'inconscience qui, elle aussi, fait partie intégrante de la totalité du Soi. De sorte que le Soi restera toujours une grandeur, une entité « sur-ordonnée ».

     Les processus inconscients qui compensent le Moi conscient détiennent tous les éléments nécessaires à l'autorégulation de la psyché globale.

    Sur le plan personnel, ce sont les motivations efficientes qui nous meuvent à notre insu à l'abri des motivations de façade, et dont nous nous épargnons la prise de conscience, qui surgiront dans nos rêves; ou encore ce seront des significations véritables ou des conséquences de certains faits, de certaines situations de la vie quotidienne qui nous ont échappé, ou certaines implications que nous préférerions nier, ou certaines émotions que nous nous sommes interdites, ou certains affects auxquels nous avons tenté de nous soustraire, ou certaines critiques des autres ou de nous-même que nous avons cherché à nous épargner'.

    Plus on prend conscience de soi-même, grâce à la connaissance que l'on en acquiert petit à petit, et grâce aux rectifications de comportement qui en découlent, plus s'amincit et disparaît la couche de l'inconscient personnel déposée, tel un limon, sur l'inconscient collectif.

    Dialectique du Moi et de l'Inconscient, folio, p. 121-122.

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