Dominique Laplane  la conscience et la présence


    "Conscience et présence, regard de la science neurologique Au terme de cette investigation, la conscience ne peut être considérée comme une instance de synthèse et de régulation… Elle apparaît dans sa nudité, dépouillée de tout contenu, comme une pure présence à soi-même. Cette définition, que je voudrais retenir, écarte résolument toute idée de réflexion. La conscience réfléchie est une tout autre chose et c’est cette homonymie fâcheuse qui induit si souvent en erreur. La conscience est une donnée immédiate, un sentiment d’être qui est attaché à toutes les activités me tales supérieures et qui peut, dans des états pathologiques ou physio logiques extraordinaires, subsister seule.

     Cette définition: pure présence soi-même, est finalement très simple. Comment rendre compte de la difficulté éprouvée à s’accorder sur elle? Plusieurs explications viennent à l’esprit, qui s’additionnent sans s’exclure. En premier lieu la polysémie du terme, déjà signalée, qui recouvre conscience immédiate et conscience réfléchie…

     La conscience est un phénomène purement subjectif et par conséquent non objectivable. Elle ne cesse pas d’être un fait, le seul fait qui résiste à la condamnation très fondée mais trop générale de Nietzsche: « les faits, c’est ce qu’il n’y a pas, seulement des interprétations ». En tant que phénomène subjectif, la conscience n’est pas un objet de connaissance mais toujours un sujet de connaissance. Cette réalité peu discutable n’est pas facilement reçue des scientifiques qui ont fait de l’absence de limite à la connaissance objective une idéologie. J’appelle idéologie toute conception intellectuelle qui reste totalement insensible à l’expérience. Il n’est pas douteux que la science a fait de grands progrès en ne se laissant pas attribuer des limites a priori. Cela ne prouve pas cependant que la science n’a pas pour limite le fait purement subjectif, et tel nous parait le cas de la conscience.

     Il est utile aussi de noter que le repérage de cette difficulté est aussi une confirmation du fait que la conscience se distingue de ses contenus dont un certain nombre au moins peuvent être étudiés comme des objets, le langage, par exemple. Edelman refuse une définition de la conscience telle que « connaissance de soi-même », à cause de sa circularité. Il faut donc souligner que connaissance de soi-même est fort différent de présence à soi- même. La connotation réflexive disparaît dans la deuxième formulation. Plus qu’une définition discursive et toujours nécessairement basée sur des définitions antérieures, c’est une description, mais une description exhaustive de la conscience et une vérité première. En définitive, c’est ce caractère fondateur qui fait la difficulté de la définition de la conscience. Elle ne peut répondre aux critères habituels des définitions car elle ne renvoie a rien d’antérieur a elle. Cette appréhension, plus que définition, de la conscience, entraîne d’importantes conséquences. De la conscience, nous n’avons qu’une connaissance personnelle et pour notre propre compte. Nous ne pouvons que la prêter à nos semblables. Dès que nous les quittons, nous entrons dans un domaine hypothétique. Comme tout le monde, je peux être tenté de prêter une conscience au singe, peut-être au chien, mais au poisson ou à l’araignée? Et où situer la limite?"

La pensée d’outre-mot, Synthélabo, p. 166-167 


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