Dominique Laplane     la science ne peut se prononcer sur la liberté


     Tel le pilote d'un bateau à voile qui ne peut choisir son chemin en raison de vents contraires, mais sait au moins où il veut aller. Il doit tenir compte des qualités nautiques de son esquif, de on gréement, de la vaillance de on équipage. Dès son départ, il bénéficiera ou souffrira des plans de l'architecte et de la prévoyance de l'armateur. Selon qu'il est bien ou mal monté, il affrontera la tourmente ou fuira devant la tempête. A chaque instant, la course de son bateau paraîtra dépendre bien davantage dis données brutes de la situation : vents, courants, état du matériel, moral de l'équipage. Mais par touches successives il imprimera néanmoins une certaine direction à son navire. Il est vrai qu'elle s'écartera de la trajectoire idéale, peu ou prou, souvent beaucoup. Elle n'en sera pas moins porteuse d'une intentionnalité. Et, peut-être, en cas de maladie mentale, ne pourra-t-il même plus suivre une route par panne de gouvernail. Ce pilote ne pourra plus exprimer une liberté qui restera fondamentalement sa propriété, comme on parle des propriétés physiques des substances. Ainsi de l'homme dont on peut décrire les particularités physiques, héréditaires et psychologiques, et qui à chaque instant paraît bien plus le jouet de la vie que le maître de son destin. L'observateur ne peut constater que les effets des éléments sur sa conduite et les expliquer en fonction de ce qu'il connaît de sa psychologie, mais jamais n'apparaîtra, sauf peut-être à celui qui suivra longuement sa course, cette orientation, ce but de la vie qui seront la marque de sa liberté.

     Ainsi, pour le médecin, pour l'homme de science, la liberté n'est pas de l'ordre de l'expérience, (au sens scientifique du terme) contrairement au sentiment commun. À coup sûr, plus nous irons, plus la science réduira la distance qui sépare ses possibilités de prévision et le comportement réel des individus, mais rien ne prouve qu'elle ne se heurtera pas à des difficultés insurmontables. Il est au contraire infiniment plausible que l'espace ne sera jamais entièrement comblé. La science espérera toujours avancer davantage. Mais la place pour une liberté demeurera.

Penser c'et à dire?, Armand Colin, p. 185.

 


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