Dominique Laplane     les mots ne nous apprennent rien


     "les mots ne nous apprennent rien. En eux-mêmes, ils ne sont que des signaux permettant à ceux qui connaissent déjà les choses qui y correspondent de communiquer entre eux. De même, pour que l'auditeur d'un discours plus abstrait le comprenne, il faut que son sens, la réalité conceptuelle qu'il signifie, soit déjà connu de lui. Les signes qui servent à désigner des idées ou des choses présupposent une connaissance préalable, une notion première qui n'est pas apportée par le signe, mais au contraire sert de référence à ce signe. Il n'est de contact possible entre les hommes que parce qu'ils jugent des signes en fonction d'un monde commun, auquel ils participent mutuellement. Le discours de quiconque est toujours mesuré à l'aune de notre propre expérience, que ce discours porte sur des réalités sensibles ou sur des réalités intelligibles. Privé de l'expérience à laquelle il réfère, je ne saurai comprendre un discours. Tel fut le cas d'Augustin dans sa première approche de la narrativité biblique qu'il assimila à une littérature juste bonne pour les simples et les « vieilles femmes » avant que ne lui en soit révélé le sens profond. Tolle ! Lege ; « Tiens et lis ! », lui dit dans son hallucination l'enfant qu'il avait été et qui n'avait pas compris. Pour comprendre, il faut au moins une précompréhension, une confiance, c'est-à-dire une foi. Il faut croire au sens délivré par des signes que l'on ne comprend pas encore, le but étant l'intelligence de ces signes. « Aime fortement l'intelligence, écrit Augustin à Consentius, car les Écritures ne peuvent pas nous être utiles si on ne les comprend pas. »

Penser c'et à dire?, Armand Colin, p. 44.

 


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