Dominique Laplane     philosophie et expérience


     Toute grande pensée vient de l'émoi ressenti face au réel, au mystère des choses, au fait qu'il y a « quelque chose et non pas rien ». Cette émotion est affective, non verbale, même si des tempéraments comme ceux d'un Augustin, d'un Pascal ou d'un Kierkegaard, peuvent ensuite l'écrire en lettres ardentes qui nous touchent encore par-delà les siècles. La vraie logique de notre langage est en effet de traduire notre pensée non verbale qui est d'abord la saisie globale de l'écheveau intriqué de nos expériences auxquelles nous avons dès le départ tenté de donner une signification dans laquelle la part de l'affectivité est essentielle. Dès l'aube de notre civilisation, Platon l'a compris : c'est l'amour de la vie vécue en vérité qui est le moteur de l'âme pensante. C'est cet amour qui fit que Socrate préféra mourir plutôt que de se renier. Ainsi, toute la question du frame problem se trouve posée ; frame est souvent traduit par « cadre », mais le serait mieux par « structure » ou « trame ». La logique, comme nous l'avons souvent répété, ne représente qu'une petite province de notre pensée, celle de la forme. Mais la forme n'est pas le fond. Pour tout philosophe authentique, le fond est l'expérience humaine : les hommes, dit Hegel, ont vécu avant de réfléchir leur vie dans la pensée. La philosophie ne peut donc être qu'une reprise spéculative du vécu de l'humanité.

     Une grande partie des problèmes de la philosophie du XXe siècle a tenu à l'exagération du rôle de la logique dans la pensée. Ancrer la réflexion dans l'expérience et préciser le domaine d'application de la logique me paraît le seul remède contre les raisonnements purement verbaux.

Penser c'et à dire?, Armand Colin, p. 81.

Indications de lecture:

cf. leçon Pensée et intelligence non-verbale.


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