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Rupert Sheldrake    objectivité scientifique et subjectivité vécue


         La science mécaniste nous apprend peu de choses sur les qualité des temps et des lieux. Les réactions subjectives de l'observateur sont censées devoir être rejetées et ignorées au nom de l'objectivité scientifique... L'élément humain est éliminé pour produire un modèle de la réalité ne contenant que des quantités mesurables, susceptibles d'être reliées par les mathématiques. Le comportement et les propriétés de ces quantités abstraites -- notamment la masse, le mouvement, la charge électrique et la température - sont censés respecter des lois éternelles, identiques en tous temps et en tous lieux. Pour la même raison, toutes les expériences scientifiques sont censées être exactement reproductibles en tous lieux et en tous temps, pour autant que les conditions physiques soient inchangées. Peu importe qu'elles soient pratiquées à Berkeley ou à Bali, à Cambridge ou au Cameroun et peu importe le moment où elles sont pratiquées. En pratique, bien sûr, les expériences scientifiques ont lieu dans quelques centres de recherche majeurs, possédant des qualités et des traditions propres et le plus souvent le jour et pendant la semaine.

     Si les expériences sont reproductibles, c'est parce que le système expérimental a été isolé, autant que possible, des qualités particulières de l'environnement; ainsi, l'expérience se sera déroulée en lumière artificielle dans un environnement contrôlé thermostatiquement. De telles techniques expérimentales conviennent à l'étude des plus petits dénominateurs communs des processus physiques et biologiques. Mais il est clair qu'ils n'isolent et n'excluent que certains aspects de ces processus, ignorant tous ceux qui peuvent être mesurés ou contrôlés par le chercheur.

     Certes, c'est l'expérience réelle, et non les abstractions limitées de la science, qui importe le plus dans notre vie quotidienne. C'est l'ensemble de notre expérience, y compris notre héritage culturel, qui nous lie au monde dans lequel nous vivons et pas seulement les aspects artificiellement limités, qui constituent une observation scientifique. Si nous ne voulons pas vivre sur deux plans distincts, déchirés entre une réalité « objective», impersonnelle, mécaniste et le monde «subjectif» de l'expérience personnelle, nous devons trouver un moyen de tendre un pont entre ces deux domaines.

     La science mécaniste ne peut nous guider dans cette entreprise, parce qu'elle se fonde justement sur cette scission. En revanche, une science holistique, évolutionniste devrait nous aider dans le processus d'intégration.

L'âme de la Nature, p. 183-185.

Indications de lecture :

Faire le lien avec Michel Henry, notamment dans La Barbarie. En fait Sheldrake n'a pas lu Michel Henry, mais c'est bien les mêmes idées.


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