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Rupert Sheldrake    Cerveau et mémoire


    L'idée conventionnelle selon laquelle la mémoire doit être explicable en termes de traces physiques dans le système nerveux est, je l'ai déjà dit, une supposition plus qu'une fait empirique. Elle a d'ailleurs été remise en question par maints philosophes depuis l'époque de Plotin au troisième siècle de notre ère. La critique la plus stimulante demeure cette de Henri Bergson dans Matière et Mémoire (1886). Plusieurs arguments ont cependant été avancé récemment, qui posent des problèmes logiques fondamentaux à toute théorie de la mémoire se fondant sur la notion de traces.

     Un des problèmes est lié à la récupération de souvenirs du stock hypothétique renfermant, selon la théorie mécaniste, lesdits souvenirs sous une forme codée. Nous devons donc disposer, pour les consulter ou les réactiver, d'une système de restitution. Pour que ce système puisse identifier les souvenirs recherchés, il doit être à même de les reconnaître. Mais pour ce faire, il doit lui-même avoir une sorte de mémoire. On se trouve confronté à un cercle vicieux: si le système de restitution est doté d'un stock de souvenirs, celui-ci doit à son tour disposer d'une système de restitution doté de mémoire - et ainsi de suite ad libitum.

     Malgré le manque d'évidence empirique de l'existence de traces mémorielles et les difficultés posée par les modèles mécanistes de stockage de souvenirs dans un système nerveux dynamique, l'idée de traces a une résistance remarquable. Une raison en est le manque apparent d'alternative; une autre tient au fait qu'elle semble supportée par deux séries d'évidences bien connues 1) les lésions cérébrales entraînent parfois une perte de mémoire; 2) la stimulation électrique de certaines régions du cerveau suscite l'évocation de souvenirs.

La mémoire de l'univers, p. 218-219.


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