Erreurs fréquentes de rédaction et de style dans la dissertation

  • 1. Ne pas utiliser les guillemets "..." à mauvais escient

Pour mettre en valeur des termes qui n'en valent pas la peine. Exemple: "qui communique avec son "voisin"". Cela ne fait que traduire l'incapacité de trouver un mot exact. Il faut s'arrêter pour trouver le mot qui convient. Réserver les guillemets pour des formulation critiques ou ironiques. "La prétendue "liberté que l'on invoque alors".

  • 2. Que peut-on souligner ?

Seulement 1) soit le titre des oeuvres, 2) soit un concept particulièrement important ou que l'on veut distinguer d'un autre et mettre ainsi visiblement en valeur. Ne pas souligner le nom des auteurs, ni le mettre en capitale.

  • 3. Attention à l'usage du collectif

Eviter de raisonner en opposant des "classes"," il y a "ceux qui pensent ceci", "ceux qui pensent cela", moins nombreux "etc. Voyez les différences dans les choses mêmes, au lieu de les chercher dans des opinions sur elles.

  • 4. usage des points de suspension ...

Mieux vaut éviter de se servir des points de suspension: il dénote en effet une allusion, un sous-entendu. Mieux vaut être franc et direct. Il n'y a pas d'entente par sous-entendu.

  • 5. usage des parenthèses ( )

Pour une raison semblable à celle mentionnée à propos des ... il vaut mieux, quoique dan une mesure moindre ne pas trop user des ( ). Cela alourdit les phrases, et cela fait dire trop de chose à la fois. Préférer le style direct, dépourvu de digression inutile. Une dissertation n'est pas un livre auquel il faudrait adjoindre des notes.

  • 6. Résumé d'idées où justification

Faute fréquente, le candidat fait un résumé hâtif d'idées générales au lieu de les expliquer par le détail et de donner des raisons. Le résumé, c'est le contraire de ce que l'on attend, la démarche exactement opposée de l'explication et d'un raisonnement suivi.

  • 7. Usage des césure en fin de ligne

Ne jamais couper un mot après une apostrophe en renvoyant le mot à la ligne suivante. L'article et le mot forment un tout. Couper les mots par syllabes, avec un trait d'union.

  • 8. Introduction formelle

Ne pas mélanger travail de préparation et introduction. Le mot à mot grammatical n'est pas une méthode d'introduction à un problème philosophique. il faut partir du réel. Ne jamais supposer la question déjà posée, ni la recopier au début de l'introduction.

  • 9. Les termes du sujet et leur signification

Ne jamais considérer que les termes du sujet vont de soi. Il faut tout définir et expliciter par le détail, notamment en montrant en quoi tel mot se différencie d'un autre. Une dissertation qui ne cherche pas à préciser le sens des termes tourne facilement à vide, car l'auteur ne sait pas de quoi il parle.

  • 10. Les exemples trop scolaires

Ne pas employer d'exemple narcissique du genre "je suis en train de faire une dissertation"; "Mon père me raconte toujours que", "pour avoir une bonne note un élève"... Un exemple doit avoir une valeur universelle, caractéristique,exemplaire. Il ne doit pas rester dans un cercle confiné d'expérience. Se limiter au petits problèmes de rapport familiaux et scolaire, c'est tourner en rond. Il faut essayer de s'élever au rang de l'expérience humaine universelle.

  • 11. Penser ce que l'on écrit

Il est extrêmement grave d'écrire des mots sans les penser, de se borner à recopier des idées. C'est le contraire de ce que l'on attend de vous. Cela se voit tout de suite. Vous ne pouvez pas expliquer ce que vous écrivez. Cette manière de remplir du papier avec des idées qui ne sont pas les vôtre est une hypocrisie qui ne fait illusion à personne et que vous payerez cher le jour du bac. Prenez aux sérieux l'exercice de la dissertation. si vous n'êtes pas francs et sincère ici, vous ne le serez nulle part. Montrez que vous avez appris à réfléchir, et que vous n’avez plus peur de le faire tout seul.

  • 12. Lieux communs et références précises

Ne pas faire dire n'importe quoi au sens commun: "On entend dire souvent: aime ton prochain comme toi-même". Ce n'est pas un lieu commun, c'est une formule évangélique. Commencer la phrase par "on entend dire" suppose qu'effectivement, vous allez développer une banalité qui traîne dans le langage de tous les jours, une idée en l'air.

  • 13. Abus du relativisme historique

Ne pas commencer une dissertation en recourant systématiquement au procédé consistant à opposer "autrefois", à "aujourd'hui". C'est rarement pertinent et cela conduit à un type de problématique qui n'est pas philosophique. Ex : "Autrefois les romains pensait que "l'erreur est humaine" ...aujourd'hui...". On retrouve alors l'illusion grave selon laquelle nous aurions soi-disant "évolué", alors que l'on se retrouve devant les même questions essentielles que de par le passé. C'est quand on découvre ce qu'il y a d'intemporel dans une question que l'on est vraiment dans le domaine de la philosophie.

  • 14. Le sens commun et son contenu

Ne pas attribuer n'importe quoi au sens commun. Le considérer comme une sorte de philosophe "passionné par la vérité" est absurde. Sens commun veut dire pensée commune, on-dit, pensée de tout un chacun, c'est à dire quelques opinions courantes et un certain bon sens à l'égard des questions pratiques.

  • 15. Confusion entre le concept et les choses-mêmes

Il est fréquent de voir des candidats remplacer une chose par l'idée de la chose, en disant par exemple que "l'homme souffre bien souvent du concept de l'erreur". Ne pas mélanger le plan de ce qui est et le plan de la représentation intellectuelle.

  • 16. Accumulation d'exemples

Cela ne sert à rien d'énumérer sans fin des exemples qui mettent en cause le sujet. Il suffit d'un seul exemple, mais bien analysé pour toucher l'essentiel. Mieux vaut une page sur les ambiguïtés de la passion chez Racine, qu'une page d'énumération de faits divers relatant des crimes passionnels.

  • 17. Le "clan des philosophes"

A lire certaines copies, on dirait qu'il existe une sorte de congrégation religieuse disposant de ses dogmes et principes appelé "les philosophes". C'est complètement faux. Il n'y a pas une classe homogène d'opinions qui seraient celles "des philosophes". On ne peut pas opposer "les opinions des hommes" et "celles des philosophes". Ce n'est pas une bataille d'opinions! Tout homme devient philosophe à partir du moment où il se met à réfléchir.

  • 18. Catalogue de questions en guise d'introduction

On ne fait pas une introduction en énumérant toute une série de questions qui partent dans tous les sens. On bâtit une introduction on montrant la pertinence et la difficulté de la question : celle qui nous est donnée dans le sujet. Nous voulons ainsi montrer qu'une question bien posée fait vraiment problème.

  • 19. Le sujet philosophique

Trop souvent le candidat ne vise dans ses considérations qu'un sujet plutôt vague et anonyme. Dire sans cesse dans la copie l'homme, revient la plupart du temps à situer les problème à distance pour ne pas se sentir soi-même concerné. Mieux vaut s'impliquer dans la question posée et dire "nous", cela éviterait bien souvent de tomber dans une rhétorique de généralités convenues. L'usage du je doit être prudent. Dire je pour énoncer ses opinions personnelles n'a guère d'intérêt philosophique, ce qui nous importe, c'est la vérité au delà de nos petites préférences. Dire je prend par contre un sens rigoureux dans une description phénoménologique, ou une description du vécu de conscience. Pensez par exemple à Descartes dans les Méditations Métaphysiques.

  • 20. Du moralisme confus en guise de philosophie

Philosopher c'est chercher à comprendre, c'est analyser sans parti pris, examiner, rester pour cela dans la position du témoin impartial et non pas condamner. Quand, la passion entrant en scène, le candidat vire au précho-précha religieux, ou qu'il s'emporte pour donner des leçons de morale à toute l'humanité, il passe à côté de la considération proprement philosophique des problèmes. Le ton de l'examen lucide doit demeurer d'un bout à l'autre de la copie.

  • 21. Régressions philosophiques

Par manque d'idée, d'imagination et de lucidité, on assiste souvent à des attitudes de régression vers des exemples à tout faire. Celui de l'enfant d'abord avec la chansonnette : "le petit enfant lui ne connaît pas..." et on est parti pour un couplet sur l'enfant à propos de n'importe quel sujet. Le lecteur éprouve alors un certain malaise, dans une tentation de régresser à la petite enfance pour ne plus se poser de problèmes ! Idem pour l'exemple rebattu de l'homme des cavernes ou de l'homme à l'état de nature (souvent identifiés): "avant, dans la nature, l'homme n'avait pas ces problèmes que la société nous impose, il vivait de fruits...". On a encore la même impression de malaise, ah ! si on pouvait revenir en arrière et courir à quatre patte dans les bois pour ne plus se poser de problèmes et ne plus réfléchir comme un animal ! Éviter par dessus tout cette tendance à la fuite, préférer la lucidité adulte sur le monde actuel à des comparaisons très confuses.

  • 22. Dans l’introduction envelopper le second concept

plutôt que de partir dans des généralités verbeuses, s’appuyer sur le second terme du sujet. Par exemple, sur le sujet , la connaissance de soi peut-elle être sincère ?, il serait bon de parler de la sincérité dès la première ligne de l’introduction. Nous pouvons appeler cela le terme sensible du sujet.

  • 23. Eviter de tout placer dans l’indéfini

Un sujet philosophique doit investi personnellement. Ne pas se planquer dans l'indéfini, comme si on était jamais concerné. Il faut éviter de dire " certaines personnes ", " les hommes ", " beaucoup de gens " etc. Dire nous et s’impliquer le plus possible. Dans la connaissance de soi peut-elle être sincère ?, on ne voit vraiment pas ce que viendrait faire des considération sur " les gens ", "l'homme" etc.

       Notes de Serge Carfantan, complétées par Francis et Jacqueline Klotz.



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