Textes philosophiques

Aristote    le méchant et le pervers


      Les méchants recherchent la société d'autres personnes avec lesquelles ils passeront leurs journées, mais ils se fuient eux-mêmes, car seuls avec eux-mêmes ils se ressouviennent d'une foule d'actions qui les accablent et prévoient qu'ils en commettront à l'avenir d'autres semblables, tandis qu'au contraire la présence de compagnons leur permet d'oublier. De plus, n'ayant en eux rien d'aimable, ils n'éprouvent aucun sentiment d'affection pour eux-mêmes. Par suite, de tels hommes demeurent des étrangers à leurs propres joies et à leurs propres peines, car leur âme est déchirée par les factions: l'une de ses parties, en raison de sa dépravation, souffre quand l'individu s'abstient de certains actes, tandis que l'autre partie s'en réjouit: l'une tire dans un sens et l'autre dans un autre, mettant ces malheureux pour ainsi dire en pièces. Et s'il n'est pas exactement possible qu'ils ressentent dans un même moment du plaisir  ou de la peine, du moins leur faut-il  peu de temps pour s'affliger d'avoir cédé au plaisir pour souhaiter que ces jouissances ne leur eussent jamais été agréables: car les hommes vicieux sont chargés de regrets.

     Ainsi donc, il est manifeste que l'homme pervers n'a même pas envers lui-même de dispositions affectueuses, parce qu'il n'a en lui rien qui soit aimable. Si dès lors un pareil état d'esprit est le comble de la misère morale, nous devons fuir la perversité de toutes nos forces et essayer d'être d'honnêtes gens: ainsi pourrons-nous à la fois nous comporter en ami avec nous-même et devenir un ami pour un autre.

 Ethique à Nicomaque, VII.

Indications de lecture:

 

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