Textes philosophiques

Aristote    la communauté politique


      C’est à juste titre qu’Hésiode a dit dans son poème : « D’abord une maison, une femme, un bœuf de labour », car le bœuf tient lieu de serviteur aux pauvres. D’une part, donc, la communauté naturelle constituée en vue de la vie de tous les jours c’est la famille, dont les membres sont appelés compagnons par Charondas et commensaux par Epiménide de Crète. D’autre part, la communauté première formée de plusieurs familles en vue de relations qui ne soient plus seulement celles de la vie quotidienne, c’est le village.

     I, 2.6 Réalité tout à fait naturelle, le village semble être une colonie de la famille, et certains appellent ses membres des gens qui ont tété le même lait, des enfants et des petits-enfants. C’est aussi pourquoi les cités ont d’abord été gouvernées par des rois, et que c’est encore aujourd’hui le cas des peuplades. Elles se sont en effet constituées de gens soumis à un roi, car toute famille est régie par le plus âgé, de sorte que les colonies de familles le sont aussi du fait de la parenté de leurs membres.

     I, 2.7 Et c’est ce que dit Homère : « Chacun fait la loi pour ses enfants et ses femmes », car les gens en question étaient dispersées : c’est ainsi que l’on vivaient autrefois. Et des dieux eux aussi tous les hommes prétendent qu’ils sont soumis à un roi, parce que certains d’entre eux sont encore aujourd’hui soumis à des rois et que les autres l’ont été jadis, et de même que les hommes se les représentent à leur image, de même supposent-ils aux dieux une vie comparable à la leur.

     I, 2.8 Et la communauté achevée formée de plusieurs villages est une cité dès alors qu’elle a atteint le niveau de l’autarcie pour ainsi dire complète; s’étant donc constituée pour permettre de vivre, elle permet, une fois qu’elle existe, de mener une vie heureuse. Voilà pourquoi toute cité est naturelle : c’est parce que les communautés antérieures dont elle procède le sont aussi. Car elle est leur fin, et la nature est fin : ce que chaque chose, en effet, est une fois que sa genèse est complètement achevée, c’est cela que nous disons être la nature de cette chose, par exemple la nature d’un homme, d’un cheval, d’une famille.

     I, 2.9 De plus le ce en vue de quoi, c’est-à-dire la fin, c’est le meilleur, et l’autarcie est à la fois une fin et quelque chose d’excellent. Il est manifeste, à partir de cela, que la cité fait partie des choses naturelles, et que l’homme est par nature un animal politique, et que celui qui est hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé soit un être surhumain, et il est comme celui qui est injurié en ces termes par Homère : « sans lignage, sans loi, sans foyer ».

     I, 2.10 Car un tel homme est du même coup naturellement passionné de guerre, étant comme un pion isolé au jeu de trictrac. C’est pourquoi il est évident que l’homme est un animal politique plus que n’importe quelle abeille et que n’importe quel animal grégaire. Car, comme nous le disons, la nature ne fait rien en vain; or seul parmi les animaux l’homme a un langage.

La politique, L. I, ch. V. Trad. Pierre Pellegrin, Les Intégrales de philo Nathan.

Indications de lecture:

Voir la leçon sur l'idée du droit.

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