Textes philosophiques

Aristote   critique de l'accumulation d'argent sans limite


      La richesse et l'acquisition naturelle sont autre chose. C'est la science économique, différente du négoce, qui produit à la vérité de l'argent, mais pas dans tous les cas, seulement quand l'argent est le but définitif de l'échange. La monnaie est l'élément et le but de l'échange et la richesse qui résulte de cet art d'acquérir n'a point de limite. Au contraire, la science économique, bien différente de l'art d'acquérir a une limite, car l'affaire de l'économie n'est pas la même que celle de la science de la richesse. Aussi paraît-il nécessaire que l'économie ait un terme à toute richesse, quoique d'après ce qui se passe, il arrive généralement le contraire. Tous ceux qui cherchent à devenir riches accroissent indéfiniment la quantité d'argent monnayé qu'ils possèdent.

Il y a comme nous l'avons dit deux sortes d'art ou de science de la richesse, l'une qui a le trafic pour objet, et l'autre l'économie. Celle-ci est louable et nécessaire, celle-là est blâmée avec raison, car elle n'est pas conforme à la nature, mais elle provient du bénéfice des échanges réciproques. C'est avec beaucoup de raison qu'on a une grande aversion pour l'usure, parce qu'elle produit une richesse provenant de la monnaie elle-même, et qui n'est plus appliquée à l'emploi pour lequel on se l'était procurée. On ne l'avait créée que pour les échanges, tandis que l'usure la multiplie elle-même : c'est de là que l'usure a pris son nom, parce que les êtres produits sont semblables à ceux qui leur donnent la naissance. L'intérêt est l'argent de l'argent. C'est de toutes les acquisitions la plus contraire à la nature.

Politique, I, II, 17-22.

 

autre texte:

 

"Mais, comme nous l’avons dit, l’art d’acquérir la richesse est de deux espèces : l’une est sa forme mercantile, et l’autre une dépendance de l’économie domestique ; cette dernière forme est nécessaire et louable, tandis que l’autre repose sur l’échange et donne prise à de justes critiques (car elle n’a rien de naturel, elle est le résultat d’échanges réciproques) : dans ces conditions, ce qu’on déteste avec le plus de raison, c’est la pratique du prêt à intérêt parce que le gain qu’on en retire provient de la monnaie elle-même et ne répond plus à la fin qui a présidé la création. Car la monnaie a été inventée en vue de l’échange, tandis que l’intérêt multiplie la quantité de monnaie elle-même. C’est même là l’origine du mot intérêt (1) : car les êtres engendrés ressemblent à leurs parents, et l’intérêt est une monnaie née d’une monnaie. Par conséquent, cette dernière façon de gagner de l’argent est de toutes la plus contraire à la nature. »

Politique, Livre I, 10.

Traduction par J. Tricot. Bibliothèque des textes philosophiques. Vrin, Paris, 2005. (1) topos signifiant à la fois enfant, petit (partus), et revenu de l’argent (foenus, usura).

 

Indications de lecture:

cf. leçon La sphère de la finance.

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