Textes philosophiques

S. Aurobindo        Le physique, le vital, le mental


        "Mais du fait de sa composition, cet agrégat est un mélange hétérogène, non un tout harmonieux et homogène. C'est pour cette raison qu'il y a entre les éléments de notre être une confusion constante, voire un conflit constant, que notre raison et notre volonté mentale se sentent portées à maîtriser et à harmoniser ; et elles ont souvent beaucoup de peine à mettre un semblant d'ordre et de direction dans ce conflit et cette confusion. Malgré tout, nous nous laissons le plus souvent dériver ou pousser par le courant de notre nature, et nous obéissons à tout ce qui vient momentanément à la surface et se saisit de nos instruments de pensée et d'action - même ce qui nous semble un choix délibéré est beaucoup plus que nous ne l'imaginons un automatisme. La coordination des multiples éléments de notre être par la raison et la volonté, et par suite celle de nos pensées, de nos sentiments, nos impulsions, nos actions, est incomplète et palliative. Chez l'animal, la Nature agit suivant ses propres intuitions mentales et vitales ; elle établit un ordre par la contrainte de l'habitude et de l'instinct, à laquelle l'animal obéit implicitement, si bien que les déplacements de sa conscience n'ont pas d'importance.

         Mais l'homme ne peut agir tout à fait de la même manière sans forfaire à ses prérogatives d'homme ; il ne peut pas laisser son être devenir un chaos d'impulsions et d'instincts dirigés par l'automatisme de la Nature. En lui, le mental est devenu conscient ; il est donc contraint par lui-même de faire quelque tentative, si élémentaire soit-elle chez beaucoup, pour voir et maîtriser, et finalement pour harmoniser de plus en plus parfaitement les composantes multiples, les tendances différentes et contradictoires qui semblent constituer son être de surface. Il réussit bien à instaurer en lui-même une sorte de chaos organisé, de confusion ordonnée, ou tout au moins il réussit à croire qu'il se dirige lui-même à l'aide de son mental et de sa volonté propre, mais en fait cette direction n'est que partielle. En effet, sa raison et sa volonté sont non seulement utilisées par l'assemblage disparate des forces motrices habituelles, mais aussi par les tendances et les impulsions vitales et physiques qui émergent à chaque instant et ne sont pas toujours prévisibles ou contrôlables, et par de multiples éléments mentaux incohérents et disharmonieux ; tout cela entre dans la construction de son être et détermine le développement de sa nature et son action dans la vie.

          Dans son moi l'homme est une Personne unique, mais il est aussi, dans la manifestation de son moi, une personne multiple, et il ne réussira jamais à devenir maître de lui-même à moins que la Personne ne s'impose aux multiples personnalités et les gouverne. Mais ceci ne peut être fait qu'imparfaitement par la volonté mentale et la raison de surface ; cela ne peut se faire parfaitement que si l'homme pénètre en lui-même et y découvre l'être central, quel qu'il soit, qui, par son influence prédominante, est à la tête de tout ce qu'il exprime et de tout ce qu'il fait. Selon la vérité profonde, c'est son âme qui est cet être central, mais extérieurement, dans les faits, c'est souvent l'un ou l'autre de ses êtres partiels qui gouverne ; et il peut prendre à tort ce représentant de l'âme, ce substitut du moi, pour le principe psychique le plus profond".

La Vie Divine
, avant dernier chapitre.

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