Textes philosophiques

Thomas Hobbes   légitimation de la peine de mort


      "Je le déclare, quelle que soit la cause nécessaire qui précède une action, si cette dernière est néanmoins interdite, celui qui l'accomplit volontairement peut à bon droit être puni. Supposons par exemple, que la loi interdise le vol sous peine de mort, et qu'il y ait un homme qui, par la force de la tentation soit poussé nécessairement à voler et qui, là-dessus, soit mis à mort : ce châtiment n'en dissuade-t-il pas d'autres de voler ? N'est-il pas cause que d'autres ne voleront pas ? Ne forme-t-il pas, ne façonne-t-il pas leur volonté à la justice ? Faire la loi, c'est donc faire une cause de justice et rendre la justice nécessaire ; et par conséquent, ce n'est pas une injustice que de faire une telle loi. L'intention de la loi n'est pas de faire souffrir le délinquant à cause de ce qui est passé et qui ne peut être défait, mais de le rendre, ainsi que d'autres, justes, alors qu'ils ne le seraient pas autrement ; elle ne regarde donc pas au mal de l'acte passé, mais au bien à venir, car, sans cette bonne intention pour l'avenir, nul acte passé d'un délinquant ne pourrait justifier qu'on le tuât aux yeux de Dieu.

       Mais, direz-vous, où est la justice de tuer un homme pour en amender un autre, si ce qui a été fait était nécessaire ? A cela, je réponds que l'on tue des hommes justement, non pas parce que leurs actions ne sont pas nécessaires, mais parce qu'elles sont nuisibles, et que l'on épargne et préserve ceux qui ne sont pas nuisibles. Là, en effet, où il n'existe pas de loi, ni le fait de tuer ni aucun autre ne peut être injuste ; et par droit de nature, nous détruisons, sans être injustes, tout ce qui est nuisible, à la fois bêtes et hommes ; et, quant aux bêtes, nous les tuons justement lorsque nous le faisons en vue de notre préservation, bien que, selon l'aveu de Monseigneur l'Evêque, leurs actions, étant seulement spontanées et non libres, soient toutes rendues nécessaires et déterminées à cet objet singulier qu'elles réaliseront. Quant aux hommes, lorsque nous formons des sociétés ou des républiques, nous n'abandonnons pas notre droit de tuer, excepté dans certains cas tels que le meurtre, le vol ou autres actions criminelles ; si bien que le droit que possède la république de mettre un homme à mort pour ses crimes, n'est pas créé par la loi, il est ce qui reste du droit de nature premier, que tout homme possède, de se préserver ; la loi, en effet, n'ôte pas ce droit dans le cas des criminels, pour lesquelles elle a fait exception. On n'est donc pas mis à mort ou puni parce que le vol qu'on a commis résultait de l'élection, mais parce qu'il était nuisible et contraire à la préservation des autres, et le châtiment qui conduit à la préservation des autres, punissant ceux qui causent volontairement des torts et personne d'autre, forme et façonne la volonté des hommes pour qu'elle soit ce qu'ils souhaiteraient qu'elle fût. Il devient ainsi évident que, de la nécessité d'une action volontaire, on ne peut inférer l'injustice de la loi qui interdit celle-ci, ou du magistrat qui la punit".

 De la liberté et de la nécessité, trad. F. Lessay, Librairie philosophique J. Vrin, 1993, pp. 76-78.

Indications de lecture:

  


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