Textes philosophiques

Husserl     la méthode transcendantale de Descartes


    Faisons ici, sur les traces de Descartes, le grand retour sur soi-même qui, correctement accompli, mène à la subjectivité transcendantales : le retour à l'ego cogito, domaine ultime et apodictiquement certaine sur lequel doit être fondée toute philosophie radicale...

     Le monde perçu dans cette vie réflexive est, en un certain sens, toujours là pour moi; il est perçu comme auparavant, avec le contenu qui, en chaque cas, lui est propre. Il continue de m'apparaître comme il m'apparaissait jusque-là ; mais, dans l'attitude réflexive qui m'est propre en tant que philosophe, je n'effectue plus l'acte de croyance existentielle de l'expérience naturelle ; je n'admets plus cette croyance comme valable, bien que, en même temps, elle soit toujours là et soit même saisie par le regard de l'attention...

      Par conséquent, cette universelle mise hors valeur, cette « inhibition », cette « mise hors jeu » de toutes les attitudes que nous pouvons prendre vis-à-vis du monde objectif - et d'abord des attitudes concernant: existence, apparence, existence possible, hypothétique, probable et autres, - ou encore, comme on a coutume de dire : cette « épochè  phénoménologique », cette « mise entre parenthèses » du monde objectif, ne nous placent pas devant un pur néant...

     On peut dire aussi que l'épochè est la méthode universelle et radicale par laquelle je me saisis comme moi pur, avec la vie de conscience pure qui m'est propre, vie dans et par laquelle le monde objectif tout entier existe pour moi, tel justement qu'il existe pour mois. Tout ce qui est « monde », tout être spatial et temporel existe pour moi, c'est-à-dire vaut pour moi, du fait même que j'en fais l'expérience, le perçois, le remémore, y pense de quelque manière, porte sur lui des jugements d'existence ou de valeur, le désire, et ainsi de suite. Tout cela, Descartes le désigne, on le sait, par le terme de cogito. A vrai dire, le monde n'est pas pour moi autre chose que ce qui existe et vaut pour ma conscience dans son pareil cogito.

Méditations cartésiennes, Vrin, 1969, p. 16-18.

     Indications de lecture:

Voir la leçon sur la nature du sujet conscient, sur le je transcendantal.


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