Textes philosophiques

Husserl   la perception et l'identité d'objet


    "Partons d’un exemple. Je vois continuellement cette table : j’en fais le tour et change comme toujours ma position dans l'espace : j'ai sans cesse conscience de l'existence corporelle d'une seule et même table, de la même table qui en soi demeure inchangée. Or la perception de la table ne cesse de varier ; c'est une série continue de perceptions changeantes. Je ferme les yeux. Par mes autres sens je n'ai pas de rapport avec la table. Je n'ai plus d'elle aucune perception. J'ouvre les yeux et la perception réapparaît de nouveau. La perception ? Soyons plus exacts. En reparaissant elle n'est à aucun égard individuellement identique. Seule la table est la même : [...] elle peut être sans changer. Quant à la perception elle-même, elle est ce qu'elle est, entraînée dans le flux incessant de la conscience et elle-même sans cesse fluante: le maintenant de la perception ne cesse de se convertir en une nouvelle conscience qui s'enchaîne à la précédente, la conscience du vient-justement-de-passer ; en même temps s'allume un nouveau maintenant. Non seulement la chose perçue en général, mais toute partie, toute phase, tout moment survenant à la chose, sont, pour des raisons chaque fois identiques, nécessairement transcendants à la perception, qu'il s'agisse de qualités première ou seconde. La couleur de la chose vue ne peut par principe être un moment réel de la conscience de couleur ; elle apparaît ; mais tandis qu'elle apparaît, il est possible et nécessaire qu'au long de l'expérience qui la légitime l'apparence ne cesse de changer. La même couleur apparaît dans un divers ininterrompu d'esquisses de couleurs. La même analyse vaut pour chaque qualité‚ sensible et pour chaque forme spatiale. Une seule et même forme (donnée corporellement comme identique) m'apparaît sans cesse à nouveau « d'une autre manière » dans des esquisses de formes toujours autres. Cette situation porte la marque de la nécessité : de plus elle a manifestement une portée plus générale. Car c'est uniquement pour une raison de simplicité que nous avons pris pour exemple le cas d'une chose qui apparaît sans changement dans la perception. Il est aisé d’étendre la description à toute espèce de changements."

Idées directrices  p. 132.

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