Textes philosophiques

Emmanuel Mounier     sur la personne humaine


     (…) La personne est maîtrise et choix, elle est générosité. Elle est donc dans son orientation intime polarisée juste à l’inverse de l’individu. (…) La vie de la personne, on le voit, n’est pas une retraite intérieure, un domaine circonscrit, auquel viendrait s’accoter du dehors mon activité. Elle est une présence agissante dans le volume total de l’homme, toute son activité y est intéressée.

 Dépouillons les personnages, avançons plus profond. Voilà mes désirs, mes volontés, mes espoirs, mes appels. Est-ce moi déjà ? (…) Un effort encore, et je défais ces nœuds résistants pour atteindre à un ordre plus intérieur. (…) Cette unification progressive de tous mes actes, et par eux de mes personnages ou de mes états est l’acte propre de la personne. Ce n’est pas une unification systématique et abstraite, c’est la découverte progressive d’un principe spirituel de vie, qui ne réduit pas ce qu’il intègre, mais le sauve, l’accomplit en le recréant de l’intérieur. Ce principe vivant et intérieur est ce que nous appelons en chaque personne sa vocation. Elle n’a pas pour valeur première d’être singulière (…) mais, en même temps qu’unifiante, elle est singulière par surcroît. La fin de la personne lui est ainsi en quelque manière intérieure : elle est la poursuite ininterrompue de cette vocation. (…) La personne seule trouve sa vocation et fait son destin.

 Ma personne n’est pas la conscience que j’ai d’elle. (…) Ma personne comme telle est toujours au-delà de son objectivation actuelle, supraconsciente et supratemporelle, plus vaste que les vues que j’en prends, plus intérieure que les constructions que j’en tente. Sa réalisation, donc (…) est un effort constant de dépassement et de dépouillement, donc de renoncement, de dépossession et de spiritualisation. (…) Le sujet est à la fois une détermination, une lumière, un appel dans l’intimité de l’être, une puissance de transcendement intérieur à l’être. Loin de se confondre avec le sujet biologique, social ou psychologique, il dissout continuellement leurs contours provisoires pour les appeler à se réunir, au moins à se rechercher sur une signification toujours ouverte. Sous son impulsion, la vie de la personne est donc essentiellement histoire, et une histoire irréversible.

 Le monde des relations objectives et du déterminisme est à la fois le monde le plus impersonnel, le plus inhumain, et le plus éloigné qui soit de l’existence. La personne n’y trouve pas de place parce que, dans la perspective qu’il prend de la réalité, il ne tient aucun compte d’une nouvelle dimension que la personne introduit dans le monde : la liberté. Nous parlons ici de la liberté spirituelle. (…) La liberté de la personne est adhésion. Mais cette adhésion n’est proprement personnelle que si elle est un engagement consenti et renouvelé à une vie spirituelle libératrice.

La personne authentique (…) ne se trouve qu’en se donnant. (…) Elle est le lieu où la tension et la passivité, l’avoir et le don s’entrecroisent, luttent et se répondent. (…) Nous trouvons donc la communion insérée au cœur même de la personne, intégrante de son existence même.

Manifeste au service du personnalisme », chapitre II.


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