Textes philosophiques

Pascal    Le divertissement et le bonheur


    "Si l’homme était heureux, il le serait d’autant plus qu’il serait moins diverti, comme les saints et Dieu – Oui ; mais n’est-ce pas être heureux que de pouvoir être réjoui par le divertissement ? – Non ; car il vient d’ailleurs et de dehors ; et ainsi il est dépendant, et partant, sujet à être troublé par mille accidents, qui font des afflictions inévitables".

Dans l'édition de Port Royal développement sans doute écrit d'après des indications de Pascal :

    "Rien n'est plus capable de nous faire entrer dans la connaissance de la misère des hommes que de considérer la cause véritable de l'agitation perpétuelle dans laquelle ils passent leur vie.

    L'âme est jetée dans le corps pour y faire un séjour de peu de durée. Elle sait que ce n'est qu'un passage à un voyage éternel, et qu'elle n'a que le peu de temps que dure la vie pour s'y préparer. Les nécessités de la nature lui en ravissent une très grande partie. Il ne lui en reste que très peu dont elle puisse disposer. Mais ce peu lui reste l'incommode si fort et l'embarrasse si étrangement qu'elle ne songe qu'à le perdre. ce qui est une peine insupportable d'être obligée de vivre avec soi et de penser à soi. ainsi tout son soin est de s'oublier soi-même, et de laisser couler ce temps si court et si précieux sans réflexion, en s'occupant de choses qui l'empêchent d'y penser.

    C'est l'origine de toutes les occupations tumultuaires des hommes, et de tout ce qu'on appelle divertissement ou passe-temps, dans lesquels on n'a en effet pour but que d'y laisser passer le temps sans le sentir, ou plutôt sans se sentir soi-même, et d'éviter en perdant cette partie de la vie l'amertume et le dégoût intérieur qui accompagnerait nécessairement l'attention que l'on ferait sur soi-même durant ce temps-là. L'âme ne trouve rien en elle qui la contente; elle n'y voit rien qui ne l'afflige, quand elle y pense. c'est ce qui la contraint de se répandre au dehors, et de chercher dans l'application aux choses extérieures à perdre le souvenir de son état véritable. sa joie consiste dans cet oubli; et il suffit, pour la rendre misérable, de l'obliger à se voir, et d'être avec soi".

Pensées 170,  Rive Gauche, p. 69-70. Texte avec la note de bas de page.

 J'ai découvert que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s'il savait demeurer chez soi avec plaisir, n'en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d'une place. On ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu'on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.

Pensées 139.

Indications de lecture:

Bien qu'il ne cite pas ce texte, la proximité d'Eckhart Tolle avec Pascal dans ses textes est proprement stupéfiante. Voir dans Le pouvoir du Moment présent.


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