Textes philosophiques

Platon       immortalité et réminiscence


    Socrate :  Ce sont des prêtresses qui ont eu à cœur de pouvoir rendre compte des objets concernant leur ministère. C’est aussi Pindare et beaucoup d’autres poètes, j’entends ceux qui sont divins. Ce qu’ils disent, le voici. Examine si leur langage te paraît vrai. Ils disent que l’âme de l’homme est immortelle, et que tantôt elle s’échappe, ce qu’on appelle mourir, et tantôt reparaît, mais qu’elle en périt jamais, et que, pour cette raison, il faut mener une vie la plus sainte possible :

 « Car quand Perséphone a reçu des morts la rançon d’une ancienne faute, elle renvoie leurs âmes vers le soleil d’en haut, à la neuvième année. De ces âmes se formes les rois glorieux, et les hommes puissants par la force et supérieurs par la sagesse qui sont à jamais honorés par les hommes comme des héros sans tache ».

     Donc, puisque l’âme est immortelle et qu’elle a vécu plusieurs vies, et qu’elle a vu tout ce qui se passe ici et dans l’Hadès, il n’est rien qu’elle n’ait appris. Aussi ‘est-il pas du tout surprenant que, sur la vertu et sur le reste, elle puisse se souvenir de ce qu’elle a su auparavant. Comme tout se tient dans la nature et que l’âme a tout appris, rien d’empêche qu’en se rappelant une seule chose, ce que les hommes appellent apprendre, elle ne retrouve d’elle-même toutes les autres, pourvu qu’elle soit courageuse et ne se lasse pas de chercher ; car chercher et apprendre s’est autre chose que se ressouvenir. Il ne faut donc pas écouter ce argument captieux : il nous rendait paresseux et n’est pas agréable qu’aux oreilles des hommes indolents. Le mien au contraire les rend actifs et les incite à la recherche. Comme je suis assuré qu’il est vrai, je veux bien chercher avec toi ce qu’est la vertu.

     Ménon : Soit, Socrate. Mais qu’est-ce qui te ait dire que nous n’apprenons pas, mais que ce que nous appelons apprendre c’est se ressouvenir. Peux-tu me démontrer qu’il en est ainsi ?

     Socrate : Je t’ai dit tout à l’heure, Ménon, que tu étais rusé ; et maintenant encore tu me demandes si je puis t’enseigner une chose, à moi qui soutiens qu’il n’y a pas d’enseignement, mais des réminiscences. Tu viens donc à faire voir tout de suite que je suis en contradiction avec moi-même ? »

 Ménon, p. 343-344.

Indications de lecture:

 


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