Textes philosophiques

Schopenhauer    L'histoire, conscience de l'humanité


      L’histoire est pour l’espèce humaine ce que la raison est pour l’individu. Grâce à sa raison, l’homme n’est pas renfermé comme l’animal dans les limites étroites du présent visible ; il connaît encore le passé infiniment plus étendu, source du présent qui s’y attache : c’est cette connaissance seul qui lui procure une intelligence plus nette du présent et lui permet même de formuler des inductions pour l’avenir. L’animal au contraire, dont la connaissance sans réflexion est bornée à l’intuition, et par suite au présent, erre parmi les hommes, même une fois apprivoisé, ignorant, engourdi, stupide, désarmé et esclave. – De même un peuple qui ne connaît pas sa propre histoire est borné au présent de la génération actuelle : il ne comprend ni sa nature, ni sa propre existence, dans l’impossibilité où il est de les rapporter à un passé qui les explique ; il peut moins encore anticiper sur l’avenir. Seule l’histoire donne à un peuple une entière conscience de lui-même. L’histoire peut donc être regardée comme la conscience raisonne de l’espèce humaine ; elle est à l’humanité ce qu’est à l’individu la conscience soutenue par la raison, réfléchie et cohérente… Toute lacune dans l’histoire ressemble ainsi à une lacune dans la conscience et la mémoire d’une homme ; et en présence d’un monument de l’antiquité primitive, qui a survécu à sa propre signification, par exemple en présence… des temps et des palais du Yukatan, nous restons… déconcertés… L’histoire peut en ce sens être envisagée comme la raison ou la conscience réfléchie de l’humanité ».

 Le Monde comme volonté de représentation, supplément I, III, trad. A. Burdeau, P.U.F. p. 1185-1186.

Indications de lecture:

Relier au second texte de Schopenhauer sur l'histoire. Voir la leçon, La définition de l'histoire.


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