Textes philosophiques

Shri Aurobindo      le rôle de la raison


   "La raison existe pour la connaissance.  Elle peut refuser de se laisser entraîner dans l'action;  elle peut prendre du recul, étudier intelligemment, accepter, refuser, modifier, remanier, améliorer, combiner et recombiner les opérations et la capacités des forces en action; elle peut réprimer ici, permettre là, s’efforcer à une perfection intelligente et intelligible, voulue et organisée. La raison est science, elle est art conscient, elle est invention. Elle est observation et peut saisir et organiser la vérité des fais; elle est spéculation et peut dégager et prévoir la vérité des potentialités. Elle est l'idée et son accomplissement, l’idéal et sa fructification. Elle peut percer les apparences immédiates et dévoiler les vérités cachées derrière. Elle est le serviteur, et pourtant le maître de toutes les utilités; et elle peut, écartant toute utilité, chercher la Vérité pour elle-même avec désintéressement, et quand elle l’a trouvée, révéler tout un monde de nouvelles utilités positives. La raison est donc le pouvoir souverain par lequel l’homme n pris possession de lui-même et est devenu l’étudiant et le maître de ses propres forces; elle est la divinité sur laquelle les autres divinités dans l’homme s’appuient pour faire leur ascension; elle a été le Prométhée du mythe, l’aide, l’instructeur, l’ami qui élève, le civilisateur du genre humain.

      Récemment, cependant, il s’est produit une révolte très remarquable du mental humain contre la souveraineté de l’intellect, un mécontentement, pourrait on dire, de la raison contre elle-même et ses propres limitations, et une tendance à donner une liberté plus grande et une importance plus large aux autres facultés de notre nature. A vrai dire, la souveraineté de la raison chez l’homme a toujours été imparfaite; c’était en fait une domination troublée, péniblement établie, combattue et souvent vaincue, bien que les meilleures intelligences de l’espèce eussent reconnu en elle l’autorité et le législateur. Sa seule rivale généralement admise était la foi. Seule, la religion réussi à affirmer avec force que la raison devait se taire devant elle, ou, du moins, qu’a existait des domaines où la raison n’avait pas accès et où seule la foi devait être entendue; mais même la religion a dû pendant un temps abandonner ou rabaisser sa prétention à l’absolu et se soumettre à la souveraineté de l’intellect".

Le Cycle humain, Buchet-Chastel, p. 157-158.


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