Textes philosophiques

Shri Aurobindo       cas de conscience et réponse au développement du mal


     Un problème moral, un cas de conscience', comme on dit en français. Vous défendre contre votre assaillant et le tuer, lui qui vient vous tuer, ou bien rester désarmé et vous faire tuer -- de ces deux choses, laquelle est la meilleure, laquelle a la plus grande valeur morale? Combattre votre ennemi est normal; c'est chose humaine. Vous préserver, vous, c'est-à-dire votre corps, est le tout premier commandement de la Nature. C'est l'essentielle et primordiale exigence de la Nature. Et qui veut préserver sa vie doit prendre celle des autres. Cela aussi, c'est la Nature. Mais, dit-on, il se trouve que l'homme est supposé s'élever au-dessus de la Nature et vivre (même si cela signifie mourir) selon une loi supérieure - et non pas la loi biologique, non pas la loi de la jungle. Certes, la loi supérieure recommande que soit préservée la vie, mais alors la vie des autres et non sa vie à soi ; elle n'est pas égocentrique, mais entièrement concernée par les autres, elle est pour l'harmonie, la concorde et la paix, non pour la violence et la lutte. Si l'on objecte, si l'on fait remarquer qu'il faut être deux pour être amis et en paix, la réponse est qu'un camp doit commencer et que le mérite revient à celui qui commence. Point n'est besoin de se soucier de l'autre camp, il n'a qu'à suivre sa propre loi d'être; on ne peut du reste le conquérir que de cette façon, et non par contrainte, coercition ou violence. Na hi vaïréna vaïrani sdmyantîha kadâtchana "Car, en vérité, dans ce monde, la haine ne s'apaise pas par la haine", dit le Dhammapadat.

     C'est une façon de trancher le naeud gordien. Mais le problème n'est pas aussi simple que le voudrait le moraliste. Ne t'oppose pas au mal : si l'on en faisait une règle absolue, le mal ne couvrirait-il pas le monde entier? Le mal se répand beaucoup plus vite que le bien. En ne s'opposant pas au mal, on risque de perpétuer cela même que l'on redoute; c'est enlever au bien sa chance de s'approcher et de prendre pied. C'est pourquoi le Divin Instructeur déclare dans la Guîtâ que Dieu descend sur la terre, ayant revêtu "la forme humaine" (IX. 11) "pour la protection des bons et la destruction des mauvais" (IV. 8), destruction non pas métaphorique, mais réelle et matérielle, ainsi qu'il en fit preuve sur le champ des Kourou".

      Shri Aurobindo à Nolini Kanta Gupta, Editions Christian de Bartillat, p.269-270.

Indications de lecture:

Le Kouroukshetra est une plaine non loin de Delhi où s'est déroulée la bataille racontée dans Le Mahabharata. La Bhagavad-Gita commence par cette interrogation. Dhammapadat texte bouddhique.


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