Textes philosophiques

A. Comte-Sponville    plaidoyer pour une spiritualité laïque


   Psychologies : Pourquoi ce plaidoyer pour une spiritualité laïque ?
André Comte-Sponville : Essentiellement pour trois raisons. La première, la plus importante : cela faisait des années que j’avais envie de m’expliquer sur la spiritualité. Je suis athée, matérialiste, rationaliste. Mais ce n’est pas une raison pour renoncer à toute vie spirituelle. Ce n’est pas parce que je suis athée que je vais me « châtrer » l’âme ! Vous connaissez le mot de Flaubert : « Je suis mystique et je ne crois en rien. » Cela ne me paraît nullement contradictoire. Les athées n’ont pas moins d’esprit que les autres. Pourquoi s’intéresseraient-ils moins à la vie spirituelle ?

La deuxième raison, c’est le retour du religieux, y compris dans ses formes les plus dangereuses : intégrisme, obscurantisme, fanatisme… Il m’a paru urgent de les combattre ! Encore faut-il le faire sans tomber dans la même intolérance que les plus sectaires des croyants.

C’est ma troisième raison : montrer que l’on peut défendre les Lumières et la laïcité sans tomber dans la haine antireligieuse.

Être athée, en quoi ça consiste ?

C’est croire que Dieu n’existe pas. C’est une croyance négative, mais c’est bien une croyance. C’est la différence avec l’agnosticisme. L’agnostique refuse de se prononcer ; il coche la case « Sans opinion » du grand sondage métaphysique. Telle n’est pas ma position ! Je ne suis ni neutre ni indifférent. Je n’ai pas de preuve – personne n’en a sur ces questions. Mais les arguments contre l’existence de Dieu me paraissent plus forts que les arguments en sa faveur.

Pourquoi, malgré la faiblesse des preuves, la croyance en Dieu subsiste-t-elle ?

La plupart des croyants, aujourd’hui, ont renoncé aux prétendues « preuves » de l’existence de Dieu. On aurait tort de le leur reprocher. A l’impossible, nul n’est tenu… Leur Dieu, comme celui de Pascal, est sensible au cœur plutôt qu’à la raison. Il relève de la foi plutôt que d’une démonstration. La religion n’en continue pas moins. Pourquoi la croyance en Dieu subsiste-t-elle, malgré l’absence de preuve de Son existence ?

D’abord parce qu’il n’y a pas de preuve non plus de Son inexistence. Ensuite parce que l’existence d’un Créateur semble expliquer celle, autrement plus mystérieuse, de l’univers – mais qu’est-ce qui explique le Créateur ? Enfin, et surtout, parce que cette croyance répond à un besoin : celui d’être rassuré, protégé, aimé, consolé… Un Père tout-puissant, plein d’amour et de miséricorde, cela fait comme un soutien, au moins fantasmatique, dans l’existence. Il est difficile d’y renoncer ! Et puis il y a la mort : la sienne, celle de ses proches…

Croire en Dieu, c’est aussi, presque toujours, croire en une vie après la mort. C’est un réconfort. L’athéisme, à certains égards, est plus difficile. Mais pourquoi la vérité serait-elle facile ? A nous de transformer cette difficulté en courage, en sérénité, en bonheur…

  Interview de psychologie magazine pour la sortie de L'esprit de l'athéisme

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