Textes philosophiques

Ralph Waldo Emerson    confiance et vérité


    La plus grande vérité sur ce sujet reste encore à dire, ne peut probablement pas être dite, car tout ce que nous pouvons dire n'est que la lointaine réminiscence de l'intuition. La façon dont je peux m'approcher au plus près de cette pensée pour l'exprimer, la voici : quand le bien est près de vous, quand vous avez la vie en vous, ce n'est pas par une voie connue ou liée à l'habitude ; vous n'y discernerez point les traces de pas d'un autre ; vous n'y verrez point visage humain, vous n'entendrez aucun nom ; la voie, la pensée, le bien seront totalement étrangers et neufs ; l'exemple et l'expérience en seront exclus. La voie vient de l'homme, elle ne va pas vers l'homme. Tous les êtres qui ont jamais existé sont ses ministres oubliés. La peur et l'espoir lui sont l'une et l'autre pareillement inférieurs, même dans l'espoir il y a quelque chose de bas ; à l'heure de la vision il n'existe rien que l'on puisse à proprement parler appeler gratitude ou joie. L'âme élevée au-dessus des passions contemple l'identité et la causalité éternelle, perçoit l'existence en soi de la Vérité et de ce qui est juste, et s'apaise en sachant que tout est bien. Les espaces infinis de la nature, l'océan Atlantique, les mers du Sud, les longs intervalles de temps, les années, les siècles, tout cela ne compte pas. Ce que je pense et ce que je ressens a été sous-jacent à toute forme de vie et à toutes circonstances antérieures, comme cela est sous-jacent à mon présent et à ce qui s'appelle la vie comme à ce qui s'appelle la mort. C'est la vie seule qui sert à quelque chose, pas le fait d'avoir vécu. Le pouvoir cesse à l'instant même du repos ; il réside dans l'instant du passage d'un état ancien à un état nouveau, lorsque le golfe est franchi, lorsqu'on s'élance vers le but; le monde n'a que haine pour ce fait-là : le fait que l'âme devient, car cela dégrade à jamais le passé, transforme toutes les richesses en pauvreté, toute célébrité en disgrâce, confond le saint avec le coquin, écarte de la même façon jésus et Judas. Pourquoi donc alors parler de confiance en soi ? Dans la mesure où l'âme est présente, le pouvoir sera là non pas confiant mais agissant.

     La confiance en soi p.107-108.


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