Textes philosophiques

René Huygues     l'image artistique n'agit pas comme une image stéréotypée


     « Voici où l’art, qui use du même moyen fondamental : l’image, agit comme un contrepoison providentiel. Car l’image y est à la fois le signe et le ferment : la liberté. Elle en est le signe, parce qu’elle exprime le pouvoir de l’artiste de créer une vision nouvelle, qui au lieu d’appauvrir le monde en le stéréotypant, l’enrichit au contraire en le diversifiant au-delà de ce que l’homme moyen pouvait attendre. Elle en est aussi le ferment, parce qu’elle agit sur le spectateur à l’inverse de la publicité, de la télévision, du cinéma qui endorment la faculté de contrôle entraînent la docilité de l’attention. Dans l’art, l’image est choc qui réveille la conscience de chacun, exige l’acuité de son attention pour être pénétrée, appréciée et jugée. Son contenu n’est partagé par le spectateur que s’il réussit à tendre sa sensibilité jusqu’au niveau d’exaltation de lui-même qui est nécessaire. Il va de soi que le cinéma et la télévision peuvent, eux aussi, bénéficier de cette conversion, mais, notons-le bien, seulement dans la mesure où, précisément, ils accèdent eux aussi à l’art. au surplus, l’œuvre d’art, immobile et disponible, se plie au rythme de l’observation dont le spectateur décide et elle permet d’étendre sa méditation autant qu’il le souhaite. Par là le spectateur, si ému soit-il, reste fondamentalement maître de lui. L’image dans l’art, loin de faciliter l’acceptation passive, fouette, exalte la conscience que l’homme peut avoir de ses pouvoirs. Et j’entends aussi bien de ses pouvoirs sur le monde extérieur que sur le monde intérieur."

                                                                                       

Les puissances de l'image, Flammarion,  p.9.


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