Textes philosophiques

Jean Klein    l'homme dans sa totale maturité


     L'homme dans sa totale maturité, qui est conscient de sa véritable nature, ne suit pas nécessairement les conventions de la société. Il agit au moment opportun et obéit à ce que la situation lui impose, sans que la société soit lésée en quoi que ce soit. Agir selon vos désirs n'est que servitude, par contre, faire ce qui doit se faire, ce qui est juste, est liberté totale, aucune contrainte intérieure ou extérieure ne s'interpose.

     La notion d'être une personne n'est pas présente quand les pensées ou les sentiments apparaissent; la pensée moi ne peut intervenir qu'après la disparition de la pensée objet pour la revendiquer. Lorsque cela est devenu évident la servitude se révèle comme n'ayant jamais existé, vous la transcendez en raison de votre nature propre. La lucidité silencieuse est au-delà de tout état, c'est dans celui de veille que nous l'exprimons avec des mots.

     L'exemple du serpent et de la corde, très souvent donné par les védantistes, se réfère à l'univers, le monde, d'une part, et l'essence, de l'autre. Le serpent figure le monde objectif comprenant la notion d'une entité personnelle, ainsi que la pensée et l'affectivité; la corde représente le silence lucide. Quand la corde cesse d'être prise pour un serpent, l'illusion du serpent nous quitte et la corde s'avère ce qu'elle a toujours été. Il est dans la nature de l'erreur de se dissiper lorsque la vérité est clairement perçue. Puisque la pensée fait partie intégrante de l'illusion, nous ne pouvons donc en obtenir la révélation de l'absolu. Ce qui existe est l'ultime réalité - le moi et le monde ne sont que surimposition au Soi. «Je suis » est la source de toute expérience au-delà de la dualité expérimentateur et chose expérimentée. Mettre l'accent sur le je suis, être conscient - et non sur la pensée ou sur la perception - nous procure déjà une grande détente, à la fois sur le plan neuro-musculaire et sur celui du mental. En examinant d'une manière désintéressée toutes vos approches, vous constaterez que la perception et la pensée se résorbent dans la connaissance : je sais, seul aspect réel, avant qu'une autre activité apparaisse. Laissez-vous fondre dans ce silence aussi souvent qu'il se présente. Ne cultivez pas les idées que vous vous forgez de vous-même, ni celles que la société se fait de vous. Ne soyez ni quelqu'un, ni quelque chose, restez totalement en dehors du jeu; il en résultera un état d'être constamment en alerte.

La Joie sans objet, Mercure de France, p. 148-149.

Indications de lecture:

cf. la leçon Le sujet conscient.

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