Textes philosophiques

Michel Serres       la variété de l'odeur


    Nul ne perd la parole parmi les arômes de feuilles et de fleurs. les senteurs singulières des chairs coupent parfois le souffle, qui nous perdons dans le duel des corps mêlés. Sueurs, suaire. Voie, la frontière ou catastrophe, le bord qui ouvre ou ferme aux répugnances qu'on dirait instinctives : sous terre dans le tombeau. fumets noirs, épais, âcres, très bas.

     Le terreau, le terroir mélangent corps et plantes, faune et flore. morts ou vifs, mixtes organiques. Nous aimons encore assez le détritus végétal, la déjection animale repousse, mais pas toujours, elle peut embaumer ; du côté du gibier, le faisandé nous attire. Mais l'odeur de mort fait fuir.

     De même que le son le plus sublime avoisine le bruit, de même le parfum le plus profond touche aux morts et à leur pourriture. se lève de leur royaume ; l'âme sort du corps décédé en odeur de sainteté, nous brûlons de l'encens dans les funérailles.

     Nous approchons du sacré, conduits par les esprits volatils, nous touchons au sale et à la purification, où la sagacité paraît susciter ensemble la connaissance et le religieux. N'avancez pas ici, vous profaneriez ces lieux ou vous vous souilleriez. Le terrain ici défini peut se nommer temple ou propriété, ou sale ou propre ou tabou, délimité en tout cas, donc repéré, connu. Le terrain ici purifié voit naître la raison pure au milieu de l'impur, par nettoyage ou rite. L'hygiène pasteurienne, nos goûts aseptiques récents, la théorie de la connaissance rejoignent ensemble les antiques lustrations

Les cinq sens, Grasset, p. 178-179.


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