Dominique Laplane     Il faudrait enseigner davantage la thérorie quantique


     Je trouve scandaleux, dans un pays qui se vante d’avoir établi l’enseignement de la philosophie dans le cursus préuniversitaire, de constater que l'on ne donne à ceux qui seront de jeunes bacheliers aucune information sur la physique quantique. Cette vision de nos conceptions sur l’Univers est pourtant infiniment plus révolutionnaire que ne le furent en leur temps les systèmes de Copernic ou de Newton. Le résultat de cette carence est que ceux qui se flattent souvent d'être des gens cultivés ne connaissent de la physique quantique que son nom ; la plupart des philosophes eux-mêmes, après l’avoir saluée de loin, au mieux pour les questions ontologiques qu’elle révèle, l’ignorent ou, en tout cas, n’en font nul usage. Or il s’agit d’une mise en cause de la matière, que nous ne pouvons plus prendre pour une donnée d’évidence comme le fut la res extensa de Descartes. Les données les plus fondamentales de notre philosophie occidentale, la notion même de substance dont la stabilité et la permanence sont le fondement, sont mises en cause car, dans le monde quantique, c'est la relation qui est première : tout n’est qu'interférences. Les propriétés des objets quantiques pris entre eux dans de telles intrications sont si « évanescentes » que leur réalité même est parfois mise en cause : ils pourraient n’être que des apparences. Certaines de ces propriétés ne sont pas sans évoquer des propriétés de l'« esprit », au point qu’Einstein cherchait à montrer l'invraisemblance de la théorie quantique en l’accusant de suggérer qu’existe entre les particules une sorte de « télépathie ».

     Il devient plausible pour bien des esprits que la frontière entre la matière et l’esprit en tant que conscience n’est plus évidente et là se trouve la clé de l’abolition de l’opposition entre matérialisme et spiritualisme que j'ai défendue dès 1987 mais qui n'est que l’aboutissement d’un véritable pressentiment visionnaire de Bergson qui écrivait dans Matière et mémoire, dès 1896 avant l’aube de la physique quantique : « La matérialité de l’atome se dissout de plus en plus sous le regard du physicien... De fait, nous voyons force et matière se rapprocher et se joindre à mesure que le physicien en approfondit les effets. Nous voyons la force se matérialiser, l'atome s’idéaliser, ces deux termes converger vers une limite commune, l’Univers retrouver ainsi sa continuité. On continuera à parler d'atomes, l’atome conservera même son individualité pour notre esprit qui l'isole ; mais la solidité et l’inertie de l’atome se dissoudront soit en mouvements, soit en lignes de force, dont la solidarité réciproque rétablira une continuité universelle. »

Postface au livre de Jean Staune L'existence a-t-elle un sens? p. 477-478.

Indications de lecture:

Cf. Que faisons-nous de notre Liberté?  


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