S. Freud      la culpabilité et le surmoi


     Tout d'abord, je soupçonne que les lecteurs ont eu l'impression que les considérations sur les sentiments de culpabilité débordaient du cadre de cet essai, prenant trop de place et repoussant dans la marge leur autre contenu, avec lequel elles n'ont pas toujours un lien étroit. Cela peut avoir brouillé le plan de l'exposé, mais correspond tout à fait à l'intention de présenter le sentiment de culpabilité comme le problème le plus important de l'évolution de la civilisation, et de monter que le progrès de celle-ci se paie d'une perte de bonheur, du fait de l'accroissement du sentiment de culpabilité. Ce qui peut déconcerter dans cette thèse, résultat final de notre enquête, tient vraisemblablement au rapport très particulier, encore mal compris, qu'entretient le sentiment de culpabilité avec notre conscience claire.
Dans les cas communs de remords, que nous considérons comme normaux, ce sentiment est tout à fait perceptible par la conscience; nous avons bel et bien l'habitude de  dire au lieu de sentiment de culpabilité, "conscience d'une faute". De l'étude des névroses, auxquelles il faut dire que nous devons de précieuses indications pour comprendre le normal, il ressort des données contradictoires. Dans une de ces affections, la névrose obsessionnelle, le sentiment de culpabilité s'impose bruyamment à la conscience claire, il domine tant le tableau clinique que la vie des patients ne laisse guère autre chose se manifester à côté de lui. Mais dans la plupart des cas des autres formes de névrose, il demeure inconscient, sans provoquer de moindres effets pour autant....
Peut -être serait-ce ici le bon moment de remarquer que le sentiment de culpabilité, au fond, n'est rien d'autre qu'une forme topique d'angoisse, sous ses formes ultimes il coïncide entièrement avec la peur du Surmoi... D'une certaine façon, l'angoisse est derrière tous les symptômes, mais tantôt elle réquisitionne à grand tapage la conscience entière, tantôt elle se cache si parfaitement que nous sommes forcés de parler d'angoisse inconsciente ou bien -si nous tenons à avoir meilleure conscience vis à vis de la psychologie car enfin l'angoisse n'est qu'une sensation- de possibilités d'angoisse. Et c'est pourquoi il est tout à fait pensable que le sentiment de culpabilité provoqué par la civilisation ne soit pas lui non plus connu comme tel, qu'il demeure en grande partie inconscient ou qu'il transparaisse sous la forme d'un malaise, d'une insatisfaction à laquelle on cherche d'autres motifs."

Malaise dans la civilisation, chapitre VIII, 1929.  

 Indications de lecture:

cf.

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