Textes philosophiques

F. Nietzsche      éducation pour des esclaves


   « La question ouvrière. La sottise, ou plutôt la dégénérescence de l’instinct qui est de nos jours la cause de toutes les sottises, apparaît dans le fait même qu’il existe une question ouvrière. Il est des sujets sur lesquels on ne pose pas de questions : c’est le premier impératif de l’instinct. – Je ne vois absolument pas ce que l’on entend faire de l’ouvrier européen, à partir du moment où l’on a fait de lui une question. Il se trouve en beaucoup trop bonne posture pour ne pas poser peu à peu de plus en plus de questions indiscrètes. Après tout, il a pour lui le nombre. Il faut renoncer à l’espoir de voir se développer chez nous, et se constituer en classe, un type d’homme modeste et frugal, une sorte de Chinois : ce qui aurait été conforme à la raison, et même à la stricte nécessité. Et qu’a-t-on fait ? – Tout ce qu’il fallait pour étouffer dans l’œuf tout ce qui l’aurait permis – on a, par un aveuglement irresponsable, radicalement détruit les instincts grâce auxquels le travailleur est possible en tant que classe sociale, et possible à ses propres yeux. On a fait de l’ouvrier un conscrit apte à porter les armes, on lui a donné le droit d’association, le droit de vote politique… Faut-il s’étonner si aujourd’hui l’ouvrier ressent déjà sa condition comme une calamité (ou, en termes de morale, comme injuste) ? Mais que veut-on, au fait ? C’est la question que je persiste à poser. Si l’on veut une fin, il faut aussi en vouloir les moyens : si l’on veut des esclaves, il faut être fou pour leur donner une éducation de maîtres. »

 Crépuscule des idoles, traduction de Jean-Claude Hémery – Gallimard – Folio essais – 1988.

Indications de lecture:

Cf.


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