Leçon 288.    La logique quadrivalente       pdf téléchargement     Téléchargement du dossier de la teçon

     Dans l’ordre pratique, il semble que la logique duelle soit très indispensable. Par exemple en justice : ou bien le soir du meurtre, A était au casino comme il le prétend, ou il n’y était pas et il était chez lui, ce qu’il a affirmé ensuite. Mais il ne peut pas dire les deux à la fois (simultanément et sous le même rapport). C’est l’un ou l’autre. Il y a forcément un mensonge.

    Toutefois, il suffit d’observer la pauvreté de nos débats télévisés pour se rendre compte à quel point nous sommes coincés dans la logique binaire. « Il est de droite ou il est de gauche ? Il est plutôt à l’extrême gauche ou dans la gauche modérée ? Il est à Etudes sur la démonstrationdroite ou à l’extrême droite ? Il est pour ou contre la vaccination (l’euthanasie, l’avortement, etc.) ? » On peut continuer indéfiniment. Mais peut-on traiter n’importe quelle question comme s’il fallait toujours choisir son camp et deux valeurs de vérité Vrai/Faux ? On peut très bien n’être ni de droite, ni de gauche. Il est aussi parfaitement possible sur certains sujets d’avoir une position médiane qui se situe délibérément entre des extrêmes. Aristote, quand il parle de la vertu fait l’éloge du juste milieu : le courageux, ce n’est ni le lâche, ni le téméraire, il se tient dans un juste milieu. Certaines propositions sont indécidables dans la dualité, par exemple toutes celles qui mettent en jeu le futur : « Frédéric obtiendra son bac », ce n’est ni vrai, ni faux, c’est possible, voire probable, mais pas vrai ou faux.

    Il existe beaucoup de domaines dans lesquels nous ne pouvons pas nous en tenir à seulement deux valeurs de vérité Vrai, Faux, sous peine de simplification abusive, et de sabotage dans le principe toute vision complexe. Un grand nombre de problèmes humains proviennent d’une manière de les considérer avec un manichéisme abusif. Un usage aberrant de la pensée duelle là où elle ne devrait pas avoir droit de cité. Cela veut dire que nous avons besoin d’apprendre dans certains domaines à penser dans une logique élargie. Il faudrait introduire deux valeurs supplémentaires : la possibilité que certaines propositions puissent être à la fois vraie et fausse et aussi que certaines propositions puissent n’être ni vraies, ni fausses. Mais, ce n’est pas facile. A quoi pourrions-nous appliquer ces valeurs ? Et comment penser une logique quadrivalente ? Sur quel plan la logique duelle garde-t-elle une pertinence et quand devrions-nous la laisser tomber pour raisonner autrement ? Ce qui soulève encore la question de savoir comment un sens pourrait-il exister en dehors de la logique duelle.  

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A. La logique duelle et l’expérience empirique

     Le monde dans lequel nous vivons semble, dans une très large mesure, structuré dans la dualité.  Mâle/femelle, nuit/jour, pôle +/ pôle – d’un aimant, force centrifuge/force centripète, symétrie droite/gauche du corps, orientation haut/bas d’une plante etc. les exemples ne manquent pas dans la Nature. Sur le plan psychologique, le sens commun est très dualiste, il est très facile de partager impressions, sentiments, jugements dans la dualité : plaisir/douleur, amour/haine, attirance/répulsion, vertu/vice, véracité/mensonge, courage/lâcheté, grandeur/bassesse, humilité/orgueil, douceur/dureté, fidélité/infidélité etc. Il existe des systèmes de philosophie très dualistes, comme celui de Descartes, avec la dualité corps/esprit. Le mental humain semble ne se mouvoir que dans un langage duel, parce que la grande majorité des concepts humains sont duels. Et quoi de plus duel que le couple vrai/faux ? Mais cela veut-il dire que nous sommes pour autant contraints à ne formuler de jugements que sur un mode binaire en vrai ou faux ?

 1) Comme le rappelle Aristote, d’abord les concepts ne sont ni vrais ni faux. Le mot « gazelle » désigne quelque chose, mais c’est seulement dans le jugement que le vrai et le faux adviennent. C’est dans le jugement que l’on ajoute l’affirmation d’une existence ou d’une non-existence, soit absolument :

     La gazelle n’existe pas

Ou relativement à un temps donné :

      La gazelle buvait en plein midi au bord du fleuve.

     En tant que le jugement unit des idées, il implique erreur ou vérité. Considéré dans une expression du langage, le jugement est une énonciation, sur ce qui est ou sur ce qui n’est pas. Mais attention, le jugement se distingue des autres formes de discours, tel que celui qui dit le désir, la prière, l’interrogation, pour Aristote, il a pour forme caractéristique affirmation et négation. La logique la plus élémentaire table donc sur la forme catégorique du jugement. Celle qui formule une proposition. Les éléments de la proposition sont le substantif et le verbe, le verbe lui-même comprend outre la copule (le lien que crée le verbe), l’attribut, ou prédicat.

La rose est rouge : rose, substantif, est, copule, rouge, attribut.

Le discours, analysé d’un point de vue logique, est l’union par la pensée d’un sujet et d’un attribut. Ce n’est pas du tout difficile à saisir, Aristote ici ne va pas plus loin que les opérations les plus ordinaires du mental sur le plan empirique. Le jugement est vrai quand la pensée exprimée affirme ce qui est, il est faux dans le cas contraire. Pour reprendre deux exemples déjà étudiés :

     Le dauphin est un mammifère

     Est vrai car effectivement il en possède les caractéristiques biologique, le dauphin n’est pas un poisson. Le prédicat est bien inclus dans le sujet.

    Tous les lapins sont carnivores

      Est faux, parce que cet attribut ne convient pas à la nature propre du lapin. Le prédicat n’est pas inclus dans le sujet.

     Il faut donc admettre que pour le connaisseur humain, la connaissance a nécessairement pour mesure ce qui est connu par le biais d’un mode de connaissance valide. Ce qui veut dire que ce n’est en aucune manière le discours vrai qui est cause de l’existence de la chose, c’est au contraire la chose qui est la cause de la vérité du discours, puisque le discours vrai dit le vrai ou le faux suivant l’existence. Donc celui qui juge divisé ce qui l’est dit le vrai, tandis que celui qui prétend le contraire dit le faux. Il se trompe. Et l’inverse, celui qui juge relié ce qui l’est dit le vrai, tandis que celui affirme le contraire dit le faux.

      a) Une fois cela admis, il est possible d’opérer une classification des jugements. La première division des jugements simples se fait selon la qualité. Ainsi, comme le jugement se rapporte à l’existence, comme à la non-existence, il y a des jugements affirmatifs, ou catégorique :

    L’argent est un facteur de corruption morale.

        Et des jugements négatifs, ou privatifs :

     Dieu n’est pas un être humain.

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     © Philosophie et spiritualité, 2019, Serge Carfantan,
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