Textes philosophiques

Maurice Merleau-Ponty     sur le scepticisme de Montaigne


     On croit avoir tout dit de lui en disant qu’il est sceptique, c’est-à-dire qu’il s’interroge et ne répond pas, refusant même d’avouer qu’il ne sait rien, et se tenant au célèbre « que sais-je ? ». Tout cela ne va pas loin. Le scepticisme a deux faces. Il signifie que rien n’est vrai, mais aussi que rien n’est faux. Il rejette comme absurdes toutes les opinions et toutes les conduites, mais il nous ôte par là le moyen d’en rejeter aucune comme fausse. Détruisant la vérité dogmatique, partielle ou abstraite, il insinue l’idée d’une vérité totale, avec toutes les facettes et toutes les médiations nécessaires. S’il multiplie les contrastes et les contradictions, c’est que la vérité l’exige. Montaigne commence par enseigner que toute vérité se contredit, peut-être finit-il par reconnaître que la contradiction est vérité.

 Éloge de la philosophie et autres essais , Gallimard, 1960.

 

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