Textes philosophiques

Swami Prajnanpad      L'ego


    « Ahamkara » est ce qui vous fait dire: « c'est à moi ». Le sceau du  « moi » est gravé sur le non-moi, sur ce qui est dehors de lui, sur ce qui lui est extérieur. Le sentiment de l'orfèvre « J'ai fait ce bijou », c'est cela l'ahamkara, quel que soit le sceau que l'orfèvre (svarnakara) appose sur l'or la nature de l'or n'est pas changée. L'orfèvre touche simplement à la forme. Son travail n'affecte pas la substance L'ampoule électrique ne donne pas la lumière, c'est seulement quand le courant électrique passe que la lumière apparaît.

    Cet ahamkara est subtil et puissant. Il ne peut pas imaginer sa propre disparition. Comment alors peut-il disparaître? De même que nous devons nous appuyer sur sol pour nous lever, nous devons nous servir de l'ego pour le dépasser. C'est le bon côté de l'ego dont nous devons nous servir. Chacun a un ego et cela est nécessaire. Un morceau de bois ne cessera pas d'exister si nous éteignons le feu mais il disparaîtra complètement, quand il aura été consumé, de même il faut laisser l'ego se consumer jusqu’à sa disparition totale.

    La libido[1] a deux aspects, l'un tourné vers l'intérieur, I'autre tourné vers l'extérieur. La sublimation finale vient quand la sexualité est satisfaite et épuisée. Alors, I'énergie entière est tournée vers l'ego ou le Soi. C'est cela qui est une véritable activité culturelle... et non pas les arts, la danse, le théâtre etc...

             Dans toutes ces activités, en dernière analyse, il n'y a rien d'autre que de l'énergie sexuelle. Rechercher ce que l'on est vraiment, c'est cela la plus haute activité culturelle .

    L'ego est puissant. Quand il vient devant les yeux du mental, il recouvre tout. Il est si puissant et si subtil qu'il peut tromper l'intellect le plus aiguisé. Le critère pour savoir si l'ego intervient ou non, c'est voir si vous êtes en réaction par rapport à la situation ou non. Si vous n'êtes pas dans un état réactionnel, vous pouvez voir ce qui est. Si vous êtes troublé, soyez certain que l'ego est intervenu.

    Il faut surmonter l'ego, si vous voulez être un avec I'autre. C'est l'ego qui vous maintient dans vos préjugés. Quand vous devenez un avec l'autre, vous vous élargissez, vous devenez vaste, vous transcendez vos préjugés mesquins. Quand vous mélangez le « Je » avec les objets, vous tombez dans la subjectivité. Dans toutes les relations il y a ce mélange. C'est quand vous n'êtes pas en relation que vous êtes vous-même.

    C'est parce que vous imaginez qu'il y a quelque chose à l'extérieur que vous souffrez. Quand votre fille est là, vous êtes le père. Avec votre femme, vous êtes le mari, avec votre neveu, I'oncle et ainsi de suite. Mais qui êtes-vous exactement? Rien de tout cela. Ce sont simplement des relations, ce n'est pas « Je ». Vous êtes toujours différent de ces relations. Quand vous n'êtes pas partie prenante dans ces relations et que vous les voyez objectivement, vous vivez dans la vérité.

    Aussi longtemps qu'il y a réaction, c'est le signe que l'ego est présent. Le seul moyen de vous en défaire, c'est d'en devenir conscient. Quand une réaction se produit voyez comment elle s'est produite, comment elle est apparue. L'émotion est venue parce que vous étiez impliqué. Si vous sentez une odeur et que vous essayez d'y échapper, en disant que cette odeur est « affreuse »  cela montre que vous n'avez pas accepté l'odeur. Au moment où vous dites « cette odeurs est affreuse », vous ne percevez pas l'odeur, mais seulement le caractère affreux que vous lui avez surimposé. Quand vous dites que vous souffrez, cela signifie que vous êtes dans un état dont vous ne voulez pas. Mais vous y êtes Quelle sagesse y a-t-il à le refuser ? Acceptez la souffrance et expérimentez-la. faire l'expérience, ce n'est ni rechercher la souffrance, ni la refuser.

    Tant que vous essayez de fuir une chose, vous ne la connaissez pas. Vous ne connaissez pas toutes les choses que vous avez évitées. De même, vous ne connaissez pas non plus toutes les choses qui vous attirent. Mais toute expérience fait partie de la Vie  et quand vous fuyez le chagrin, vous fuyez la Vie. C'est pourquoi on ne vous demande aucun effort. En fait, plus l'effort est petit, plus grande est l'expérience. Ainsi quand il n'y a pas d'effort ni pour courir vers, ni pour fuir, on sent que l'on est avec ce qui est. De même quand vous faites un travail, vous devez être totalement présent. Si vous mangez, alors vous mangez, . C'est tout Ne vous préoccupez ni de celui qui mange, ni de ce qui est| mangé. Seulement vous mangez. Le moi disparaît".

Entretiens avec S. Prajnanpad, édition l'originel, publiés par R. Srinivasan, p.58 sq.

Indications de lecture:

[1] Cf. L’énergie de la vie selon Freud, dans son développement dynamique. Cf. L'hypothèse de l'inconscient.


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