Textes philosophiques

Shri Aurobindo       les limites du mental


      "Le mental n'est pas un pouvoir de connaissance totale; c'est seulement quand il commence à passer au-delà de lui-même qu'il devient un pouvoir de connaissance directe il reçoit des rayons de la vérité mais ne vit pas dans le soleil; il voit comme à travers des verres et sa connaissance est colorée par ses instruments; il est incapable de voir le soleil à l'oeil nu ni de regarder droit dans le soleil. Le mental est dans l'impossibilité de prendre position dans le centre solaire ni n'importe où au sein du corps rayonnant ni même à la circonférence brillante de l'orbe de la vérité parfaite et d'en obtenir ou d'en partager le privilège de connaissance infaillible et absolue. Il faudrait qu'il se soit déjà rapproché de la lumière du Supramental pour pouvoir simplement vivre quelque part dans la vicinité de ce soleil, dans la pleine splendeur de ses rayons, dans quelque chose qui ressemble au flamboiement complet et direct de la Vérité; or, même à son sommet, le mental humain est fort loin de cela, il peut tout au plus vivre dans un cercle limité, dans quelque étroite lueur d'une perception pure ou d'une vision directe; il lui faudrait longtemps, même en se surpassant, pour toucher à quelque reflet imitatif et fragmentaire du rêve d'omnipotence et d'omniscience limitées qui sont le privilège des envoyés divins, des dieux ou des démiurges. C'est un pouvoir de création, certes, mais, ou bien il est incertain, tâtonnant, et touche au but par chance ou à la faveur des circonstances, ou bien, s'il a l'assurance de la force de quelque talent pratique ou du génie, il reste sujet à des imperfections et enfermé en d'inéluctables limites. Sa connaissance la plus haute est souvent abstraite, elle manque de prise concrète; il doit se servir d'expédients et de moyens peu sûrs pour arriver à quelque conclusion, dépendre du raisonnement, de l'argumentation, du débat, d'inférences et de divinations, de méthodes fixes de déduction et d'induction logiques, et ne réussit que si on lui fournit des données correctes et complètes; et même alors, partant des mêmes données, il est susceptible d'arriver à des résultats différents et à des conséquences contradictoires - il doit se servir de moyens hasardeux et accepter les résultats d'une méthode hasardeuse, même lorsqu'elle prétend à la certitude, et il n'en aurait nul besoin s'il avait une connaissance directe ou supra-intellectuelle. Point n'est besoin d'insister davantage sur le tableau - tout cela fait partie de la nature même de notre ignorance terrestre et son ombre s'accroche jusqu'à la pensée ou à la vision du sage et du voyant; nous ne pouvons y échapper que si un principe de connaissance consciente-de-la-vérité, un principe supramental, descend et prend en main le gouvernement de la nature terrestre".

La Manifestation supramentale,  p. 119-121, Buchet-Chastel.

Indications de lecture:

Cf. leçons sur La conscience et l'évolution et L'intelligence et les limites de la pensée. Noter la présence très platonicienne de la métaphore du Soleil. La critique des méthodes de l'empirisme est admirablement rendue dans le grand poème de Shri Aurobindo Savitri.

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