Textes philosophiques

Shri Aurobindo    Démocratie et ploutocratie


    La démocratie et sa panacée de liberté et d'éducation ont certainement fait quelque chose pour l'espèce humaine. Tout d'abord, pour la première fois dans la période historique, le peuple se tient la tête haute, actif et vivant; et là où se trouve la vie, il y a toujours l'espoir de choses meilleures. Ensuite, une certaine sorte de connaissance s'est généralisée bien plus qu'il n'avait été possible autrefois, et, avec elle, un certain genre d'intelligence active fondée sur la connaissance et fortifiée par l'habitude d'avoir à trancher des questions et des opinions contradictoires en toutes sortes de matières. Progressivement, les hommes apprennent à se servir de leur mental, à appliquer leur intelligence à la vie - et ceci est un grand gain. (...) L'égalité des facilités d'éducation et l'égalité des chances dans la vie n'ont été nullement établies; nous trouvons pourtant une égalisation bien plus grande qu'il n'avait été possible aux stades antérieurs du développement social. Mais ici surgit un nouveau défaut, énorme, qui se révèle fatal à l'idée sociale qui l'a engendré. En effet, même si l'on suppose acquise une égalité parfaite des facilités d'éducation ou autres - et elle n'existe pas encore vraiment et ne peut pas exister au stade individualiste de la société-, de quelle manière et dans quel but ces facilités vont-elles être utilisées? L'homme, être à demi infrarationnel, exige trois choses pour être satisfait : le pouvoir, s'il peut l'avoir, ou en tout cas l'utilisation et la rétribution de ses facultés, et la satisfaction de ses désirs. Dans les sociétés anciennes, il pouvait jusqu'à un certain point, dans les limites de son statut héréditaire, s'assurer la jouissance de ces choses suivant sa naissance, son rang social fixe et ses capacités. Une fois cette base abolie, et rien de vrai ne venant s'y substituer, les mêmes besoins ne peuvent être satisfaits que par le succès dans la ruée vers le seul pouvoir qui reste : le pouvoir de l'argent. Ainsi, au lieu d'une société harmonieusement ordonnée, s'est développé un formidable système de concurrence organisée, un industrialisme forcené et inéquitable qui grandit avec une furieuse rapidité, et, sous le masque de la démocratie, une tendance ploutocratique grandissante qui choque par sa grossièreté ostentatoire et l'immensité des gouffres et des distances qu'elle crée. Tel est l'ultime aboutissement de l'idéal individualiste et de son mécanisme démocratique.

     Shri Aurobindo et l'Avenir de la Révolution française, extraits, p. 102-103.

Indications de lecture:

    Cf. Leçon Pourquoi la démocratie?

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