Textes philosophiques

Ralph Waldo Emerson    le matérialiste, l'idéaliste et la pensée


    "Dans l’ordre de la pensée, le matérialiste part du monde extérieur et estime que l’homme en est le produit. L’idéaliste part de la sa conscience et considère le monde comme apparence. Le matérialiste respecte les masses sensibles, la Société, le Gouvernement, les relations sociales, le luxe, chaque établissement, chaque masse, qu’il s’agisse de majorité numérale, d’étendue spatiale, ou de quantité d'objets -, ainsi que chaque action sociale. L'idéaliste a une autre mesure, qui est métaphysique, a savoir, le rang que les choses elles-mêmes viennent occuper dans sa conscience ; et non pas la taille ou l'apparence. L'esprit est la seule réalité, dont les hommes et toutes les autres natures sont des réflecteurs plus ou moins bons. La nature, la littérature, l'histoire, ne sont que des phénomènes subjectifs. Bien que, dans le cours de son activité, il soit dominé par les lois de l'action et donc coopère chaleureusement avec les hommes, les préférant alors à lui-même, cela dit, lorsqu'il parle scientifiquement, ou bien d'après l'ordre de la pensée, il est contraint de rabaisser les personnes au rang de représentants de vérités. Il ne respecte pas le travail, ni les produits du travail, à savoir, la propriété, sinon qu'en tant que symbole varié, illustrant avec une merveilleuse fidélité de détails les lois de l'être ; il ne respecte ni le gouvernement, sinon en tant qu'il réitère la loi de son esprit, ni l'église, ni les oeuvres caritatives, ni les arts, pour ce qu'ils sont ; mais il entend, comme de très loin, ce qu'il disent, comme si sa conscience lui parlait par le biais d'une scène de pantomime. Sa pensée, c'est l'univers. Son expérience l'incite à contempler la procession des faits que vous appelez le monde comme coulant perpétuellement vers l'extérieur, à partir d'un centre invisible et inexploré, en lui-même, le même centre pour lui et pour les autres, ce qui l'oblige à considérer toute chose comme possédant une existence subjective ou relative, relative par rapport à ce Centre Inconnu que l'on vient d'évoquer.

     De ce transfert du monde dans la conscience, de cette contemplation de toute chose dans l'esprit, découle aisément son éthique toute entière. Il est plus simple de dépendre de soi. La hauteur, la déité chez l'homme, doit, pour être autonome, n'avoir besoin d'aucun don, d'aucune force étrangère ».

Essais, Le transcendantaliste, p. 15-16.

Indications de lecture :

Cf. La leçon sur Philosophie de la Nature. Voir aussi second texte. Rapprocher de la leçon Le sens de l'histoire.


Bienvenue| Cours de philosophie| Suivi des classes| Textes philosophiques| Liens sur la philosophie| Nos travaux| Informations
 
philosophie.spiritualite@gmail.com