Textes philosophiques

Krishnamurti    la question du mal


     "Résister au mal ne fait que le renforcer. Donc, si l'esprit vit dans le bien, il n'y a pas de résistance, et le mal ne l'atteint pas. Il n'y a donc pas lieu de contenir le mal.

     Q. Alors il n'existe que le bien?

      K. Revenons un peu en arrière... L'esprit a pénétré l'obscurité; il en a fini avec elle. Mais existe-t-il un mal indépendant de tout cela? Ou bien le mal fait-il partie du bien?

     Vous voyez: dans la nature, il y les forts qui vivent au dépens des faibles, et les plus fort qui vivent des forts. Je n'appellerais pas tout cela le mal. Mais il a aussi le désir délibéré de blesser quelqu'un d'autre. Est-ce que cela fait partie du mal? Je veux vous blesser  parce que vous m'avez contrarié ; est-ce du mal?

     - Cela fait partie du mal.

     K. Alors cela implique la volonté. Vous me blessez, et parce que je suis orgueilleux je veux me venger. Le désir de me venger est une action de la volonté. Que ce soit la volonté de réagir contre quelqu'un ou celle de lui faire du bien, les deux présentent un mal... l'intention délibérée, l'ensemble des intentions, le fait de revenir sur les choses, le tout provenant d'une intention profonde de blesser, tout cela fait partie de la volonté. Il me semble que c'est là que le mal a son existence - dans l'intention délibérée de blesser. Vous me blessez, je vous blesse; ou bien je vous demande pardon et tout est fini. Mais si je me cramponne, si je ressasse, si délibérément je fortifie cet état, si je donne suit à un projet ayant l'intention de vous blesser, cela fait partie de la volonté qui existe dans l'homme de faire du bien ou de nuire, et il y a alors le mal.

     Est-il possible de vivre sans faire agir la volonté? Dès l'instant où je résiste, le mal est d'un côté, le bien de l'autre, et il s'installe une relation entre les deux. L'amour alors est un espace ouvert, sans paroles, sans résistance aucune. L'amour est l'action qui surgit à partir du vide. Comme nous l'avons dit hier, quand les éléments masculins deviennent délibérément exigeants, possessifs, agressifs, dominateurs, l'homme sollicite le mal. Et le principe féminin qui cède, qui s'incline, qui cède et cède encore en vue de dominer par la suite, celui-là aussi invite le mal.

     Donc, partout où il y a une recherche pleine de ruse ayant pour but la domination et qui est l'oeuvre de la volonté, c'est là que naît le mal".

Tradition et Révolution, trad. N. Kossiakov,  Stock, Paris, 1978, p. 36-38.

Indications de lecture:

Cf. La leçon, L'ego et l'intention du mal.


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