Textes philosophiques

Krishnamurti    la méditation n'est pas une réflexion ni une prière


    "Si l'on entreprend de méditer de propos délibéré, ce n'est pas de la méditation. Si l'on se propose d'être bon, la bonté de fleurira jamais. Si l'on cultive l'humilité, elle cesse d'être. La méditation est comme la brise qui vient lorsque l'on laisse la fenêtre ouverte ; mais si on la laisse ouverte délibérément, si, délibérément, on invite la brise, elle n'apparaîtra jamais. 
    La méditation n'est pas dans le processus de la pensée, car la pensée est si rusée qu'elle a d'infinies possibilités de se créer des illusions, mais alors la méditation lui échappe. Comme l'amour, elle ne peut être pourchassée. 
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    La méditation est un dur travail. Elle exige la plus haute forme de discipline - non celle du conformisme, de l’imitation, de l'obéissance ; mais celle qui résulte de ce que l'on est constamment conscient, à la fois du monde extérieur et de la vie intérieure. Donc la méditation n'est pas une activité dans l'isolement, mais une action dans la vie quotidienne, faite de coopération, de sensibilité et d'intelligence. Si la méditation ne pose pas les fondements d'une vie irréprochable, elle devient une évasion et par conséquent n'a absolument aucune valeur. Être irréprochable ce n'est pas se conformer à une morale sociale, mais être libéré de l'envie, de l'avidité et de la recherche du pouvoir, qui sont des causes d'inimitié. On ne s’en libère pas par une action volontaire, mais en en étant conscient du fait qu'on se connaît. Si l'on ne connaît pas les activités du moi, la méditation devient une excitation sensorielle et a très peu de sens. 
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    La méditation est un mouvement perpétuel. Vous ne pouvez jamais dire que vous êtes en train de méditer, et vous ne pouvez pas réserver un temps pour la méditation. Elle n'est pas à vos ordres. Sa bénédiction ne vous est pas octroyée du fait que votre vie est réglée par un système , une routine ou une morale. Elle ne vient que lorsque votre coeur est réellement ouvert. Non pas ouvert avec la clé de la pensée, Ni mis en sécurité par l'intellect, mais lorsqu'il est ouvert comme un ciel sans nuages ; alors elle survient à votre insu, sans avoir été invité. Mais vous ne pouvez jamais la surveiller, la conserver, lui rendre un culte. Si vous essayez de le faire, elle ne reviendra jamais plus ; quoi que vous fassiez elle vous évitera. Ce n'est pas vous qui importez dans la méditation, vous n'y avez aucune place, sa beauté n'est pas en vous met en elle-même. Ne regardez pas par la fenêtre dans l'espoir de la capter à son insu, ne vous asseyez pas dans une chambre tamisée afin de l'attendre ; elle ne vient que lorsque vous n'êtes pas là du tout, et sa félicité n'a pas de continuité. 
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    L'épanouissement de la méditation est espace et innocence. Il n'y a pas d'innocence sans espace. L’innocence n'est pas un état infantile : on peut être à la fois physiquement mûr et innocent. Mais le vaste espace qui accompagne l'amour ne peut pas se produire tant que le psychisme n'est pas libéré des nombreuses cicatrices de l'expérience. Ces cicatrices empêchent l'esprit d'être innocent. La méditation consiste à libérer l'esprit de la constante pression de l'expérience. 
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    La méditation n'est jamais une prière. Les prières, les supplications, sont dictées par la commisération que l'on a pour soi-même. On prie lorsqu'on est en difficulté, lorsqu'on souffre. Mais lorsqu'on est heureux, joyeux, on ne supplie pas. Cette compassion envers soi-même, si profondément enfoui dans l'homme est la racine de son isolement. Se séparer des autres, où se penser isolés, aller perpétuellement à la recherche d'une identification avec une totalité, c'est amplifier la division et la douleur. Du fond de cette confusion, on invoque le ciel ou un conjoint ou une divinité inventée. Cet appel peut attirer une réponse, mais cette réponse et l’écho, dans sa solitude, de la compassion que l'on a pour soi-même. 
    La répétition de mots, de prière, vous met dans un état d'auto hypnose, vous enferme en vous-même, vous détruit. L'isolement de la pensée est toujours dans le champ du connu, et la réponse à la prière est la réponse du connue. 
    La méditation est fort éloignée de tout cela. La pensée ne peut pas pénétrer dans son champ qui ne comporte pas de séparation, pas d'identité. La méditation est à ciel ouvert, les secrets n’y ont aucune place. Tout y est exposé, tout y est clair, alors la beauté de l’amour 
    est ". 

    La révolution du silence, Edition Stock, p46-148.

    

Indications de lecture:

    


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