Textes philosophiques

Günter Anders     la croyance au progrès nous a rendu aveugle


    "C'est la croyance à laquelle nous avons adhéré pendant des générations, la croyance en une progression prétendument automatique de l'histoire, qui nous a privé de la capacité d'envisager la "fin". Elle en a privé même ceux d'entre nous qui ne croient déjà plus au progrès *.  Car notre attitude vis-à-vis du temps, notre façons d'envisager l'avenir en particulier, a reçu sa forme la croyance au progrès et ne l'a pas perdue: nous sommes encore ce que nous avons cru hier; nos attitudes ne sont pas encore synchronisées avec les pensées que nous avons élaborées depuis - car entre nos attitudes et et ces nouvelles idées, il existe aussi un "décalage"... Pour celui qui croyait au progrès, l'histoire était a priori sans fin puisqu'il la voyait comme un heureux destin, comme la progression imperturbable et irrésistible du toujours-meilleur. Son idée de l'infini était l'enfant de ce comparatif et de la confiance qu'il avait dans le progrès. Cette progression ne pouvait bien sûr par déboucher sur un jugement (ni sur un enfer, ni même sur un ciel puisque celui-ci, en tant que mieux, aurait été l'ennemi du bien et, en tant qu'aboutissementnt enfin atteint, aurait mi un terme à l'amélioration). Pour celui qui croyait au progrès, le concept de négatif était donc devenu irréel, exactement comme pour celui qui croyait en une théodicée".

L'Obsolescence de l'Homme. p. 309-310.

Indications de lecture:

(* note de Günter Anders) On ne saurait affirmer qu'on en a fini avec la croyance au progrès. Elle se porte très bien aux États-unis et en Russie. Parmi les populations sous-développées, elle ne fait que commencer sa glorieuse carrière. Il est toutefois indéniable que cette croyance se transforme fondamentalement, que l'idée de "progrès" tend lentement à se confondre avec elle de "projet" et qu'elle perd ainsi son caractère "d'implacable nécessité". Le pronostic annonçant la "fin de l'idée de  progrès" aura surtout été représentatif de l'Europe en ruine de 1946. Globalement, ce pronostic est faux.

Günther Anders (1902-1992) se rendit à Hiroshima et à Nagasaki pour participer au 4e congrès international contre les bombes atomiques et les bombes à hydrogène.  Cf. Le nucléaire, extase technologique.

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