Leçon 223.   Sur l’auto-investigation  

    Nous avons dans les leçons précédentes étudié l’introspection, telle qu’elle s’est développée en Occident, notamment à travers son achèvement littéraire dans le Journal intime. Nous avons vu pourquoi l’introspection devenait chez Amiel une auto-analyse, le moi se divisant en moi-juge et en moi-condamné. Les exigences morales font que le moi-condamné se trouve toujours en dessous de ce qu’il devrait être, qu’il n’est jamais à la hauteur de l’idéal. Il apparaît avec évidence que dans ses conditions, l’introspection est elle-même prise au piège de l’ego, que tout son processus ne peut aboutir dans la division interne qu’à un conflit, et celui-ci à un affaiblissement de l’affirmation de la vie. A cet égard, les critiques (texte) de Krishnamurti sont définitives.

     Il est temps maintenant de nous demander si en Orient l’auto-investigation n’a pas suivie une voie toute différente. En marquant une distinction entre lucidité et introspection, nous avons déjà accompli un premier pas. Dans cette leçon, nous allons continuer cette exploration en rendant justice à un auteur dont l’influence a été exceptionnelle, quand bien même l’ethnocentrisme de la philosophie en Occident a fait qu’elle est complètement passée à côté. A savoir Ramana Maharshi.

      Nous laisserons de côté tous les détails historiques que le lecteur pourra trouver par lui-même pour nous arrêter sur ce que Ramana Maharshi appelle âtma-vicara, l’auto-investigation. L’investigation du Soi. Notre question clé ici sera : qu’est-ce que l’auto-investigation ? La radicalité de l’approche que nous allons explorer ici va nous permettre de mieux comprendre les déconvenues et les errances de l’analyse, telle que nous la comprenons en Occident. Nous pourrons à cette occasion mieux cerner pourquoi la philosophie indienne mérite d’être intégrée dans la philosophie. S’agissant de l’intériorité, sur bien des points en effet, elle commence là où l’introspection à l’occidentale se termine dans des impasses, se perd dans des apories qu’elle ne peut pas résoudre. Faute d’une pénétration suffisante de la nature de l’ego.

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A. Les présupposés inaperçus

    Il existe de bonnes émissions de radio ou de télévision dans lesquelles il est parfois question d’identité. Mais en fait les trois quart du temps les réponses qu’on y trouve sont stéréotypées et se rangent dans des catégories inamovibles. A une jeune femme qui quitte son pays d’origine pour faire carrière en Occident on posera des questions qui toutes l’obligeront à penser que son identité est forcément « culturelle ». Quand un écrivain se raconte un peu sur les ondes, il est obligatoirement admis que son identité se confond avec  sa « mémoire ». Quand on s’adresse à des ados, la figure imposée est de toujours retomber dans le même cliché, à savoir que l’identité est « sexuelle ». Ce sont des rails qui guident la conversation, dont on ne sort jamais, et qui ne font que mener à des réponses toutes faites à la question « qui suis-je ? » sans vraiment se donner la peine de la poser. Examiner ce point est important, car nous allons découvrir quelques unes des caractéristiques du mental.

    1) Revenons un peu sur les leçons précédentes. Dans la question qui suis-je ? L’interrogation porte sur le Je comme sujet pur. Ce n’est pas la question « qu’est-ce que vous êtes ? » ou familièrement : « vous êtes quoi vous ? » qui invite immédiatement une définition et une énumération de catégories: « Un soldat du XII ème corps d’armée ». « Un représentant de vos administrés au sujet du projet de… », « Un touriste qui passait par là »,  etc.  Bref, un « ceci » ou un « cela » possédant ce que nous avons appelé une identité d’objet. Un objet identifiable dans une catégorie, comme une fonction biologique, un rôle ou un personnage, un membre d’une culture, un individu dans un clan etc. Un concept donc. Je comme sujet peut très bien s’oublier en s’identifiant à un concept, il devient alors l’ego sous une forme quelconque et un ego dont le principal souci est alors de se défendre et de s’affirmer dans le rôle défini par un concept.

    Dit de cette façon, cela peut sembler très abstrait et bizarre. Mais il n’y a rien de très mystérieux, c’est ce que nous faisons partout et presque tout le temps. Sans même y penser consciemment, car le processus est très largement inconscient. Alors que les gens croient qu’ils sont « simples » et que la pensée est un truc réservé seulement à quelques uns, la réalité est précisément à l’opposé. Une vie agglutinée autour des intérêts de l’ego est très compliquée et complètement absorbée dans des préoccupations mentales fébriles et très limitées. Le fait de ne pas avoir conscience de cette identité limitée est précisément ce qui maintient son emprise. La vie sous la houlette du moi empirique est la vie ordinaire.

    Tant que nous servons une fonction dans des relations conventionnelles à des fins sommes toutes pratiques, cela ne soulève aucune difficulté. Mais ce n’est pas ce qui a réellement lieu, parce que les désirs de l’ego sont impérieux, nous prenons la fonction très au sérieux pour en faire un rôle qui nourrit l’ego. Nous ne savons pas qui nous sommes et nous vivons dans l’inconscience. Quand nous parlons d’ordinaire d’identité, nous ne parlons que d’une forme d’identification parmi d’autres. Il y a des hommes qui s’identifient à leur fonction, à leur compte en banque, à leur appartenance politique, à leur religion etc. et qui se battront à mort pour défendre cette identité. ...

    2) Quel est le sens que nous avons donné à la connaissance de soi en Occident ? Bien sûr, tout le monde pense à Socrate et la maxime « connais-toi toi-même ». (texte) Cependant, sa dimension métaphysique  a été fortement réduite et passée complètement à la trappe. Nous avons dit pour commencer qu’il était important de lire la suite : « connais-toi toi-même… et tu connaîtra l’univers et les dieux ». Ce qui est suggéré ici, c’est que connaître la Conscience, c’est trouver la clé de la compréhension de l’univers et des forces qui le soutiennent. C’est profond. Mystérieux. Abyssal. Un vrai défi.

    Au lieu de cela, Socrate a été appauvri dans deux interprétations, l’une moralisante et l’autre épistémologique.  

    - La  première consiste à interpréter l’injonction « connais-toi toi-même ! » comme un rappel à l’ordre moral. « Vois comme tu t’es égaré dans la démesure, le vice, le mal et la perdition ». Fais ton examen de conscience  pour réprimander ce mauvais « moi » et retrouve le chemin de la vertu, d’une vie juste et mesurée. (texte) Indéniablement, cette interprétation existe chez Socrate, tel que Platon nous le montre, en fait elle est profondément grecque, car toute la civilisation grecque a attaché aux exigences éthiques une importance fondamentale. Que nous avons perdu de vue. Reste que nous comprenons très mal ce qu’est une véritable conversion à la vérité. D’autre part, un autre filtre s’est interposé, on voit quel profit le christianisme pourra tirer de la notion d’examen de conscience et ce qu’il va lui ajouter. Cela donne les Confessions de Saint Augustin. Connais-toi toi-même deviendra quelque chose comme « reconnaît devant Dieu que tu es pêcheur et repend-toi ». La seule interprétation qu’un chrétien du Moyen Age pouvait raisonnablement comprendre de la maxime du t...

    - La seconde interprétation du précepte de Socrate, complètement théorique cette fois, consiste à développer l’examen des opinions, suivre Socrate dans l’ironie et elle aboutit à la reconnaissance de la fatuité, de l’ignorance et des limites de la connaissance. (texte) Il y a une profondeur de ce côté, elle est dans le sens de l’Infini chez Nicolas de Cuse. Mais la lecture actuelle a tellement stérilisé cette perspective qu’elle est devenue épistémologique. Elle a en effet été, c’est un comble, objectivée ! Au fond connais-toi toi-même devient « sort de tes opinions personnelles pour entre dans la voie sûre de la science » et « reconnaît que le savoir humain est limité ». --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Et dans la foulée, on sortira toutes sortes de généralités vagues du genre remplacer « connais-toi toi-même » par « qu’est-ce que l’homme ?» Anthropologie. Ou « qu’est-ce que l’esprit ?» une psychologie. Ou encore par « qu’est-ce qu’une personne» pour la philosophie morale etc. Toutes sorte de dérives habituelles devenues scolaires parce qu’elles ont été d’abord des présupposés universitaires.

    Il y a bien eu un sursaut dans un véritable travail d’investigation de soi chez Montaigne dans les Essais. (texte) Avec du talent et même quelques percées remarquables. Mais de Montaigne on arrive à Rousseau et de Rousseau on passe à la grande aventure du Journal intime en Occident. Chez Rousseau, le propos de l’investigation est malheureusement complètement détourné vers l’autojustification ou la défense d’une victime. Au mieux dans l’éloge de la sincérité. En fait trop un balancement constant entre une posture d’auto-justification et une autre d’auto-condamnation. Très caractéristique de la nature de l’ego qui est très poseur. De Rousseau on passe au Journal intime qui fait exactement la même chose. Autocélébration. Ou avec Amiel, autonégation. On est au paroxysme avec Amiel, la division entre un moi idéalisé et le moi réel est déchirante et l’écriture aussi écorchée que le drame intérieur qu’elle exprime. C’est de l’examen de conscience jusqu’à la torture.

    Depuis lors, fort d’une longue tradition d’introspection, nous avons collé ensemble ces différents morceaux de manière assez disparate. Sans jamais renouveler la problématique ni revenir à la source. Il y a des gens qui croient de bonne foi que se connaître… c’est « trouver ses défauts et ses qualités ! » « Évaluer ses performances dans le sport ! » « Apprendre à se juger ! », « faire son auto-critique ! »  « Surveiller sa conduite en public ! » Faire en sorte « que les autres aient une bonne image de moi ! » (La question principale n’est plus alors « qui suis-je ? », mais « de quoi j’ai l’air ? »  et « qu’est que les autres pensent de moi ? »). Ou encore « apprendre à penser de façon positive ! » Devenir « quelqu'un de bien ! »

    Un méli-mélo ...

B. "Qui suis-je",  une pratique spirituelle

    La question « qui suis-je ? » se présente souvent en filigrane dans notre vie et la première chose à noter c’est qu’au lieu de nous y engager, nous dépensons une incroyable énergie pour nous en détourner (texte)  au plus vite. Pour nous fuir nous-mêmes. Contrairement à ce que les gens croient, il n’y a aucun effort à faire pour être présent à soi-même, c’est la chose la plus facile et la plus simple du monde, inversement, il y a beaucoup d’effort et de tension dans la fuite. .Jusqu’à ce que quelque part la nausée nous monte aux lèvres et que nous en ayons vraiment assez du vide abyssal de l’égarement, de la fuite perpétuelle. Car ce n’est rien d’autre que cela au fond que l’on poursuit dans l’inconscience. Il y a des moments de semi lucidité où nous nous rendons compte qu’elle est sous-jacente à une volonté d’entasser de "l’avoir", qui ne mène à rien : plus de plaisir, plus d’argent, plus de drogue, plus de savoir etc. et rien au niveau de l’être. C’est le moment salvateur de la crise existentielle où la question « qui suis-je ? » revient avec toute sa force.

    Elle a toujours été là mais nous n’avons pas fait le pas décisif consistant à nous l’approprier. Il n’est pas d’autre question qui puisse de manière aussi directe et radicale nous ramener au cœur de la vie, car elle vient de la Vie elle-même en nous. Dans l’interrogation du centre de référence en nous. « Qui ». Donc, pas un objet, pas une chose. C’est pourquoi cette question provoque un arrêt du mental qui n’a plus nulle part où aller dans les objets où il se perd d’habitude. Cela peut sembler une frontière pour une philosophie de la représentation comme celle de Kant, mais pour le chercheur de vérité, c’est le commencement d’une démarche spirituelle. (texte)

    1) « Qui suis-je ? » interroge « je ». La pensée racine vers laquelle nous devons remonter. Qui y-a-t-il à la source de la pensée ? « D’où jaillit ce « je » ? » « Parce qu’elle organise les pensées selon sa propre hiérarchie de valeurs, la « pensée-je » est d’une importance capitale. La notion ou le concept de personnalité est la cause et le support de toutes les autres pensées, puisque ces dernières prennent vie que comme la pensée de quelqu’un, et non comme quelque chose qui existe indépendamment de l’ego. C’est donc l’ego qui fait montre de cette activité noétique. La seconde et la troisième personne (tu, il, etc.) n’apparaissent qu’en relation avec la première personne (je) et seulement après que la première personne ait apparu, les trois personnes paraissant surgir et disparaître ensemble. Remontez donc à la source première du « je » ou de la personnalité».

    Il est clair que dans la vigilance ordinaire, préoccupé par le faire, nous ignorant nous-mêmes, nous nous sommes dépendants du domaine des objets, au point que nous pensons toute existence de manière « chosique ». Il appartient à la nature de l’état de veille d’être d’abord une conscience-de-quelque-chose. Ce qui a fait dire à Husserl que la conscience est intentionnelle, idée qui a été poussée jusqu’à la caricature par Sartre. Si nous tournons notre attention vers l’intérieur pour trouver  le « je » en nous attendant à trouver « quelque chose », nous risquons fort d’être déçu. Mais le sujet qui fait de l’introspection est pris au piège de l’ego et s’imagine qu’il va trouver à l’intérieur comme le noyau d’un abricot, son « moi » précieux « réel » auquel appartiendraient toutes dociles des « pensées ».

    Mais est-ce bien cela que nous trouvons dans l’auto-investigation ou est-ce une illusion ? Souvenons-nous de ce que disait David Hume. Il n’y a nulle par de « chose » appelée « moi ». Si nous cherchons notre « moi » vous n’allons dans l’analyse jamais rien trouver. L’idée cartésienne de « chose pensante », en raison de la nature du langage, contient un oxymore et a besoin d’une solide clarification si nous voulons éviter qu’elle entraîne toutes sortes de méprises.

    « D’où jaillit ce « je » ?  Recherchez à l’intérieur ». (texte) Nous ne pouvons rien attraper de l’ordre de ce que nous rencontrons dans les objets. Hume et Pascal ont raison, il n’y a dans l’esprit que des pensées, et cependant là où Hume ne va pas assez loin, c’est que parmi elles, la pensée-je a une place toute particulière.  « L’esprit n’est rien d’autre que l’ensemble des pensées. De toutes ces pensées, la pensée-je en est la racine. Elle est, à elle seule, l’esprit.

    La naissance de la « pensée-je » est notre propre naissance, sa mort est la mort de la personne ». Rien de compliqué et encore une fois il faut respecter le vécu au lieu de spéculer sur des mots. Pendant le sommeil, la pensée-je disparaît, au matin, quand nous nous réveillons, « nous rassemblons nos esprits » comme on dit, ensuite cela va très vite, la pulsation du je comme pensée appelle une identification au monde des objets. Ce n’est après cette déréliction dans le monde des objets que le sujet en vient faussement à se définir comme un objet. A se donner une identité. Un « ceci » ou un « cela » comme nous l’avons vu plus haut. Et le corps est bien sûr le premier objet d’identification. C’est facile à observer, « tout de suite après l’apparition de la « pensée-je » surgit la fausse identification avec le corps ». (texte)

    Attention. Toujours du point de vue de la méthode, dans l’auto-investigation, âtma vicara, il s’agit bien d’aller voir par soi-même et non de se contenter des résultats d’une description qui ne serait pas nôtre. L’Enseignement de Ramana Maharshi invite sans arrêt à tourner le regard vers l’intérieur pour pointer vers le « qui », «qui » pense, parle, agit, pose des questions etc. Par exemple, sur une déclaration disant que « j’ai peur de ceci ou de cela », la psychologie ordinaire se dirigerait sur l’objet de la peur : le passé, les causes extérieures etc. Invariablement chez Ramana Maharshi, seul le sujet importe, ce sera plutôt : Voyons, « qui a peur ? » ou encore dans une autre question : « qui s’inquiète de l’avenir ? », « qui se morfond au sujet du passé ?  etc. L’effet est de nous mettre immédiatement en face de l’ego et en remontant à la source de la pensée-je il produit un arrêt de la pensée. Transcender la pensée pour entrer directement en contact avec la Source d’où elle jaillit. « L’existence phénoménale de l’ego est transcendée quand vous plongez dans la source d’où provient la pensée-je ».

     2) Et l’ego n’a bien évidemment d’existence que phénoménale. Ce point a besoin d’être clarifié, et il peut l’être grâce à avastha-traya, la théorie des trois états, qui éclaircit la nature des états relatifs de conscience que sont le sommeil profond, l’état de rêve et l’état de veille. (texte) Nous sommes tellement obnubilés par notre ego, que nous ne remarquons pas à quel point son existence est impermanente. Nous l’avons vu, chaque nuit l’ego s’efface dans le sommeil profond, la conscience est alors complètement immergée dans l’universel. Dans le sommeil il n’y a pas de moi, ironiquement c’est la raison pour laquelle le visage est si détendu, car s’il n’y a pas de moi, il n’y a plus de soucis du moi, de problèmes d’ego, ce qui équivaut à la paix. Dans l’état de rêve, l’ego n’est qu’à demi-manifesté, car il lui manque l’incarnation. Il patauge dans ses contenus subconscients. La leçon importante, c’est qu’alors le sujet est en proie à une illusion qui vient de son identification au spectacle onirique. Leçon qui ne doit pas être oubliée si on veut bien comprendre le déploiement de l’illusion dans l’état de veille. Donc, l’ego n’existe pas toujours, il n’apparaît complètement que dans l’état de veille, en lien avec l’incarnation dans le corps-physique. (texte)

    La théorie des trois états est importante pour mieux cerner le caractère non-substantiel de l’ego. C’est un premier pas. Le suivant consistera à observer que même dans l’état de veille, il y a des trous et le sens du moi n’est pas toujours présent. Il est notamment très dépendant de la mémoire et soumis à toutes ses fluctuations. Une fois que ceci est bien compris, il devient clair que l’ego ne peut pas être le sens intime du « je suis ». Contrairement à ce qu’a cru Maine de Biran. « Je suis » est bien plus vaste que le moi et porteur d’un sens subtil de l’Identité qui n’appartient pas à l’ego.

    Ramana Maharshi parle d’un faux « je », l’ego, ahamkara, et d’un vrai « Je » qui est le Soi, âtman. Le Soi est la pure Conscience sous-jacente au courant phénoménal des trois états. « D’un point de vue fonctionnel, l’ego a une caractéristique et une seule. Il fonctionne comme un nœud entre le Soi qui est pure conscience et le corps-physique qui est inerte et insensible. C’est pourquoi l’ego est appelé chit-jada-granthi (le nœud entre la conscience et le corps inerte). Dans votre recherche de la source de l’activité du « je » vous prenez en compte l’aspect essentiel chit (conscience) de l’ego. Pour cette raison l’investigation doit vous conduire à la réalisation de la pure conscience du Soi.

    Vous devez donc faire la distinction entre le « Je » pur par lui-même et la pensée-je. Cette dernière n’est qu’une pensée ; c’est elle qui voit sujet et objet, qui va dormir, se réveille, mange et boit, meurt et renaît. Mais le pur « Je » est être pur, existence éternelle, libre d’ignorance, libre de pensée-illusion. Si vous demeurez le « Je », votre être seul, sans pensée, la « pensée-je » disparaîtra et l’illusion se dissipera ».

     Nous comprenons donc ici à quel point âtma vicara, l’auto-investigation est une approche phénoménologique. Elle va jusqu’à décrire ce que la phénoménologie de Husserl a à peine ébauché, l’étude des états de conscience. Elle permet de saisir pourquoi la phénoménologie devait partir de l’intentionnalité et insister sur la relation sujet-objet. Ce qui était insuffisant. Ce que Michel henry a parfaitement compris. En même temps, nous voyons pourquoi l’introspection est d’ordinaire une démarche futile et égocentrique, faute justement d’une compréhension réelle de ce qu’est l’ego. Tant qu’il n’y a pas de véritable auto-investigation en tant que démarche spirituelle, on reste dans les platitudes de l’ego et il n’y a pas le moindre approfondissement de la quête de soi. Il faut avoir le courage de donner un grand coup de balai. La plupart des discours qui glosent sur la connaissance de soi ne font qu’effleurer le sujet sans vraiment prendre au sérieux « qui suis-je ? ». A moins de ----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

C. Un chemin sans chemin

   

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Questions:

1. Y a-t-il un sens à opposer une "lecture occidentale" du connais-toi toi-même et une lecture orientale?

2. Que peut-on tirer du "je pense donc je suis"?

3. L'auto-investigation suppose-t-elle une conversion?

4. Si on reste à une démarche de psychologue, à quoi revient l'auto-investigation?

5. Peut-on parler d'auto-investigation en psychanalyse?

6. l'auto-investigation suppose-t-elle du temps et un but?

7. Qu'est-ce que l'introspection?

 

Vos commentaires

  © Philosophie et spiritualité, 2012, Serge Carfantan,
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