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L'identité personnelle - Serge Carfantan
 
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Leçon 60.    L’identité personnelle        

    Très tôt l’enfant se pose des questions d’identité et il s’en pose d’autant plus qu’il vit dans un milieu où les repères sont brouillés. Considérer, comme on le fait parfois, que les problèmes d'identité sont des problèmes d’adolescent, en croyant qu’ils ne se posent plus pour l’adulte est assez naïf.

    Suffit-il que nous ayons une position sociale, un travail, une famille, une religion, un parti politique pour que nous sachions qui nous sommes ? La question « qui suis-je ? » n’est pas facile à éluder. Il y a ce que nous croyons mettre dans notre identité (R) personnelle, et il y a ce que nous sommes. Ce n’est pas parce que nous croyons être A ou B que nous sommes effectivement A ou B. Il n’est pas sûr que nous ayons une conscience exacte de ce que nous sommes. Qu’est-ce qui compose l’identité de la personne ?

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A. Tempérament et caractère

    La plupart d’entre nous sommes friands de ces tests psychologiques qui ont pour mission de permettre de cerner l’identité. Dans nos rapports à autrui, nous avons tendance à définir une personne à partir de certains traits de personnalité saillants : ce sont les caractéristiques du tempérament et les traits de caractère. Commençons par là.

    1) Le tempérament désigne l’ensemble des dispositions organiques innées de l’individu. Le tempérament désigne la constitution physique. On lit la constitution physique de quelqu’un à travers les signes typiques du corps : le volume, les proportions, les traits de visages, les comportements élémentaires etc. Nous disons des traits de personnalité de A ou de B qu’ils sont « bien dans sa nature ». Ou encore : « celui là, on ne le changera pas, il est comme cela ». « C’est dans sa personnalité ». (texte)

    Prenons un exemple précis pour discuter ce point de vue qui part de l’individualité physique et l’assimile à la personnalité : la théorie complexe des constitutions physiques dans l’Ayur veda. Dans la plus ancienne des médecines de l’humanité, il est expliqué que le médecin doit d’abord savoir à quel type particulier d’individu il a affaire. Cf. Deepak Chopra  La Santé parfaite. Une classification est élaborée en 7 types principaux de constitutions .

    ---------------Cette typologie des constitutions est développée de manière systématique et très précise. Elle joue un rôle très important dans la manière dont le vedya, le médecin ayur-védique traditionnel, effectue son diagnostic. Son intérêt principal est de montrer qu’il y a une incidence de la constitution physique sur les habitudes de la vie, la manière de se comporter, d’aborder une situation etc. Chacun suit d’abord la pente de sa nature. De plus, la constitution physique est innée. Elle est héréditaire. Elle ne peut pas fondamentalement être changée, même si elle peut-être altérée. L’Ayur veda tend à montrer que chacun doit d’abord apprendre à vivre en accord avec sa propre nature, la respecter et faire en sorte de la porter vers l’équilibre. La routine qui sera donné à u...

 structure de la personnalité sans prendre en compte la constitution physique qui y entre comme une composante. (texte)

    2) Par traits de caractère maintenant, on entend la structure des dispositions psychologiques individuelles. La caractérologie en occident, c’est l’étude des types psychologiques fondamentaux. On dit que B a un caractère passionné, que A est plutôt un apathique, que C est dans son caractère plutôt un nerveux., D est un sentimental. Il y a des tests qui cherchent à repérer le profil psychologique de l’individu. Ce n’est pas la même chose qu’avoir du caractère. Avoir du caractère est une expression qui dénote une qualité morale qui exprime une force. On dit que celui qui a du caractère a de la force et de la volonté, que celui qui manque de caractère n’a pas de volonté, d’énergie, de conviction stable. Par contre avoir tel ou tel caractère, n’implique pas de jugement moral, mais la reconnaissance de fait d’une style de comportement identifiable. On dit que le caractère est l’ensemble des traits qui singularise la personnalité et distingue une personne d’une autre. C’est dire que chacun possède au fond un naturel qui lui est propre. On dit de A qu’il a un naturel franc et direct, que B se calme facilement. On dit de D « qu’il a bon cœur ». Les essais de caractérologie se fondent sur l’étude des facteurs constants et de leur variations chez chacun.

    Le caractère ne change pas facilement. Il a une stabilité. Schopenhauer croyait dans un déterminisme implacable du caractère. Mais d’un autre côté, il n’est pas facile de savoir si le caractère d’un homme appartient à sa nature ou à son histoire. Si bien des traits de caractères sont stables, d’un autre côté, les méandres de l’histoire personnelle peuvent modifier la personnalité. Le passé pèse de tout son poids sur le présent. Qu’est-ce qui joue le rôle le plus important : est-ce notre naturel ou bien le reliquat de l’expérience vécue ? Le naturel d’un homme ne peut-il pas être oblitéré par des expérience dramatiques ?

    Et surtout, qu’apprenons-nous de l’analyse du tempérament et du caractère sur notre identité ? Suis-je un caractère ? Suis-je un tempérament ? Nous pouvons y repérer des déterminations de notre individualité qui ont une utilité pratique. Chez Kant ce genre de considération relève de l'Anthropologie du point de vue pragmatique. Mais cela suffit-il à donner une réponse satisfaisante à la question qui suis-je ? Nous disons à juste titre « j’ai tel tempérament » ou bien « j’ai tel caractère ». Si le tempérament sont de l’ordre de l’avoir, (texte) c’est qu’il renvoient à quelqu’un. Si j’ai un caractère, c’est que je ne suis pas le caractère. C’est dire que la question « qui suis-je ? » se repose encore.

B. La personnalité

    La recherche de l’identité trouve une réalisation plus exacte sur un plan purement psychologique, celui de l’investigation de la personnalité. La personnalité n’est pas seulement l’influence exercée par un individu qui fait dire « il a une forte personnalité ». S’introduit ici un jugement de valeur. La personnalité c’est l’édification complexe, unique, du sujet dans ses différentes composantes. La personnalité n’est pas non plus un idéal que l’individu se donnerait de lui-même, cette image qui veut que l’on cherche à « cultiver sa personnalité ». La personnalité est cette totalité singulière qui fait que je suis semblable à nul autre et que nul autre n’est semblable à moi. La personnalité enfin n’est pas non plus la personne morale présupposée par l’éthique ou le droit. La personne que l’on admet est une unité supposée de droit, tandis que l’enquête sur la personnalité est à la recherche d’une unité de fait.

    La personnalité est une structure complexe. Pour simplifier, on peut dire qu’elle elle comme un oignon qui comporterait plusieurs peaux successives. Et encore, cette métaphore est loin d’être suffisante. (texte) cf. C.G. Jung La dialectique du moi et de l'Inconscient.

    ---------------a) La première pelure est celle du moi social. Le moi se forme dans le rapport à autrui. Pris dans le monde des autres, il n’est d’abord pas lui-même, mais le reflet des autres. Il tend à se doter d’une identité en structurant une image de lui-même sous la forme du personnage. La quête de l’identité fait que dès l’enfance l’homme se projette sur un modèle social et se donne dans l’imaginaire l’identité d'un personnage: être un ceci ou un cela, animateur de télévision, un footballeur, un médecin de la croix rouge etc. Le moi idéal figure ce que nous voudrions être et le personnage est ce vers quoi nous tentons une identification. Être reconnu comme un musicien, un étudiant en médecine, un peintre nous dote d’un identité devant les autres. Que répondons-nous en effet à la question qui êtes-vous ? Notre nom et tout de suite un intitulé de personnage (texte) ayant une fonction sociale (texte) précise : David C, étudiant en droit. Hélène P, caissière de supermarché.

    Mais le personnage est une forme d’identification de la conscience. Il n’est pas ce que je suis, mais le rôle que j’assume un moment, dans une situation d'expérience définie. Un rôle est une forme que la conscience prend, ce n’est pas l’identité véritable du sujet. (texte) Le sujet conscient peut librement passer d’un personnage à un autre et c’est ce que nous faisons tout au long de la journée. Le même homme se comportera en mari avec sa femme en père devant ses enfants, en client devant le guichet de banque, ne joueur de rugby sur le terrain, il sera l’amant devant sa maîtresse, l’employé modèle devant son directeur, le chef autoritaire devant ses subordonnés etc. Dans chaque situation de la vie, nous pouvons convoquer un personnage et nous prendre pour le personnage. (texte) Chaque personnage a normalement pour fonction de convoquer une réponse dans une situation donnée, mais en même temps, chaque rôle est une identification différente, une posture qui effectue le passage du paraître à l’être. Chacun a ainsi autant de moi différents qu’il y a de personnage à faire valoir. En latin personna était un masque que portait les acteur de la tragédie et de la comédie antique. Le personnage n’est pas la personne .Sous le regard de l’autre, nous ne sommes le plus souvent qu’un personnage. Mais vis à vis de soi, chacun a un personnage, mais n’est pas le personnage.(texte) Le personnage c’est seulement le moi en représentation, sur la scène sociale. Il a un rôle, mais pas d’identité réelle. Quand le personnage est accentué, quand on se prend pour un personnage, en réalité on ne s’est pas encore trouvé. Se donner des airs et un accoutrement, c’est poser dans un personnage, et celui qui pose n’a jamais

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    b) L’identité du moi se structure aussi dans le rapport au corps propre. A la question « qui suis-je ? » nous sommes d’abord tenté de donner une réponse qui nous ramène vers le corps. Nous disons « moi » en désignant notre corps. La première identification de la conscience se rapporte en fait au corps comme image de soi. Ce n’est pas parce que nous sommes le corps loin de là. Mais le corps est ce qui peut-être exhibé, ce qui est vu par les autres, ce qui peut se représenter. Se montrer, se faire-voir, c’est aussi vouloir être reconnu. Implicitement, sans même nous en rendre compte, nous avons tendance à remplacer la question : « qui suis-je ? » par une autre : « de quoi j’ai l’air ? ». Nous sommes tout d’abord à ce point perdu dans les autres que nous avons besoin du détour par le regard des autres sur notre corps pour savoir ce que nous sommes ! Ce qui nous importe, ce n’est pas tellement la question de savoir qui nous sommes essentiellement, mais ce par quoi nous trouvons une reconnaissance d’autrui, ce qui nous donne une identité. Le rapport au corps est un nœud de problèmes d’identité pour l’adolescent. Il est le lieu du rejet de soi qui résulte des complexes, du sentiment d’infériorité, le motif de la recherche d’une compensation. (texte) Si on ne s’identifiait pas tant au corps, on n’éprouverait nullement de complexes et il n’y aurait pas autant de besoin de compensation. Mais comme l’identification a lieu, comme cette identification porte surtout sur l’image du corps, parce qu’elle est pensée comme image du moi  il en résulte que l’acceptation du corps et son rejet ont un rôle important dans le sentiment d’identité de chacun. (texte)

    Le corps a une importance fondamentale, parce qu’il est à la fois le sujet incarné de l’action et en même temps, il est pour la conscience un objet. Nous sentons les parties de notre corps comme nôtres, si bien que le moi peut tendre à la confusion avec le corps.Narcisse se penche dans l’eau et admire son image et se prend à croire que son image corporelle est son moi le plus précieux .De même qu’il y a une relation entre la conscience et le personnage, il y a aussi une relation qui doit trouver son équilibre entre la conscience et le corps. Il est important que nous cessions d’être dépendant d’une image négative de nous-mêmes qui nous vient d’un rejet du corps. C’est ce qui fait que l’adolescent se sent « mal dans sa peau ». La personnalité ne peut-être intégrée que si chacune de ses composantes est à sa juste place. Que la conscience humaine soit incarnée, ne signifie pas pour autant que l’identité de la conscience soit dans le corps .

    c) Enfin, la question qui suis-je ? renvoie à une réponse apparemment toute simple qui est « moi », le moi psychologique. Le moi est le sujet en tant qu’il est pouvoir d’appropriation singulier, sujet qui rapporte tout à lui-même. C’est le moi qui revendique le personnage, c’est le moi qui s’identifie au corps. C’est le moi qui est pétri de complexe, qui se nie ou s’enfle démesurément .Le moi est centré sur le sentiment du mien. Cette structure psychologique individuelle est nommée aussi l’ego. Dans la littérature, il y a un genre qui se consacre à l’investigation du moi, c’est l’autobiographie et ses différentes formes : les Essais, tels les Essais de Montaigne, le Journal intime, comme celui d’Amiel ou de Gide, les mémoires, comme ceux de Chateaubriand. L’investigation du moi est nommée introspection.

    ... on se penche sur soi pour se retrouver ? Écrire un journal intime, c’est se décrire, c’est tenter de clarifier ce que l’on est de soi à soi, c’est mettre à jour ses doutes, ses faiblesses, c’est tenter d’exprimer ce que le moi a de plus intime, c’est tenter de pointer vers l’identité. L’introspection descend dans les replis de l’âme, elle met au jour les tourments du moi. Mais elle est aussi une manière pour le moi de se payer une revanche contre un monde hostile en se construisant une sorte de jardin secret de nos pensées. L’introspection est un exercice difficile, car il peut osciller entre l’auto-flatterie, l’egomanie de celui qui se met au centre de l’univers et s’exalte, se contemple avec complaisance narcissique. D’un autre côté, l’introspection peut aussi virer à l’auto-condamnation, au tribunal qui met chaque jour le moi au pilori, qui le soumet au jugement. La lucidité se situe dans le point neutre entre l’identification et la condamnation, le point neutre de la compréhension de ce qu’est le moi et son fonctionnement ordinaire.

    L’ego est en fait ego cogito, il est produit par la pensée. Il est l’identité que la pensée se donne en rassemblant en elle-même des traits de ce qu’elle dit être « moi ». Sur le fond, il n’y a que la pensée et son cours. C’est la pensée qui s’imagine le défilé de ses propres productions comme enroulé autour d’un noyau et ce noyau c’est « moi ». Qu’est-ce que le moi, indépendamment de toute pensée ? Rien. Le moi est une identité d’objet posé par la pensée en souci de s’auto-définir, de se poser par rapport à d’autres « moi ». (texte) On ne dit « moi » que par rapport à d’autres « moi », on ne dit moi que dans le souci de se valoriser par rapport à l’autre. Le moi n’existe pas tout seul. Comprendre qui je suis m’oblige à comprendre ce qu’est l’ego et comment la pensée fonctionne par rapport à cette entité qu’est l’ego. La question qui suis-je ? ramène vers une autre question qui n’est pas « qui suis-je moi ? », mais « qu’est-ce que le moi ?». (texte)

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C. La personnalisation

    L’identité personnelle n’est pas donnée comme un fait, comme une étiquette qu’il s’agirait seulement de lire. Elle est prise dans une dynamique. Elle participe d’une prise de conscience personnelle. C’est une chose assez étrange, mais on peut ne pas être pleinement « soi », tant que la conscience est encore trop « autre ». Le soi indique le sujet de l’identité, c’est-à-dire ce qui est le même, quelque soit le changement : en sanskrit âtman, en grec auto, comme dans autoréférent. Être soi s’oppose à ne pas être soi, comme la possession de soi (de sa conscience, de ses moyens, de son intégrité, de sa volonté etc.) s’oppose à la dépossession de soi (idem de sa conscience, de ses moyens, de son intégrité, de sa volonté etc.). La distinction peut s’entendre aussi comme être soi ou bien devenir autre, ou encore rester soi-même et devenir différent, devenir autre au point que celui qui me connaissait autrefois ne me reconnaît plus, ou que celui qui croyait en moi considère que j’ai tellement changé dans mes convictions que je ne suis plus le même. (texte)

    ---------------Le moi s’identifie avec la désignation sociale du nom donné à un individu,. Quelle que soient les situations, chacun nous appelle par un nom, qui une fois connu, est toujours le même. Quand nous sommes appelé par notre nom et qu’il y a hésitation, nous disons : « qui vous demandez ? moi ? » C’est là un point de vue qui nous sert de référence ordinaire : qui je suis ? Je suis « moi » ! et c’est tout. Quant à développer ce que cela veut dire, le sens commun y rajoute une énumération du genre Pierre Durand, pharmacien, français, catholique, habitant à Ciboulette les bains, marié, père de 3 enfants etc. La liste pourrait être longue. Le soi est identifié à une série d’appartenances que je peux exhiber comme je peux étaler ma carte d’identité, mes cartes de club et mes cartes de crédit. Il est dans la nature du moi de chercher, dans une foule d’activités égocentriques à accroître son empire, à vouloir posséder et dominer. Le moi ne saurait être sans une certaine volonté de puissance. Quand il ne parvient pas à ses fin, cette volonté de puissance devient volonté d’impuissance, de dénégation de soi, de mépris de soi : ce qui veut dire en réalité une image négative (au fond je me déteste... ) fabriquée par la pensée, comme la suffisance d...

    Cette volonté de l'ego ne veut pas dire que le moi exprime l’intériorité la plus radicale. Le moi, c’est l’idée que l’on se fait de soi quand on fait tourner toutes ses activités autour de sa petite personne. Mais ce que je connais de moi, est-ce réellement ce que je suis? De toute manière, le moi peut très bien ne pas connaître lui-même, tout en exerçant en permanence sa tyrannie : il est egomaniaque. Pire, il n’est même pas évident que cette possession qui fait que le moi veut s’enfler d’importance et se faire-voir de son importance, puisse seulement maîtriser l’esprit dont est sorti le moi lui-même. Le moi se possède-t-il lui-même ? N’est il pas dupe de son propre pouvoir ? Cette volonté qui croit tout dominer, est-elle capable de se dominer elle-même ? On peut très bien croire être soi-même tout en étant soumis à autre choses que soi. Par exemple, dans l’émotionnel, il y a une perte de contrôle qui me met hors de moi. Un coup de folie et ensuite je dis « je n’étais plus moi-même, je ne sais pas ce qui m’a pris ». La puissance de l’ego peut-être entamée, mais jusqu’où peut aller la dépossession de soi. Peut-on être perturbé au point d’être possédé, au point d’avoir un moment d’absence dans lequel on vit complètement sous l’empire d’une suggestion inconsciente ? Jusqu’où peut-on tomber « hors de soi »  pour devenir « autre » ?

    La croissance de la conscience est la conquête de soi et la découverte du sens de la Personne et non pas l’affirmation du moi sous telle ou telle forme. Tel est le processus de personnalisation.

    On reste soi-même tant que l’on est en possession de sa conscience, tant que la conscience est libre vis-à-vis des altérations extérieures, (texte) tant que n’est pas compromise l’identité personnelle, tant que la personne conserve une intégrité qui lui permet de répondre de ses pensées et de ses actes en toute conscience.

    Une altération du corps peut suffire pour que soit altérés les moyens d’application de la volonté (cf. une grave infirmité due à un accident) pour que nous vivions déjà dans le sentiment de ne plus être nous-mêmes. Être comme un légume sur un lit, est vécu comme ne plus être tout à fait soi. Laltération de l’esprit, un choc psychique, un traumatisme grave peut priver une personne de sa mémoire, la jeter dans une errance dans laquelle elle semble ne plus être elle-même. Il y a dans la névrose un malaise dans lequel la personne sent confusément qu’elle ne s’appartient pas entièrement.La folie est une aliénation et un aliéné, c’est quelqu’un qui n’est plus soi, qui est devenu autre. 3) Une altération morale peut faire de celui que l’on a vu longtemps intègre, droit, fidèle, un escroc, un profiteur sans scrupule, un salaud ou un criminel. Les proches diront : « je l’ai connu différent autrefois ; Aujourd’hui, je ne le reconnais plus, il n’est plus lui-même. Il a été corrompu par le milieu. Il peut en effet être difficile de rester soi-même dans un monde qui vous sollicite de toute part au petit profit et au vice ! L’authenticité n’est pas une facilité : elle demande de vivre au sommet de soi-même et de vivre sans compromis.

    Cependant, le moi ne peut pas être une « chose » qui reste stable. Le moi est changeant. Fort heureusement on ne reste pas toujours le même : la petite fille à papa ou le petit garçon de maman ! La Vie est une évolution spirituelle constante qui impose une maturation. La conscience de soi peut grandir et s’étendre, non seulement cela, il est aussi nécessaire qu’elle grandisse et s’étendre. Il faut laisser en arrière l’ancien « moi », l’adolescent attardé, la gamine capricieuse, l’étudiant naïf, le travailleur modèle, etc. Le temps engendre un constant changement. Pourtant, le sentiment de rester au fond le même demeure. En un sens, il est possible de se retrouver soi-même, quand on s’est moralement trop longtemps égaré. Sortir d’une période noire de sa vie, c’est comme sortir d’une tunnel pour retrouver la lumière, avoir à nouveau le sentiment d’être soi-même, mais est-ce là un nouveau « moi » ou une nouvelle conscience ?

    Plus profondément, explique Michel Henry, le soi, garde sa constance comme épreuve pathétique de soi il est cette l’impossibilité où il est de sortir de Soi. Même la volonté de se fuir vous rejette encore sur vous même de manière très pathétique. On ne sort pas de soi, on peut juste s’étourdir pour s’oublier. La Vie est coïncidence avec Soi. Quand cette coïncidence est vécue sans fuite, sans dérobade, la Vie se révèle pour ce qu’elle a toujours été : Passion de Soi, affirmation de la véritable Personne telle que nous devrions l’honorer et non la bafouer en nous.

    Pour pointer le centre qui désigne la personne, Stephen Jourdain choisit de montrer comment "je" s'engendre lui-même. "Il est sa propre cause. Sur ce point, je voudrais faire une remarque d'une importance extrême... Cette chose est cause d'elle-même, sans jamais devenir l'effet d'elle-même. (... s'engendre, sans jamais être engendrée... se crée, sans jamais être créée.) s'il est important de dire que je est cause pure de soi, il est bien plus important, bien plus urgent encore d'en parler comme du pur non-effet de soi". Et qu'advient-il quand, perdant conscience de la pure efflorescence du je dans la conscience, nous cessons de la vivre comme pure cause de soi? "Je" devient un simple effet, "je" devient une chose, "je" devient un objet. Il a perdu sa royauté de sujet qui, consciemment à chaque instant naît en lui-même. La conséquence ne se fait pas attendre : 

     "Si un homme se prend pour son personnage social, c'est à cause de cette erreur originelle. Si un homme se prend pour son métier, c'est encore à cause de cette erreur. Si un homme se prend pour son état civil ou sa carte de visite, c'est encore à cause de cette erreur. S les circonstances de notre vie actuelle nous collent à l'âme, c'est encore à cause de cette  erreur. Si nous collons à l'affaire à laquelle nous vaquons, c'est encore à cause de cette erreur. Si nous collons à la situation intérieure où nous sommes présentement engagés, et si nous collons à ce moi auquel elle se rapporte, c'est encore à cause de

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Vos commentaires

Questions

1. D’où vient l’attrait constant des livres sur l’interprétation des rêves? N’est-il pas relié à une recherche d’identité ?

2. La recherche de l’identité peut-elle se contenter d’une réponse collective?

3. Pourquoi est-il important de différencier personnalité et personne?

4.  Le corps n’est-il pas la forme première d’identification de l’ego?

5. Dans la mesure où le personnage est lié à autrui, ne peut-on pas dire qu’il est une forme d’indentification privilégiée de l’ego?

6.. Le sentiment de rester le même peut-il en définitive se référer à l’ego?

7.  La personne spirituelle est-elle une idée pure ou  un acte de perpétuelle création consciente?

 

 

   © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
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