Textes philosophiques

Krishnamurti    comment naît le désir


     Vous savez, c'est vraiment très simple de comprendre comment naît le désir. Je vois ce merveilleux coucher de soleil. Il y a cette vision et, au spectacle de sa beauté, de sa couleur, du feuillage délicat qui se découpe sur le ciel et de ses noires ramures, s'éveille ne moi le désir de continuer à regarder. Il y a donc perception, sensation, contact et désir. C'est bien cela? Il n'y a rien de très compliqué. Je vois une belle voiture aux lignes impeccablement lustrées - perception. Je la touche - sensation. Puis vient le désir. Je vois un beau visage et tout le mécanisme du désir, de la concupiscence, de la passion, se met en marche. C'est simple.

      Vient alors la question suivante, un peu plus compliquée: qu'est-ce qui donne au désir une durée et une continuité? Si je peux le comprendre, je saurai comment aborder le désir... La difficulté commence quand il existe une continuité du désir. Alors je me bats pour le satisfaire, alors j'en veux toujours plus. Si je peux savoir quel est l'élément temporel du désir, je saurai comment y faire face... Nous voyons comment apparaît le désir: en voyant la voiture, le coucher de soleil, un beau visage, un merveilleux idéal, l'homme parfait (expression qui en elle-même nie déjà l'homme). Nous voyons comment advient le désir. Nous allons examiner ce qui donne au désir le pouvoir, la force de durer. Qu'est-ce qui le fait durer? C'est manifestement la pensée. Je vois la voiture; j'éprouve un vif désir et je dis : "il me la faut". En y pensant, je lui confère la durée. La durée tient au plaisir que me procure la pensée de ce désir. C'est bien cela? Je vois une superbe maison, remarquable quant à l'architecture et au fonctionnement, et j'éprouve un désir. Puis la pensée intervient et dit : "j'aimerais l'avoir". Ensuite, je me débats. C'est là que le problème commence. Je ne peux pas me l'offrir parce que je suis pauvre, ce qui m'inspire frustration et haine, et c'est ainsi que tout commence. Dès que la pensée en tant que plaisir se mêle au désir, le problème se pose. Au moment même où la pensée, qui s'inspire du désir, s'immisce dans le désir, se pose le problème du conflit et de la frustration. 

     Si donc l'esprit peut comprendre l'ensemble de cette structure du désir et de la pensée, il saura comment faire face au désir. autrement dit, pour peu que la pensée ne se mêle pas au désir, le désir s'éteint. Comprenez-vous? Regardez! Je vois ne belle maison et je peux dire qu'elle est superbe. quel mal y a-t-il à cela? La maison a de belles proportions et elle est impeccable. Mais dès que la pensée dit : "comme ce serait bon d'avoir cette maison et d'y habiter, les problèmes commencent. Ainsi, le désir n'est pas mauvais, il n'est jamais mauvais, mais c'est la pensée qui, en interférant avec lui crée le problème. Ainsi, au lieu de comprendre le désir et la pensée, nous tentons de réprimer le désir, de le contrôler, ou de le régenter".

 La Relation de l'Homme au Monde,  Éditions du Rocher.

Indications de lecture:

 cf. leçon Désir et souffrance.


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