Leçon 192.  Désir et souffrance        

    Première croyance portée par la conscience commune : la souffrance dans le désir tiendrait seulement à son issue comme échec ou déception.  Mais qui est encore assez crédule pour ne pas voir qu’il y a souffrance non pas dans le terme du désir, mais dans le processus même du désir ? Tant que le désir nous hante, nous vivons insatisfait, avec un creux au ventre et un vague à l’âme ; malheureux, plongé dans une sorte d’errance dont nous ne pouvons échapper que par quelques compensations ou dérivatifs. La vérité, c’est que  nous sommes incapables  d’éteindre ce feu qui nous ronge. Et comme cet état est constant, la poursuite de compensations pour palier à la frustration du désir absorbe une énorme quantité d’énergie chez la plupart des êtres humains.

    Seconde croyance commune : il y aurait, dans la satisfaction future du désir la promesse « d’atteindre le bonheur » ! Au lieu de quoi chacun peut observer que, même lorsque qu’un désir se réalise, la satisfaction est de très courte durée. C’est même un attrape-nigaud, car ce qui ne cesse de renaître et de se multiplier, c’est la poursuite des désirs, de sorte que ce « bonheur » prétendu est toujours repoussé à plus tard et n’arrive en définitive jamais.

    Rousseau se trompe en disant que l’homme qui ne désire plus rien est le plus malheureux des hommes. C’est tout le contraire. N’est-ce pas précisément laisser une opportunité au bonheur que d’arrêter de le chercher dans nos désirs? C'est seulement quand l’esprit se met au repos dans l’instant, sans le moindre irritation du désir qu’il connaît la paix. N’y a-t-il pas nécessairement de la souffrance dans le processus du désir ? Si nous cherchons à satisfaire nos désirs, n’est-ce pas surtout… pour nous en débarrasser ? Ou bien, le problème ne tient-il pas à la position de la conscience qui accompagne le désir ? Peut-on à la fois désirer et ne pas pour autant se perdre dans ses désirs ?

*   *
*

A. La souffrance du désir

    Il est important de voir la relation entre la souffrance et le désir nous déniaiser à l’égard de ces inepties que l’on  trouve dans la publicité et le cinéma. Faut-il regarder le désir comme un petit caprice que l’on doit stimuler et encourager chez le consommateur ? Il lui faudra ressentir juste ce qu’il faut de frustration pour qu’il trouve ensuite le plaisir voluptueux de "profiter" de la satisfaction. On lui passera ses caprices… comme aux enfants et il pourra croire que le bonheur, c’est de "profiter". Cependant, même pour le gosse de riche, quand il faut trépigner, hurler et faire une crise pour obtenir un jouet ou un bonbon, ce n’est pas très agréable. C’est même très pénible. Si nous y regardons de plus près, nous verrions que le désir, loin d’être un caprice, est plutôt comme une irritation, une démangeaison continuelle qui attend un baume calmant pour être soulagée.

    1) Examinons la souffrance du désir. Comment naît un désir ? Si nous n’allons pas tout de suite chercher du côté du subconscient, nous pouvons au moins observer que cette naissance vient suite à une sensation. Au niveau de la simple sensation, il existe une jouissance pure qui est indépendante du désir. Il y a un plaisir de regarder une belle voiture, rutilante et très bien dessinée ; un plaisir d’admirer une demeure magnifique et bien entretenue. Il y a un plaisir de croiser le visage d’une jeune fille d’une remarquable beauté ; un plaisir à admirer depuis les coteaux la vallée et lac qui se trouve en dessous etc. Nous pourrions très bien en rester là et ce serait un plaisir esthétique (texte) d’une rare qualité.

    Mais une pensée surgit dans l’esprit : « j’aimerais l’avoir à moi ». « J’aimerais la posséder rien que pour moi ». Là, ce n’est plus la pure jouissance des sens, c’est le désir et dès qu’il apparaît commence toute une ronde de tourments. « Je n’aurais jamais assez d’argent… pour me payer une voiture pareille ». « Il n’y a que des gens fortunés… qui puisse se payer une demeure aussi luxueuse ». « Une aussi jolie femme… elle va me rejeter et se moquer de moi ». « Ce paysage, j’aimerais le posséder tout entier pour moi… mais il faudrait acheter toute la surface boisée et c’est impossible ». Cette ronde de pensées qui surgit contient la recherche du plaisir et invariablement, doit envelopper aussi son contraire, la douleur. Mais l’ego veut le plaisir sans la douleur. Je voudrais que le plaisir soit constant et je refuse  la douleur que je cherche à écarter, problème : « pour me débarrasser de la douleur, il faut aussi que je me débarrasse du plaisir ; il n’est pas possible de les séparer, ils ne font qu’un ». Je suis pris entre le mouvement du désir d’un côté et la peur de l’autre et c’est alors au milieu de cette dualité que j’éprouve à quel point il y a un moi en rivalité avec d’autres moi, moi en lutte contre le monde, un moi en lutte pour la satisfaction de ses désirs. L’ego est le rouet de mes désirs. C’est lui qui dans mes pensées inspire l’envie, c’est lui qui nourrit l’avidité, qui alimente l’appétit sexuel et ainsi de suite, parce qu’à travers la pensée, il introduit le temps psychologique. En fait, « la durée tient au plaisir que me procure la pensée de ce désir », ce plaisir dans la pensée qui implique le temps, n’est pas du tout le plaisir actuel de la sensation, c’est tout au fait autre chose, c’est un fantasme. Une fois que nous sommes identifiés au fantasme, nous sommes comme ...

    Alors toujours, en sourdine,  ronronnent ces pensées : « ah ! si j’avais cela !... je me sentirais enfin complet… enfin heureux »… « Hélas, je ne suis que ce que je suis, vide, seul et manquant de tout… Et c’est douloureux que d’exister avec un vide. C’est être malheureux que d’être en permanence harcelé par la pensée qu’il y a tant de choses à posséder et que je n’ai pas et que je n’aurais jamais. C’est désespérant. Surtout et avant tout par comparaison avec ceux qui possèdent davantage que moi. C’est humiliant de sentir que l’on est moins que rien, tandis que d’autres peuvent se pavaner dans un jardin d’Eden, avec au bras une femme trophée et posséder toutes les richesses de la Terre. Pourquoi lui et pas moi ? Pourquoi elle et pas moi ? Pourquoi la vie m’a-t-elle fait çà ? Ah l’envie, le mépris et la haine !... Le monde n’est pas juste. S’il y a un Dieu là, il ne mérite pas qu’on le prie, il est cruel. Il ne me donne jamais ce que je désire… Il me faut lutter en permanence et pour avoir quoi ? Presque rien  etc. »… Nous pourrions indéfiniment prolonger la prosopopée de la souffrance du désir et nous sommes tous capables d’alimenter cette complainte. Cela fait partie des histoires que l’ego se raconte dans lesquelles il place son identité.

     2) Le philosophe qui a été le plus attentif à cette souffrance du désir, c’est assurément Arthur Schopenhauer qui lui consacre de longues analyses dans Le Monde comme Volonté de Représentation. Quand la souffrance vient-elle à se manifester ? Quand l’effort de la volonté est « arrêtée par quelque obstacle dressé entre elle et son but du moment : voilà la souffrance ». (texte) Inversement, quand la volonté « atteint ce but, c’est la satisfaction ». Nous avons montré précédemment que la volonté et l’ego ne sont qu’une seule et même chose. L’unité de la volonté est l’unité du moi. C’est en elle, et donc dans l’ego, que se rassemble la diversité apparente des désirs. Nous savons aussi que : « Tout désir naît d’un manque, d’un état qui ne nous satisfait pas ; donc il est souffrance, tant qu’il n’est pas satisfait ». (texte) L’ego ne sait rien de la vérité du manque, crucifié par ses désirs, il en devient la passive épreuve. Ne pourrions-nous pas tracer le devenir du moi dans la poursuite indéfinie de ses désirs ? Le malheur, c’est que, ne vivant que dans le temps psychologique, le moi cherche aussi quelque chose qui soit durable. « Or nulle satisfaction n’est de durée ; elle n’est que le point de départ d’un désir nouveau. Nous voyons donc le désir partout arrêté, partout en lutte, donc toujours à l’état de souffrance, pas de terme dernier à l’effort ; donc pas de mesure, pas de terme à la souffrance ». Si le désir est insatiable, (texte) c’est que le manque dont il procède ne cesse de se répliquer dans l’illusion qu’il y aurait, là-bas, dans un ailleurs et un autrement, dans un nouveau désir, un objet capable de le combler. Ce qui ne se produit jamais bien sûr, car il n’est rien de permanent dans le monde relatif, et la satisfaction n’est jamais que provisoire. « Tout vouloir a pour principe un besoin, un manque, donc une douleur ; c’est par nature, nécessairement, qu’ils doivent devenir la proie de la douleur ». Par conséquent, « la satisfaction, le bonheur, comme l’appelle les hommes, n’est au propre et dans son essence rien que de négatif ; en elle, rien de positif ». (texte) « Avec la satisfaction cesse le désir et par conséquent la jouissance aussi », mais « la satisfaction, le contentement, --------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Mais qu’adviendrait-il, si le moi malgré tout se maintenait, mais cessait un temps de désirer ? On ne peut pas aisément mettre fin à des millénaires de conditionnement humain et à cette habitude invétérée de ne vivre que dans la compulsion du désir ! L’énergie de la frustration du désir mène droit à l’ennui. « Que la volonté vienne à manquer d’objet, qu’une prompte satisfaction vienne à lui enlever tout motif de désirer, et » nous « voilà tombés dans une vide épouvantable, dans l’ennui. » D’où la célèbre phrase qui suit : « La vie donc oscille, comme un pendule de droite à gauche, de la souffrance à l’ennui ; ce sont là les deux éléments dont elle est faite en somme. De là ce fait bien significatif par son étrangeté même : les hommes ont placé toutes les douleurs, toutes les souffrances dans l’enfer, pour remplir le ciel n’ont trouvé que l’ennui ». (texte) L’ennui, c’est un temps vide de désir qu’il faut à tout prix remplir avec un quelconque divertissement pour occuper la volonté, en lui donnant un pseudo-objet. (texte) L’homme a inventé toute sorte de jeux pour s’occuper et tromper son ennui ; plus une société investit dans le jeu et plus elle démontre son vide. « Rien ne révèle mieux ce besoin d’excitation de la volonté que l’invention et le succès du jeu de cartes ; rien ne met plus à nu le côté misérable de l’humanité. » Nous avons vu avec Pascal dans Les Pensées que l’ennui résultait d’une incapacité à vivre le présent due au harcèlement du désir. On a souvent qualifié de « pessimisme » la vision de Schopenhauer, ce qui est une manière de le mettre dans une boîte conceptuelle pour ne pas écouter ce qu’il a à dire. La vérité, c’est que rares sont les philosophes qui ont osé comme lui s’aventurer avec autant de clarté sur le terrain de l’existence humaine dans ce qu’elle a de plus prosaïque et de plus pathétique. Schopenhauer ne fait qu’exercer une haute lucidité quand il écrit : « Entre les désirs et leurs réalisations s’écoule toute la vie humaine. Le désir, de sa nature, est souffrance ; la satisfaction engendre bien vite la satiété ; le but était illusoire ; la possession lui enlève son attrait ; le désir renaît sous une forme nouvelle, et avec lui le besoin, sinon, c’est le dégoût, le vie de l’ennui ennemis plus rudes encore que le besoin ». (texte) Ce n’est pas une interprétation « théorique », de la part d’un « philosophe », c’est dans cette condition que vivent effectivement la majorité des hommes. Que celui qui prétend le contraire nous montre comment il vit lui-même ! Qui d’entre nous a su résoudre ce dilemme de l’existence humaine ? Soyons clair, s’il existe un art de vivre capable de mettre fin à la souffrance du désir, il nécessite une bonne dose de philosophie. Ce n’est certainement pas en s’alignant sur le conformisme ambiant que l’on parviendra à ce résultat. C’est tout le contraire, nous vivons dans un monde qui stimule tellement la projection dans le désir, qu’il génère une ...

B. Chemins de libération

    Continuons avec Schopenhauer pour envisager la libération de la souffrance du désir. La question dans ce contexte est précise. Schopenhauer fait sien la déclaration de Bouddha sarvam duhkham,  « tout est souffrance ». Nous ne pouvons pas vivre dans ce monde sans rencontrer la souffrance. Le bouddhisme, se présente comme une voie thérapeutique à l’égard de la souffrance et singulièrement de toute cette souffrance dont nous sommes la cause. Il montre que c’est seulement le moi personnel qui souffre et c’est aussi le moi qui est dans le processus du désir la cause de souffrance répétées. Dès lors, attaquer la souffrance du désir à la racine revient à défaire la fiction personnelle et la libération se situe donc dans la découverte de la dimension libre et impersonnelle de toute existence. Il faut comprendre la radicalité de cette approche. Qui souffre continuellement du désir ? Moi. Si « moi » n’est plus là, il n’y a personne pour continuer de souffrir. (texte) Schopenhauer n’a peut être pas rendu justice au  bouddhisme, mais il est indéniable qu’il en a tiré un idéal ascétique.

    1) La première découverte de Schopenhauer, c’est que la contemplation esthétique nous libère spontanément de l’emprise qu’exercent les désirs. Cela ne veut pas dire qu’il faille de force s’en éloigner, il suffit de voir cette existence telle qu’elle est. L’embrasser d’un seul coup d’œil dans une vision pénétrante. Ce qui nous apparaît dès lors, c’est son caractère tout à la fois tragique et comique. « La vie de chacun de nous, à l’embrasser dans son ensemble d’un coup d’œil, à n’en considérer que les traits marquants, est une véritable tragédie ; mais quand il faut, pas à pas, l’épuiser en détail, elle prend la tournure d’une comédie… On dirait que la fatalité veut, dans notre existence, compléter la torture par la dérision ; elle y met toutes les douleurs de la tragédie ; mais, pour ne pas nous laisser au moins la dignité du personnage tragique, elle nous réduit, dans les détails de la vie, au rôle de bouffon ». (texte) C’est tout le jeu de notre existence sur la grande scène du Monde, un jeu que nous cessons de créer et de recréer par nos désirs.

    La différence entre le sage et l’ignorant, c’est que le sage sait qu’il s’agit d’un jeu, tandis que l’ignorant lui est jeté dedans, persuadé que tout cela est terriblement réel. Le sage continuera de jouer le jeu de la Vie, mais le connaissant comme un jeu, il gagnera le détachement par la contemplation. C’est tout ce qui fait le piment de la littérature. Notre vie peut être un soap opera, une sorte de cheap fiction, ou elle peut être a great littérature, mais elle ne peut l’être que comme une aventure du désir qui rencontre toutes sortes de contrariétés. Sans les contrariétés du désir, il n’y aurait pas de littérature. « Un poème épique ou dramatique ne peut avoir qu’une sujet : une dispute, un effort, un combat dont le bonheur est le prix ; mais quant au bonheur lui-même, au bonheur accompli, jamais il ne nous en fait le tableau. Au travers mille difficultés, mille périls, il conduit ses héros au but ; à peine l’ont-ils atteint, vite le rideau !... Le bonheur ne peut être pour l’art un objet. » (texte)  Il ne peut être un objet, car le bonheur signe la fin de toute quête du désir. La fin du temps psychologique mis en branle par le moi désirant.

    D’où le statut à part de la poésie descriptive, car elle « peint la beauté de la nature, et se réduit à ce mode de connaissance pure, libre de tout vouloir, qui à vrai dire, est le seul vrai bonheur ». L’instant poétique se tient dans l’intemporel, précisément là où le désir n’est pas. La contemplation nous ouvre au bonheur tel qu’il est, en dehors du temps, « non plus un bonheur précédé par la souffrance et le besoin, et traînant à sa suite le regret, la douleur, le vide de l’âme, le dégoût, mais le seul qui puisse remplir, sinon la vie entière, du moins quelques moments dans la vie ». C’est exactement ce que disait Rousseau dans Les Rêveries du Promeneur solitaire. (texte) Et comme Schopenhauer est un amoureux de la musique, (texte) il écrit ensuite : « La mélodie nous offre comme une histoire très intime de la volonté arrivée à la conscience des mystères de la vie, du désir, de la souffrance et de la joie, du flux et du reflux du cœur humain. La mélodie, c’est un écart par lequel on quitte la tonique et, à travers mille merveilleux détours, on arrive à une dissonance douloureuse, pour retrouver enfin la tonique, qui exprime la satisfaction et l’apaisement de la volonté ».

    Tant qu’il y a un moi désirant, il y a nécessairement une dissonance douloureuse, et ce que nous ne parvenons jamais à comprendre, c’est que la satisfaction tirée du désir, quand il se réalise, ne vient pas en réalité de l’objet qui en est la proie, mais survient… parce que la quête a pris fin. La quête du désir est la dissonance douloureuse. Mais quand le temps psychologique, toujours relancé par le désir, s’arrête, nous participons un moment à la joie d’être sans le temps, et c’est ce qui vient se refléter en écho dans ce que nous croyons être la « satisfaction » du désir. Mais c’est une illusion, aucun désir ne peut réellement être satisfait, car la satisfaction pleine et entière, réside dans la fin de toute quête du désir, elle réside dans la libre jouissance du moment présent, dans l’acceptation pleine et entière de ce qui est. Ce que le bonheur a toujours été. En un sens, tant qu’il y a un « chercheur » en quête de quelque chose, il y a toujours souffrance, parce qu’il y a désir et donc manque, attente, espoir, inquiétude, déception, frustration, envie, colère, regret etc.

     2) Cependant, il y a tout de même un cas très particulier qui est celui de la recherche de la vérité. La quête de la Vérité est un désir, mais c’est en l’homme le désir le plus noble et c’est un désir qui ne ressemble pas aux autres. La plupart des désirs sont obsédés par l’idée « d’arriver quelque part » dans le futur, de « parvenir à » (être un champion, un bon ère, une bonne mère, une star, un entrepreneur couronné de succès, une figure politique reconnue etc.)  ce qui est une véritable torture. La recherche de la vérité dans la joie de connaître est son propre accomplissement qui n’a besoin de rien d’autre. Elle nous dispense de toute futurition. Il existe une joie de comprendre, y compris de comprendre toutes ces horreurs que nous trouvons dans le monde. Même l’ennui, quand il est compris n’est pas ennuyeux ! L’ennui n’est ennuyeux que si nous ignorons ce qu’il est dans son essence. Ainsi, à côté du temps de la souffrance du désir, « il est bien d’autres moments, qu’on nommerait les plus beaux de la vie, des joies qu’on appellerait les plus pures ; mais elle nous enlèvent au monde réel et nous transforment en spectateurs désintéressés de ce monde ; c’est la connaissance pure, pure de tout vouloir, la jouissance du beau, le vrai plaisir artistiques ». Comme le fait observer Barry Long, (texte) l’étude nous place dans un état de méditation. L’intelligence y est rassemblée, sans distanciation de temps. Elle n’est plus dispensée et en quête de quoi que ce soit d’autre, et de « toujours plus », elle est là, ici et maintenant, comme la sensibilité est là ici et maintenant épanouie quand ...

    Schopenhauer note cependant que : « ces joies, pour être senties, demandent… des aptitudes bien rares ; elles sont donc permises à bien peu ». Ce qui fait des chercheurs de vérité « des solitaires au milieu d’une foule toute différente d’eux ; ainsi se rétablit l’équilibre. Quant à la grande majorité des hommes, les joies de la pure intelligence leur sont interdites, le plaisir de la connaissance désintéressée les dépasse, ils en sont réduit au simple vouloir. Donc rien ne saurait les toucher, les intéresser (les mots l’indiquent de reste), sans émouvoir en quelque façon leur volonté… Leur existence est bien plus occupée par des actes de volonté que par des actes de connaissance ; action et réaction, voilà leur élément unique. On en peut trouver des témoignages dans les détails et les faits ordinaires de la vie quotidienne ; c’est ainsi qu’aux lieux fréquentés par les curieux, ils écrivent leur nom ; ils cherchent à réagir sur ce lieu même, … s’ils voient une bête des pays étrangers, un animal rare, ils ne peuvent se contenter de le regarder, ils leur faut l’exciter, le harceler, jouer avec lui, uniquement pour éprouver la sensation de l’action et de la réaction ». Eh bien, pour la foule ignorante, il y aura toujours une place pour l’excitation du désir, il y aura toujours la leçon de la souffrance qui finira bien par porter ses fruits. Quand l’homme ignorant finit par en avoir plus qu’assez de souffrir de tout ce cirque des désirs de l’ego, il n’est plus tout à fait ignorant. Il est prêt à voir l’illusion en tant que telle et la connaissance

 

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- L'accès à totalité de la leçon est protégé. Cliquer sur ce lien pour obtenir le dossier

Questions:

1. Le problème de la souffrance du désir n'est-il pas seulement un problème d'identification du sujet à ses désirs?

2. Peut-on nécessairement tirer un enseignement de la souffrance engendré par le désir?

3. En quel sens peut-on dire que le moi désire souffrir?

4.  Pourquoi croyons-nous que la vie prendrait fin si nous cessions de nous projeter dans des désirs?

5.  Dans bien des traditions de l'humanité, il est dit que la Création a jaillit du désir, mais faut-il dans ce cas prendre le mot "désir" dans son sens habituel?

6.  Quelle différence marquer entre le désir d'être et la volonté de la publicité à produire chez le consommateur "le désir des désirs"?

7.  Qu'est-ce que la maturité du désir?

 

Vos commentaires

      © Philosophie et spiritualité, 2009, Serge Carfantan,
Accueil. Télécharger, Index thématique. Notion. Leçon suivante.


Le site Philosophie et spiritualité autorise les emprunts de courtes citations des textes qu'il publie, mais vous devez mentionner vos sources en donnant le nom de l'auteur et celui du livre en dessous du titre. Rappel : la version HTML n'est qu'un brouillon. Demandez par mail la version définitive, vous obtiendrez le dossier complet qui a servi à la préparation de la leçon.