Leçon 43.   Échange et système économique        pdf téléchargement     Téléchargement du dossier de la teçon

    L’échange met en jeu des intérêts divers. L'intérêt est un pôle d’attraction vers lequel se dirige ma volonté. Pour que je puisse rechercher l’échange, il faut que j’y trouve un intérêt. Cela peut-être une passion si je suis prêt à tout pour obtenir cette voiture de collection, par exemple contre la mienne plus récente, mais moins attrayante. Le passionné est une cible économique facile. Pour le prix de la valeur affective, pour la passion, il peut en effet sacrifier l’évaluation économique objective.

    Mais la passion n’est pas le fondement de l’échange économique. Ce n'est pas la passion qui fait l'évaluation économique. L’intérêt économique est différent de la passion ou à un moindre degré du besoin, au sens où l’intérêt économique avant tout se calcule. Calculer revient à écarter tout ce qui ne comporte pas de valeur négociable, pour ne retenir que ce qui peut-être évalué en termes économiques. Même si j’attache une valeur sentimentale à une table de chevet qui me vient de ma grand-mère, sa valeur économique, elle, reste celle du marché et c’est tout. La question est donc de savoir ce qui est au principe même de l’échange économique. Qu’est-ce qu’un échange économique ?

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A. Le travail et la valeur échangée

    Pour échanger, il faut bien que nous ayons quelque chose à donner et aussi qu'il y ait quelqu’un pour le recevoir. Or, que pouvons-nous donner, si ce n'est d'abord le fruit de notre travail ? Le travail produit de la valeur, il permet de transformer la Nature et de produire ce qui s'échange, en tant que biens et services. Mais que faut-il entendre par fruit économique du travail? Quel est le sens proprement économique du travail? 

    C'est l’économie qui règle la répartition des richesses, sa fonction doit être d’assurer la prospérité d’une société, c'est-à-dire sa richesse. (texte) La richesse est déterminée comme valeur économique, valeur qui est mesurée avec la monnaie.  Aussi devons-nous prendre en compte l’interprétation économique du travail en tant qu’il est production de valeur monétaire. Dans le monde postmoderne, on admetsans réserve que le travail est nécessaire « pour gagner de l’argent », cet argent qui permet de subvenir à nos très nombreux besoins. Le sens commun voit dans la nécessité du travail une nécessité qui est d’abord économique. (texte)

    Le travail de ce point de vue est défini, à travers une interaction complexe, par son utilité pour la société. (texte) L’utilité économique signifie que le travail produit une valeur d’usage susceptible d’être insérée dans un échange. Si je cultive des salades dans mon jardin, je produis quelque chose que je peux échanger ,contre des choses telles que des fromages de chèvre ou des services tels qu’une coupe de cheveux chez le coiffeur. Si par contre, je travaille dans mon jardin pour moi-même, mon travail n'est pas économiquement productif. L’utilité se fonde sur des besoins que les hommes possèdent, besoins que certains peuvent satisfaire et non pas tous, ce qui conduit à la nécessité d’échanger la contrepartie des besoins, c'est-à-dire ce qui pourvoit à leur satisfaction. Platon dit que la cité naît quand chacun d’entre nous ne peut se satisfaire à lui-même, mais manque de beaucoup de choses. Si nous vivions en autarcie parfaite, il n’y aurait pas de nécessité d’échanger le produit du travail. Mais ce n'est pas le cas. Nous avons besoin du travail des autres pour satisfaire nos propres besoins. (texte) C’est le besoin qui fait la société. La répartition du travail dans une société, correspond trait pour trait, avec la division des besoins fondamentaux. L

---    ---------------Mais comment échanger? Le produit de travail doit être échangé avec le produit d'un autre travail. C'est là que le système économique intervient pour régler l’échange. Le système le plus archaïque reposait sur le troc  qui est le système économique le plus élémentaire : je donne de mes salades, en échange, je reçois tel service, tel objet dont j’ai besoin. Ensuite, il est possible de concevoir des systèmes beaucoup plus complexes, du capitalisme à toutes les formes de collectivisme. Pour que l’échange soit juste il faut qu’il y ait une évaluation juste. Même le troc suppose que soit établie une proportion entre la valeur des choses ou des services échangés. Il est impensable de faire une équivalence stricte : une salade = une paire de chaussures. Il y a davantage de travail dans la confection de la paire de chaussures que dans le cageot de salade, et la matière est aussi d’un coût plus élevé. Il faut régler de manière juste la répartition établie dans l’échange, en procédant à une évaluation correcte de la chose ou du service échangé. Le plus commode c’est d’utiliser un médiateur de l’échange, donc un simple intermédiaire, la monnaie et de traduire la valeur d’usage en valeur monétaire. C’est ce que les hommes ont commencé à faire très tôt. Qu’importe si l’on utilise du papier, des coquillages, des pièces, de l’or ou des grains de sel. La monnaie n’est qu’un intermédiaire, ce qui a une valeur, ce n’est pas la monnaie, mais ce qui est échangé à travers elle. La monnaie est très commode. Elle permet d’établir un rapport 1) entre des choses différentes : un sucrier, une paire de sandales, un vélo ou une boîte à outils etc. 2) entre des services différents : une demi-heure passée chez mon dentiste ou mon médecin, une heure de travail du teinturier, du comptable, de l’aide-soignante, de l’agent de police etc. Dans chaque échange, on substitue un rapport quantitatif, entre des travaux qui du point de vue qualitatif, sont très différents. De là résulte clairement que l’argent n’a par lui-même aucune valeur, Cf. Lanza del Vasto (texte) il sert d’intermédiaire dans l’échange. Ce qui a une valeur, c’est l’usage des choses, des services, et le ...

    ... prix du service, il faut déterminer l’importance du besoin et la quantité de travail qu’il comporte. Considérons le cas de la production d’objets de consommation. Ce qui doit entrer dans la formule du prix des choses, c’est le coût de la matière et le prix naturel de la chose à partir du travail investi dans sa production. Cela nous oblige à évaluer la quantité de travail qui permet la production. Celle-ci comprend la durée du travail (le nombres d’heures passées pour réaliser le vase, la maison, les sandales), la difficulté du travail (une heure passée au fond de la mine vaut plus qu’une heure devant un tour à bois), la formation technique requise (il serait injuste de considérer comme équivalente une heure de travail d’un préparateur en pharmacie, avec une heure de travail de jardinier ou de l’O.S. sur une chaîne de montage). Mais quelque soit le résultat de cette évaluation, il n’en reste pas moins que le travail donne sa valeur aux choses, qui sans cela resteraient simple matière naturelle (un champ inculte, un morceau de cuir). Comme c’est le travail qui donne la valeur, il en résulte que le travail par lui-même n’a pas de valeur : il est au-dessus de la valeur qu’il crée, puisqu’il en est la source, puisqu’il donne la valeur. L’eau que nous prenons à la fontaine a une valeur, mais la fontaine elle-même en a d’avantage, puisque c’est d’elle que toute l’eau provient. La valeur d’une marchandise est définie par la quantité de travail qu’elle comporte, mais le travail lui-même ne doit pas être dévalé du côté de ce qu’il produit. Le travail n’est pas une marchandise, il est ce qui rend possible la production des marchandises.

    Et pourtant, il faut bien d’une certaine manière évaluer le travail, cette évaluation existe de fait, de par l'existence même du système économique, et le résultat est appelé salaire. Cela signifie qu'il y a toujours une aliénation économique du travail, du seul fait que l'on en vient à l'assimiler à un "prix", à un objet qui aurait un coût. Considérer que le travail a un « coût » relève d’une étrange perversion, puisque c’est le contraire, c’est grâce au travail qu’il y a des choses qui ont un « coût », c'est-à-dire que le travail crée la valeur d’échange. Il crée une valeur qui se surajoute au coût de la matière première. L’argile est importée, des mains humaines la façonnent, avec où sans machines complexes, pour donner le vase, l’assiette où la coupe à fruits. Ce qui fait le vase, l’assiette ou la coupe à fruit ne provient que du travail, sans cela il n’y aurait que de l’argile. 

    Essayons de raisonner en termes mathématiques simples. Si v est le prix de vente, a le prix de la matière, le prix final du produit sera :

        v = a + e où e figure la valeur ajoutée crée par le travail.

    Logiquement parlant, s’il fallait évaluer le salaire s à l’égal de ce qu’il produit, on devrait dire que :

        s = e,

    Mais en pratique, les choses sont plus complexes. Sur la valeur ajoutée e, il faut prélever les charges b, les investissements que l’on fait constamment dans la technique c, et aussi d le profit investi dans la spéculation sous forme d’actions de l’entreprise. En fait on a donc :

        s = e - (b + c + d)

    Résultat : selon un discours auquel nous avons été habitués par le conditionnement ambiant  : 1) les entreprises croulent sous des "charges". Il nous est aussi répété, 2) qu’elle se doivent de favoriser constamment le "renouvellement technique" pour sans cesse augmenter leur productivité. Enfin, 3) l'important c'est le profit. Nous vivons dans un monde, dans lequel personne ne songe à mettre en cause l’idée, qu'il est normal que l’on puisse soutirer du circuit des échanges humains une masse d’argent issu du travail des hommes, pour faire travailler l’argent en bourse. Cet implicite appartient en propre à un système économique, le système appelé capitalisme. Le capitalisme est le système économique qui vise à l’accroissement du capital, c’est à dire du profit p,sous sa forme monétaire. C’est bien ce que le mot indique. Il en résulte que dans cette représentation de l'échange,  il est sous-entendu que :

        p = e

    Le profit, c’est tout ce que la valeur ajoutée a créé à titre de valeur économique et en conséquence, le salaire est regardé comme ce qui est retranché du profit ! Bizarrement dans nos sociétés on parle même d’un coût du travail ! Cela peut sembler absurde, mais cela ne l’est que d’un point de vue extérieur au capitalisme lui-même. Vu de l’intérieur, pris dans la structure, le profit, c’est avant tout la valeur ajoutée par le travail, moins un certain nombre de coûts, dont le travail, que l’on aurait avantage à réduire le plus possible. Donc :

        p = e - (a+ b + c + s)

    Comment augmenter le profit ? (puisque c'est le but). Payer la matière première le moins cher possible, l’acheter là où elle est à bas prix : cuivre de Colombie, nickel du Brésil etc. Demander à l’État de diminuer le plus possible les charges (comme la taxe professionnelle et la sécurité sociale). Réduire les salaires à la potion la plus congrue, c’est autant de gagné pour le profit. Mieux encore, si en spéculant, on peut « faire de l’argent avec de l’argent », autant confisquer une masse conséquente de valeur ajoutée, pour la détourner, car c’est là que le profit sera le plus grand et les coûts les plus faibles. La spéculation est la radicalisation extrême de l'esprit du capitalisme, le profit pour le profit et pour le profiteur !

    Si donc seule l’instance du capital _____________

B. Le monde la consommation et la postmodernité

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Vos commentaires

Questions:

1. Quel rapport y a-t-il entre valeur d’usage et valeur d’échange ?

2.  Serait-il juste de rémunérer de la même manière tous les travaux ?

3.  Pourquoi considérer que le fait même d’évaluer le travail est déjà une forme d’aliénation. ?

4. A quoi attribuer la faillite du système communiste ?

5. Que veut dire l’expression « surtravail » ?

6. Faut-il rendre la technique responsable des méfaits du capitalisme ?

7. L’expression « moraliser le capitalisme » est-elle une plaisanterie ? Un oxymore ?  Un idéal  ?

 

     © Philosophie et spiritualité, 2002, Serge Carfantan.
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