Leçon 213.  La faim dans le monde    

     En 2008, Jean Ziegler, alors rapporteur de l’ONU, disait que si l’humanité partageait décemment ses ressources alimentaires, la Terre pourrait accueillir sans problème 12 milliards d’habitants. Nous avons vu précédemment que le seul changement de régime, depuis une nourriture carnée, vers une nourriture végétarienne permettrait d’atteindre ce résultat, tout en diminuant considérablement notre empreinte écologique. Il ne s’agit pas ici de prétendre qu’une telle accélération démographique est souhaitable, mais de mettre en cause l’une des croyances fausses que nous entretenons au sujet de la faim dans le monde.

    Bien sûr, nous avons entendu toutes sortes de justifications : c’est la faute du climat, à la fatalité des événements naturels, la faute de la crise économique, du manque de contrôle des naissances, de la corruption des pays pauvres, de l’accumulation de leur dette, de leur manque d’ouverture au marché, d’insuffisances en biotechnologies, des entraves à l’action de la FAO, du FMI etc.

    Et si on retournait la causalité de quelques unes de ces raisons ? Et si la fatalité n’y était pour rien, mais que l’humanité avait inconsciemment programmé à travers ses croyances la situation de misère et de souffrance qui règne partout dans le monde ? La question de la faim ne relève-t-elle pas avant tout de la responsabilité politique ? Non, ne vaudrait-il pas mieux dire qu’elle tient à l’irresponsabilité politique ou encore de l’inconscience humaine ? Ne faudrait-il pas mettre au jour ce qui jusqu’à présent nous voile la réalité ? Si nous sommes capables de voir les choses telles qu’elles sont, nous pourrons nous entendre sur la gravité du problème, mais tant que nous n’examinons pas la doxa de la faim qui tourne en boucle dans les discours officiels, nous ne pourrons rien faire, car elle inculque une résignation collective qui barre la route à tout changement.

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A. L’épreuve indicible de la faim

    Pour le consommateur occidental qui se rend régulièrement au supermarché, qui a l’habitude de fréquenter les galeries commerciales, les vendeurs de crêpes sur le front de mer, les petits restaurants, la faim n’a guère de signification. C’est un petit creux que l’on s’avise de combler avidement en avalant rapidement un peu tout et n’importe quoi. De manière plus subtile, c’est souvent une tendance créée par le mental pour combler un vide. Une pulsion de l’ego qui porte vers une compensation. Il en est tout autrement pour les SDF, les marginaux qui rodent dans les villes pour qui c’est une obsession constante. Ceux-là sont bien plus près de comprendre ce dont souffre des populations entières de par le monde. 

 1) « Le massacre quotidien de la faim se poursuit dans une normalité glacée. Toutes les 5 secondes, un enfant de moins de dix ans meurt de faim. Toutes les 4 minutes, quelqu'un devient aveugle par manque de vitamine A. En 2006, 854 millions de personnes - un homme sur six sur notre problème ont été gravement et en permanence sous-alimentés. Elles étaient 842 millions en 2005". (texte)

    L’humanité nous fait sentir à quel point notre condition  incarnée à travers la pression qu’exercent les besoins du corps. Nous avons vu l’importance que revêtent les sensations de la soif, de l’étouffement, de la faim. Tout être humain se doit d’honorer son corps et cela fait partie des prérogatives d’une société véritablement humaine que de veiller à ce que chacun puisse voir ses besoins élémentaires satisfaits. C’est une question de survie biologique. Nous l’avions dit, mais pour citer Jean Ziegler dans Destruction massive : « A de rares exceptions près, un homme peut vivre normalement trois minutes sans respirer, trois jours sans boire, trois semaines sans manger. Pas davantage. Commence alors la déchéance.

    Chez les enfants sous-alimentés, l’agonie s’annonce beaucoup plus rapidement. Le corps épuise ses réserves en sucre, puis en graisse. Les enfants deviennent léthargiques. Ils perdent rapidement du poids. Leur système immunitaire s’effondre. Les diarrhées accélèrent l’agonie. Des parasites buccaux et des infections des voies respiratoires causes d’effroyables souffrances. Commence alors la destruction de la masse musculaire. Les enfants ne peuvent plus se tenir debout. Comme autant de petits animaux, ils se recroquevillent dans la poussière. Leurs bras pendent sans vie. Leurs visages ressemblent à ceux des vieillards. Enfin, vient la mort ».

    Un adulte qui tombe en panne de voiture en plein Sahara, privé de nourriture quelques temps, peut être sauvé in extremis et retrouver aisément des conditions de vie normales. Il en va tout autrement d’un enfant pour un enfant de moins de cinq ans qui a été maintenu dans une sous-alimentation, les cellules du cerveau ne pourront avoir un développement normal et il gardera de graves séquelles. « Son destin est scellé. Il restera un crucifié de naissance, un mutilé mental à vie. ...

    Dans un grand nombre de cas, la sous-alimentation provoque des maladies dites de la faim : le noma, le kwashiorkor, etc.».

     2) « Noma vient du grec nomein, qui signifie dévorer. Son nom scientifique est le cancrum oris.  C’est une forme de gangrène foudroyante qui se développe dans la bouche et ravage les tissus du visage. Sa cause première est la malnutrition.

    Le noma dévore le visage des enfants souffrant de malnutrition principalement entre un et six ans.

    Chaque être vivant a dans sa bouche des micro-organismes en grand nombre, constituant une charge élevée en bactéries. Chez les personnes bien nourries et entretenant une hygiène buccale élémentaire, ces bactéries sont combattues par les défenses immunitaires de l’organisme.

    Quand une sous-alimentation ou une malnutrition prolongée affaiblit les défenses immunitaires, cette flore buccale devient incontrôlable, pathogène, brise les dernières défenses immunitaires ». La maladie suit alors trois stades, elle commence par une gingivite avec apparition d’aphtes. Détectée à ce stade, elle est facile à vaincre, il suffit de désinfecter la bouche et d’alimenter correctement l’enfant. Si ce stade est dépassé, un plaie sanglante se forme dans la bouche et la gingivite se transforme en nécrose accompagnée de fièvre. Mais, même à ce stade rien n’est encore perdu, on peut en venir à bout au moyen d’antibiotiques et d’une nourriture adéquate. Il suffit de 2 à 3 euros pour assurer un traitement de dix jours pour guérir un enfant. Mais si rien n’est fait, au troisième stade, « le noma devient invincible ». « D’abord le visage de l’enfant gonfle, puis la nécrose détruit graduellement tous les tissus mous.

    Les lèvres, les joues disparaissent, des trous béants se creusent. Les yeux tombent, puisque l’os orbital est anéanti. La mâchoire est scellée.

    Les rétractions cicatricielles déforment le visage.

    La contracture des mâchoires empêche l’enfant d’ouvrir la bouche.

    La mère alors casse les dents sur un côté pour pouvoir introduire dans la bouche de son enfant une soupe de mil… dans l’espoir vain que ce liquide grisâtre empêchera son enfant de mourir de faim ». « 50 % des enfants atteints meurent dans un délai de trois à cinq semaines ».

    Quand le noma s’en prend à des sujets plus âgés, ils seront comme survivants condamnés au martyre, l’horreur qu’ils représentent fait qu’ils sont frappés de tabous, rejetés comme pour une punition, caché des voisins. Comme l’a dit un commentateur : « le noma agit comme une punition pour un crime que vous n’avez pas commis ».

    Le noma fait des ravages en Afrique mais il « ne figure pas sur la liste de l’OMS » ! Ce n’est pas une maladie contagieuse. Résultat : l’absence de reconnaissance publique fait que l’on manque d’information scientifique. Or tant que l’OMS ne s’intéresse pas à cette maladie qui touche les plus pauvres, il n’y a pas de recherche approfondie à publier et en conséquence, aucune mobilisation internationale ne peut être entreprise. Cercle vicieux. Et le pire pour la fin : le noma n’intéresse pas non plus les trusts pharmaceutiques parce que les médicaments pour le traiter « sont peu coûteux, ensuite parce que les victimes sont insolvables ».

    Nous ne pouvons pas argumenter en prétendant que cette maladie est récente ou spécifique à une région du monde. Ses symptômes sont connus depuis l’Antiquité. Son nom lui a été attribué en 1685 par Cornelius van der Voorde des Pays Bas. Tout au long du XVIIème les écrits sur cette maladie ont été nombreux et ils associent clairement le noma à l’enfance, la pauvreté et la malnutrition. « Jusqu’au XIX è siècle, le noma s’étend à toute l’Europe et à l’Afrique du Nord. Sa disparition de ces régions est essentiellement due à l’amélioration des conditions sociales des populations, au recul de l’extrême pauvreté et de la faim.

    Mais le noma fait une réapparition massive dans les camps nazis entre 1933 et 1945, notamment dans ceux de Bergen-Belsen et d’Auschwitz. Chaque années 140 000 nouvelles victimes sont frappées par le noma… La proportion de personnes survivantes oscille autour de 10% ce qui signifie que plus de 120 000 personnes périssent de noma tous les ans ».

    Le noma est une des manifestations des plus violentes de la tragédie de la faim sur cette planète. Il peut être éradiqué dans l’hémisphère Sur comme il l’a été dans l’hémisphère Nord et il le sera quand ses causes, la malnutrition et la sous-alimentation auront définitivement été balayés. Les remèdes existent. Les moyens existent. Les organisations capables de prise en charge existent. A moins d’être totalement désensibilisés (les fuites dans une possible inconscience ne manquent pas) (texte) personne ne peut supporter la confrontation avec cette réalité de la faim. Quelles que soient les différences culturelles, la souffrance humaine nous atteint directement. (texte) On ne peut pas finasser avec la tragédie de la faim, l’intelligence du réel impose une action immédiate.

B. Renverser la fatalité

    Qu’est-ce qui fait que nous restons bloqués dans l’horreur de cette situation ?  Un esprit sain et vigoureux mis en présence d’un danger mortel ne tergiverse pas, il mobilise toute son intelligence pour répondre de manière adéquate à la situation d’expérience qui est la sienne. C’est vrai individuellement et collectivement. Dans quel carcan nous sommes-nous fourrés pour ne plus voir le danger, alors qu’il nous met en demeure de répondre ?

    1) Quand le mental porte des œillères, sa vision est  fragmentaire et déformée, il ne peut que créer des impossibilités, tourner en rond et différer l’action immédiate. S’agissant de la question qui nous importe, concrètement cela se traduit par ce que nous appelons la doxa de la faim : l’ensemble des représentations collectives qui alimentent l’opinion et servent de prêt-à-penser au sujet de la faim. C’est une chose facile à tester : il suffit de poser la question autour de soi et l’on vérifie que la réaction commune consiste à répéter un certains nombre d’idées toutes faites sur le sujet. Des idées qui n’ont pas été investiguées, mais ne sont pas venues de nulle part, car elles ont des racines historiques précises.

    Il serait complètement illusoire de se projeter dans les époques les plus reculées de l’humanité pour éclairer ce qui se passe aujourd’hui (le poncif préféré des élèves de terminale c’est « du temps de l’homme des cavernes… » !) D’autre part, nous avons vu dans une leçon précédente à quel point,  en projetant les conditions actuelles, on se méprend sur les sociétés traditionnelles. Juste un rappel : pour nous persuader des bienfaits du marché, on a répandu le mythe selon lequel les peuples traditionnels devaient forcément être pauvres, malheureux, souffrant de malnutrition, vivant en permanence dans la famine etc. »… La vérité est ailleurs, car ils ne vivaient pas dans ce monde ravagé qui est devenu le nôtre.

    Remontons seulement au Moyen Âge en Europe pour bien comprendre d’où il vient ce monde qui est nôtre. A cette époque, la faim, comme la peste, étaient considérés comme des « fléaux » qu’aucune volonté humaine ne pouvait vaincre. Le concept de fléau est bien sûr d’origine religieuse et fait référence aux malédictions bibliques, aux punitions envoyées par Dieu au peuple des « pêcheurs et des réprouvés ». Quand le fatalisme théologique inculque l’idée folle d’un Dieu vengeur, l’homme ne peut que se résigner et s’incliner. On appelle cela la « nécessité ».

    Or si la faim était vue dans une perspective très différente, comme une grave remise en cause des conditions de vie, comme un drame humain exceptionnel, il y aurait place pour une volonté humaine capable d’y faire face. Nous pourrions penser que le déclin de l’autorité religieuse à la Modernité aurait dû permettre de reconsidérer la question, d’autant que les progrès de la médecine, les progrès technologiques aidant, la perspective d’une éradication de la faim était désormais possible.

    Mais c’est sans compter avec l’influence énorme qu’à eu l’œuvre d’un pasteur anglican, Thomas Malthus sur notre représentation de la faim. Malthus est né en 1766. Il vit dans les années 1780 l’immense transformation de l’Angleterre en puissance industrielle ; une époque charnière où l’aristocratie coloniale sur le déclin cède la place à la bourgeoisie en pleine expansion. C’est l’épopée de l’édification des grandes usines textiles, la gloire du métal et du charbon, et conséquemment, la migration massive des populations paysannes vers les villes ouvrières. Malthus enseigne la morale au Jesus College de Cambridge, puis devient pasteur dans le Surrey. Nous pourrions ici faire un rapprochement ; de même que c’est l’effroi des guerres civiles qui va donner à Hobbes l’impulsion de son œuvre, Le Léviathan, c’est  l’extrême misère des bas quartiers de Londres qui va donner l’impulsion de L’Essai sur le Principe de Population de Malthus. Trop d’enfants mendiants, trop d’alcoolisme, trop de visages blêmes, marqués par une sous-alimentation, trop de souffrance de la faim. Cette angoisse ne va pas le quitter Malthus. Il va rester fixé sur une question obsessionnelle : « Comment nourrir ces masses de prolétaires, leurs enfants innombrables, sans mettre en danger l’approvisionnement en nourriture de la société tout entière ». Il commence par un premier écrit en 1796 qui ne trouve pas d’éditeur : The Crisis. Ce premier texte contient déjà l’idée principale qui sera développée dans son célèbre Essai sur le Principe de Population : Il y a une tendance commune à tous les êtres vivants à développer la croissance de leur espèce au-delà des ressources de nourriture dont ils peuvent disposer, mais cette tendance se heurte à des limites naturelles. Il va répéter et développer ce point de vue. Selon lui, la nature met les vivants dans une contradiction insurmontable : d’une main libérale, elle répand les germes de la vie, mais de l’autre, elle est très avare en nourriture. Elle enferme les espèces dans des limites (texte). L’homme ne peut pas échapper à cette loi,. Ce qui se produit dans le vivant sous la forme de gaspillage des germes, de maladie et de mort prématurée, apparaît chez l’homme sous la forme de la misère. C’est la « loi de la nécessité » qui est la loi de Dieu. (texte) ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Puisque c’est ainsi et que l’homme ne peut pas lutter contre les lois naturelles, il doit s’y conformer et ne pas s’y opposer. Ayant naturalisé la faim, Malthus s’empresse de légitimer toutes les mesures qui iraient dans le sens de la « sélection naturelle » par la misère. « Si un homme ne peut pas  vivre de son travail, tant pis pour lui et pour sa famille » ! (texte) «  Le pasteur doit avertir les fiancés : si vous vous mariez, si vous procréez, vos enfants n’auront aucune aide de la société ». « Les épidémies sont nécessaires ». « Les lois sociales sont nuisibles ». (texte) Il faut que le pauvre sache « que les lois de la nature, qui sont les lois de Dieu, l’on condamné à souffrir, lui et sa famille ». Si les taxes sont écrasantes pour les pauvres, eh bien « tant pis ».

    On imagine l’effet flatteur et agréable de ce discours sur les classes dominantes et le succès que va rencontrer Malthus. Le Parlement britannique débâtit de l’ouvre de Malthus et le Premier ministre s’empressât d’en recommander la lecture. Pensez donc, on avait trouvé là une rhétorique permettant tout à la fois de faire l’éloge la « mission civilisatrice » de la bourgeoisie, (la plus apte à survivre), tout en légitimant la misère, la famine et les charniers. La destruction des milliers de vie par la faim étaient certes effroyable, mais « nécessaire » à la survie de l’humanité (sic). ...

    Malthus a « libéré les Occidentaux de leur mauvaise conscience ». Si le spectacle de la dégradation humaine par la faim est révoltant, insupportable et insoutenable, le mental avait trouvé avec Malthus un laïus pour s’en dégager, faire écran et se donner bonne conscience. « En naturalisant le massacre, en le renvoyant à la nécessité, Malthus a déchargé les Occidentaux de leur responsabilité morale ». (texte)

    2) Or il y une responsabilité humaine dans l’édification de structures sociales et dans des politiques qui provoquent nécessairement dans leurs effets collatéraux l’indicible souffrance de la faim. Il a fallu les horreurs de la dernière guerre et les camps d’extermination pour que dans la conscience des peuples s’élève un cri : « plus jamais ça ! » La conscience de l’identité entre tous les êtres humains commençait à se manifester. Un sursaut de conscience prodigieux. En 1946, les États membres de l’ONU ont créé la FAO, l’organisation mondiale pour l’agriculture. Le 10 décembre 1948 64 États membres adoptèrent l’unanimité la Déclaration Universelles des Droits de l’Homme qui consacre son article 25 au droit à l’alimentation. (texte) Non seulement cela, mais face aux catastrophes, ils décidèrent aussi de créer en 1963 le PAM, le Programme alimentaire mondial pour l’aide d’urgence.

    Au sortir de la plongée dans l’abîme du nazisme, une évidence s’imposait : « l’éradication de la faim est de la responsabilité de l’homme, il n’existe aucune fatalité en cette matière. L’ennemi peut être vaincu. Il suffit de mettre en œuvre un certain nombre de mesures concrètes et collectives pour rendre effectif et justifiable le droit à l’alimentation ».

    L’histoire retiendra le nom de Josué de Castro pour avoir, par son œuvre scientifique, sa vision et son action, marqué son époque. En contre-pied exact de Malthus, Josué de Castro démontre patiemment et de manière implacable que la faim procède en définitive des politiques conduites par les hommes. Une fois que l’on en a repéré les causes, elle peut être vaincue et éliminée. Il publie en 1946 Géographie de la Faim qui est le résultat d’une enquête très détaillée auprès des journaliers agricoles au Brésil. Il apporte la preuve que ce n’est pas la surpopulation des campagnes et des villes qui est responsable de la progression de la faim, mais exactement l’inverse. Par réflexe de survie, les plus pauvres multiplient les naissances par angoisse du lendemain, en comptant sur leurs enfants comme assurance-vie : s’ils survivent, leur tâche serait d’aider leurs parents à vivre sans mourir de faim. D’où ce proverbe brésilien : « La table du pauvre est maigre, mais le lit de la misère est fécond ». On notera à l’inverse qu’avec l’abondance dans les pays développés, le taux de fécondité tend régulièrement à baisser. Castro observe dans Documentario do Nordeste qu’il faut chasser définitivement les préjugés raciaux. Si les métis sont « paresseux », « diminués » et « affligés de déficits mentaux » ou « d’incapacités », ce n’est pas en vertu d’une « tare raciale », mais en raison de leur estomac vide. Le manque de nourriture empêche un développement harmonieux des capacités. Si le travail du métis rend peu, c’est qu’à chaque pas il souffre par manque de combustible. Il suffit d’enquêter sur le terrain pour le comprendre. Mais l’idéologie comme toujours fait écran : « Les classes dirigeantes brésiliennes blanches étaient aveuglées par leurs préjugés raciaux ». (texte) Par la suite, ------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Alain Bué, continuateur de Josué de Castro, condense ses conclusions de manière abrupte : dans ce monde tel qu’il est, « Quiconque a de l’argent mange, qui n’en  pas meurt de faim ou devient invalide ». Cependant, même enrégimenté avec une bonne conscience malthusienne, ceux qui ont de l’argent sont encore hantés par le spectre de la sous-alimentation et de la malnutrition. Ils savent fort bien qu’en elle gît un ferment de violence. D’où cette formule saisissante de Josué de Castro : « la moitié des Brésiliens ne dorment p

 

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Questions:

1. La démographie humaine rend-elle la question de la faim insoluble?

2. Dans quelle mesure les institutions fondée pour lutter contre la faim dans le monde peuvent-elles rester indépendante du pouvoir de l'argent?

3. Sur quels arguments se fonde l'idée d'une fatalité de la faim?

4. Avant de rencontre Malthus, Darwin n'était pas darwinien. Qu'en pensez-vous?

5. En quel sens la faim dans le monde n'est-elle qu'un problème d'argent plus que de ressources?

6. Attribuer un revenu minimum à tous les être humains sur terre pourrait-il aider à résoudre la question de la faim?

7. Peut-on légitimer l'utilisation de la terre pour produire des agrocarburants, tant qu'il y aura sur terre des hommes qui meurent de faim?

 

Vos commentaires

  © Philosophie et spiritualité, 2011, Serge Carfantan,
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