Leçon 123.     La primauté des valeurs     pdf téléchargement     Téléchargement du dossier de la teçon

    La crise de notre époque actuelle, est une crise des valeurs. cf. Ellul (texte) Quand plus rien ne semble avoir de sens, c’est que nos valeurs ont cessé de faire l’unanimité et sont à la dérive. L’intégrisme fait front sur la déliquescence des valeurs et prône un retour à la lettre des Écritures sacrées, une restauration des valeurs à partir du religieux. Le civisme commande le respect des valeurs humaines, mais c’est à peine si l’éducation civique parvient à assurer la transmission des valeurs de la laïcité. Le phénomène de perte des valeurs est lisible dans la perte des repères dont souffre la jeunesse. La consommation de masse, en véhiculant une image publicitaire de l’humain, n’assure pas de transmission de valeurs. Elle est un culte de l’image de marque et une glorification du spectaculaire, de l’immédiat et de l’éphémère, qui contribue au sens diffus de déracinement.

    Nous vivons dans les décombres d’une lente déconstruction des valeurs entamée dans le XXième siècle, sous les coups de boutoirs de toute une série de remises en cause. Nietzsche s’est fait le héros du renversement des valeurs en accusant la morale chrétienne d’être une idéologie décadente. Le marxisme a réduit les valeurs à être un sous-produit d’un système économique. C’est contre les « valeurs bourgeoises » que se sont dirigées toutes les critiques, pendant cette période d’effervescence intellectuelle qu’a été la période des années 60-70.

    Nous en sommes là, à employer le mot « valeur » pour essayer de laborieusement fixer ce qui pour nous a une importance, ce à quoi nous tenons par-dessus tout et qu’il ne faudrait pas lâcher. Mais il faut avouer que le terme de valeur est assez flou. On a toujours l’impression d’être dans le vague quand on en parle. C’est d’avantage un concept opératoire dans des champs différents de connaissance, qu’une idée précise. Qu’est-ce qu’une valeur ? Qu’est-ce qui ...

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A. La classification des valeurs

    Partons d’une définition simple : une valeur est ce qui fait l’objet d’une préférence, ce qui est estimé, préféré ou désiré par un groupe de sujets déterminés. Par exemple, pour un aristocrate, la noblesse constitue une très haute valeur. Toute valeur, de ce point de vue, est sociale. Il n’y a pas de valeur strictement individuelle et les jugements de valeur ont toujours un caractère collectif. En disant : "un groupe de sujets déterminé", nous voulons préciser ici que les valeurs peuvent aussi être discutées et même parfois rejetées, et elles sont en tout cas différentes d’un groupe social à un autre. C’est d’ailleurs une manière de se situer au sein d’une entité collective que de se définir par des valeurs, en rejetant celles d'une autre entité collective : « nous n’avons pas les mêmes valeurs eux et nous !».(texte) Si on tente une classification approximative, on peut marquer les distinctions suivantes en faisant la différence entre les :

    La réussite sociale, est une valeur partagée par les américains. La préférence avouée en faveur du gain, du profit, et de l’argent en font des valeurs. Ce type de valeur est très visiblement une valeur matérielle. Le financier manie cette valeur, l'économiste l’étudie. Pour la préciser, l’économie, avec Adam Smith, a marqué une distinction entre la valeur d’usage et valeur d’échange. L'objet d’étude spécifique de l’économiste est avant tout d’expliquer comment s'établit un prix sur un marché. Pour résoudre ce problème, il doit définir l'essence de la valeur économique des choses. Il distingue donc valeur d'usage et valeur d'échange et distingue ce qui est dû, dans la constitution de la valeur, à la matière première, au travail humain, au rapport de l'offre et de la demande. Il est important de noter que dans le contexte postmoderne qui est le nôtre, un glissement de sens très important s’est effectué en faveur de cette définition de la valeur. Notre matérialisme ambiant se reconnaît en ce que le mot même de valeur dans l’opinion évoque immédiatement l’argent. (texte) Il est patent que l’argent est notre première valeur et il est implicite que nous croyons que c’est justement avec de l’argent que l’on peut obtenir les autres valeurs. Personne n’ose le dit haut et fort, mais c’est bien ce que pense la plupart d’entre nous et c’est ce que globalement la société de consommation propose. Le luxe, la richesse en sont des valeurs explicites.

    Nous pouvons aussi noter que c...

    Quand on interroge le public pour savoir quelles sont les valeurs les plus importantes, parmi les premières à être citées, il y a bien sûr la santé. Il est assez étonnant de remarquer que le mot français valeur dérive en fait du latin valere où ce terme est un verbe qui veut dire, entre autres, « être bien portant ». Les auteurs latins terminaient leurs lettres par des formules du genre Si vales, bene est (si tu te portes bien, c'est bien) ou encore, Si vales, gaude (si tu te portes bien, je me réjouis).

    La santé est une valeur qui se rattache au plan du vital en nous, elle est liée à une valeur centrale qui est la vie. Nous avons construit autour de la valeur santé d’énormes institutions, des corps de métiers, une spécialisation et des compétences. Notre préoccupation pour la santé a une importance qui dépasse le cadre des institutions officielles, témoin l’énorme activité des médecines parallèles et l’intérêt général pour tout ce qui touche à la valeur bien-être ; témoin l’engouement collectif, le culte qui entoure le sport et toutes les disciplines corporelles. Nous sommes dans une époque postmoderne et la valeur centrale entre toutes est le plaisir. Valeur vitale par excellence, celle du plaisir sexuel, des plaisirs de la table, du jeu et des émotions fortes etc. Il est inutile de développer ce point. Il suffit de jeter un regard par la fenêtre pour lire les publicités. On peut même se demander à juste titre si dans notre monde, le plaisir vital n’est pas devenu l’unique valeur.

    P

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    « La valeur n’attend pas le nombre des années » dit Corneille. Un homme peut manifester de la grandeur, de l’honnêteté, de la droiture, de la véracité, un courage, un sens

 

élevé de la responsabilité, etc. sans que l’expérience en soit le fruit. Nous reconnaissons collectivement dans ces vertus des valeurs qui méritent notre respect. On ne parle plus des vertus. On parle surtout des valeurs morales. C’est toute la différence entre Aristote et nous. Nous disons de celui qui manifeste de grandes qualités morales qu’il a un certain « sens des valeurs ». Le code moral de la chevalerie, le code d’honneur des samouraïs, la chartre des compagnons du devoir, supposent l’attachement a des valeurs morales. Il est entendu ici que les valeurs sont enveloppées dans un idéal commun. On voit la différence avec la catégorie précédente en ce que la valeur implique ici une pureté d’intention, une générosité, un don de soi qui se situe à l’opposé de la valeur économique. Le don n’est pas l’échange. Celui qui vient incarner une valeur se donne à elle et ne se situe pas dans le contexte de ce qui peut s’acheter et se vendre. La différence est tellement nette que justement on attend d’un responsable d’entreprise qu’il ait les qualités morales nécessaires et pas seulement une compétence dans son métier. Ce qu’attend un chef d’entreprise qui embauche, c’est non seulement une efficacité pratique, mais aussi des qualités morales qui puissent justifier sa confiance dans son employé.    

    Malheureusement, i... une dimension politique forte : la liberté, l’égalité, la fraternité, la solidarité, la suprématie du droit etc.

    Enfin, c’est aux valeurs morales que se rattachent les valeurs religieuses. Il est évident que le croyant fait sienne certaines valeurs qu’il considère comme la spécificité de sa religion et c’est par là qu’il a souvent tendance à s’opposer à la spécificité des autres religions. Les valeurs religieuses ne constituent pas en fait une catégorie à part, mais une manière de fonder les valeurs morales différemment, en les appuyant sur une autorité incontestable. Celle du texte sacré, celle de Dieu.

    Les valeurs morales sont très marquées par la dualité, car il est sous-entendu en chacune une opposition bien/mal. Il y valeur/non-valeur, vertu/vice, courage/lâcheté, honnêteté/malhonnêteté, véracité/mensonge, responsabilité/irresponsabilité, liberté/servitude, égalité/inégalité, etc.

    Parce que nous sommes la plupart du temps englouti dans la considération des valeurs économiques, nous avons tendance, par réaction, à souligner ce qui dépasse la trivialité de nos valeurs matérielles. C’est alors vers l’art que nous nous tournons pour montrer que notre civilisation ne vaudrait guère son content de peine et de misère, si l’art n’était pas là pour racheter notre existence. Comme le dit Giono, l’homme a besoin de s’entourer de beauté, tout autant qu’il a besoin de pourvoir à sa propre survie. Nous entourons les musées de vénération et ils sont de fait devenu les temples de notre dernière spiritualité. Nous ne visitons plus un cathédrale parce qu’elle est la maison du seigneur, mais parce qu’elle est un monument qui vaut pour sa beauté esthétique. Nous souhaitons que nos enfants trouvent le goût du commerce des grands écrivains. Nous voudrions leur faire partager notre amour de la musique. Nous attendons de l’art qu’il élève l’homme intérieur et le sorte de sa brutalité ordinaire. Le sublime de Shakespeare, la naïveté et le charme d’Homère, la perfection de Bach, méritent largement que l’on consacre sa vie à vouloir les communiquer. Ce sont des valeurs plus éternelles que les séductions passagères des modes. Nous admettons que l’enseignement artistique a toute sa place dans l’éducation et il nous semblerait très inquiétant de le voir disparaître. Person...

    Les valeurs esthétiques ne sont pas soumises à une emprise de la pensée duelle aussi forte que les valeurs morale. Le sens esthétique est justement tout en nuance. Seul un esprit inculte tranche brutalement devant une œuvre d’art en disant c’est beau/c’est moche. Une sensibilité éveillée ne dirait jamais cela. Il en est de même pour tout ce qui relève des sentiments esthétiques les plus raffinés.

    Notre époque parle dans le langage de la science, comme d’autres époques ont parlé dans le langage de la philosophie ou dans le langage de la religion. S’il est une chose qui pour nous a une valeur suprême, c’est bien la pensée. La culture occidentale est avant tout une culture intellectuelle. Une culture qui est aussi marquée, depuis la modernité, par l’approche objective de la connaissance que constitue la science. De fait, la vérité, la clarté, la rigueur, la cohérence logique, la fécondité intellectuelle, l’objectivité, par exemple, sont effectivement des valeurs auxquelles nous tenons et pas seulement des exigences formelles. Notre éducation est un héritage de la Modernité et des valeurs intellectuelles qu’elle nous a laissé. Certes, il ne fait pas bon, dans un monde postmoderne, de mettre en avant des exigences intellectuelles très élevées. C’est en contradiction avec l’air du temps. Cependant, - cela fait partie de notre inconséquence - de fait, il faut bien remarquer que c’est exactement par ce moyen que nous pratiquons la sélection des meilleurs. Se servir des mathématiques comme d’outil de sélection n’est pas seulement une question de facilité (la correction d’un devoir de mathématiques a une réputation d’objectivité), mais c’est un choix qui vient de ce que nous privilégions avant tout les valeurs intellectuelles, sous leur aspect le plus formel. Platon avait mis au fronton de l’Académie « nul n’entre ici s’il n’est géomètre », mais il accordait aussi une grande importance à la culture physique et esthétique. Il évoque dans le Philèbe.

 

l’importance de la vie mixte, ce qui ne fait pas de l’élan de la philosophie une ascèse. Platon plaçait au sommet du développement de l’humain le développement de l’intuition, l’art du raisonnement en vue l’acquisition de la sagesse. Nous autres, nous n’avons que faire de la sagesse, nous attachons surtout de l’importance au calcul, à la gestion, à l’organisation. Personne ne songerait aujourd’hui à tester la culture, la finesse de la pensée d’un candidat à une institution, par une dissertation de philosophie. Il nous semble normal de sélectionner les futurs médecins par des épreuves de mathématiques.

    Nous sommes attachés aux acquis de la physique, aux prodiges de la génétique, aux développements de l’histoire et des sciences sociales. Nous sommes fiers de notre histoire intellectuelle. Ce serait un retour à la barbarie que d’y renoncer. Ce que nous souhaitons, c’est qu’il soit largement vulgarisé. Ce que nous souhaitons aussi, c’est que notre technique ne produise pas de désastre et qu’un supplément d’âme couronne notre savoir. (texte) Ce qui est une timide concession à l’espoir que notre savoir puisse servir à plus de sagesse et à moins de folie.

    Remarquons que les valeurs i

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     © Philosophie et spiritualité, 2005, Serge Carfantan.
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