Leçon 124.   Le hasard dans l'univers     

     En 1999, lors d’un flash d’informations sur une radio, à la va-vite entre toutes sortes d’annonces, un journaliste annonçait que l’on avait vu une grande quantité de mouettes rentrer à l’intérieur des terres. Deux heures plus tard se déclenchait une des plus grandes tempêtes qui ait soufflé sur l’Europe depuis un siècle. Sur la même radio, personne ne pensa faire le lien entre ce qui avait été dit précédemment au sujet du vol des oiseaux et l’événement de la tempête. (document) Nous pouvons considérer qu’il s’agit là seulement d’une coïncidence et qu’il n’y a pas de lien, car on a affaire à deux phénomènes séparés. Quand deux événements rares se produisent sans lien de causalité, nous faisons intervenir le hasard.
    Cependant, pour tous ceux qui vivent près de la Nature, pour les marins par exemple, ce n’était certainement pas une coïncidence, mais plutôt un signe. Les animaux sentent quand une catastrophe naturelle est imminente : les mouettes étaient en train de se replier à l’intérieur des terres pour se protéger. Il y a une relation entre les deux phénomènes et pas de hasard en cette affaire. C’est de notre part rien de plus qu’un aveu d’ignorance de déclarer que ce n’était là qu’un simple hasard. Notons à ce propos qu’il y a eu des témoignages exactement semblables lors du gigantesque tsunami de 2005, dans les eaux de la Thaïlande. Deux événements que nous croyons séparés et indépendants peuvent être en réalité liés.
    Ceci nous reconduit à l’interprétation que nous donnons communément du hasard. Invoquer le hasard, est-ce de notre part une attitude de prudence ? Les phénomènes qui se produisent dans la Nature enveloppent-ils une intervention du hasard ? Le hasard peut-il constituer une explication ? Y a-t-il un ...

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A. Hasard et mécanisme

    Le terme hasard désigne ce qui dans les phénomènes apparaît fortuit, imprévisible. Un jet de dé donne la combinaison de chiffres 12, le jet de dé suivant donne 10, le suivant donne 3 etc. Chaque jet est différent du précédent, mécaniquement parlant, on ne voit pas comment il pourrait y avoir des liens. C’est un hasard si le 12 et tombé d’abord, puis le 10, puis le 3. Est-ce à dire que le hasard est une composante objective des phénomènes ?

    1) Dans le paradigme mécaniste inauguré par Descartes et Galilée, l’apparition des phénomènes dans la Nature est interprété à travers un concept de causalité très particulier. Le mécanisme élimine trois des quatre formes de causalité retenues par Aristote et ne garde que la causalité motrice. Il représente la causalité des événements qui se déroulent dans la Nature dans un schéma strictement linéaire. Une boule de billard cogne une autre boule, qui en cogne une autre qui vient heurter la troisième. La séquence est linéaire. Si un phénomène B, comme la chute de la tuile du toit se produit, c’est parce qu’antérieurement, une série de causes (R) a ---------------conduit à l’apparition de l’effet B à partir de A. Le bois qui soutenait la tuile était pourri, le vent soufflait ce jour là, la tuile s’est détachée, conformément à la loi de la chute des corps, elle est tombée à terre. On peut remonter dans une série causale de B, vers A, de telle sorte que nécessairement B devait apparaître à partir des conditions initiales placées en A. On peut placer sur une même ligne x, la série causale des événements.
    Dans son Essai sur les Fondements de nos Connaissances, Cournot part de l’hypothèse selon laquelle il existerait, au sein des phénomènes naturels, plusieurs séries causales indépendantes ; et c’est précisément de leur croisement que naîtrait ce que l’on appelle le hasard. Dans le schéma précédent, supposons que j’ai eu mal aux dents, ensuite j’ai appelé le dentiste pour un rendez-vous. Je pars à pieds en prenant un raccourcis passant sous cette maison à la toiture endommagée. C’est une autre série causale, la ligne
y, venant cette fois d’une intention humaine. Les deux séries causales indépendantes se croisent et je me prends la tuile sur la tête. C’est un hasard si se produit l’événement C, la blessure à la tête. Selon Cournot, le hasard est le caractère d’un événement amené par « la rencontre de phénomènes qui appartiennent à des séries indépendantes dans l’ordre de la causalité » (texte). A moins d’être superstitieux, je ne vais pas dire que la tuile l’a fait exprès ! L’événement n’est pas sans cause. La raison de la chute de la tuile ne vient pas du fait que je passais par là. Il se trouve simplement qu’il y a eu un croisement malencontreux de deux séries causales indépendantes. De ce point de vue, le hasard n’est pas dû à notre ignorance, mais il correspond à l’interférence de processus objectifs et qui peuvent être déterminés comme tels. Le déterminisme et le hasard sont, de ce point de vue, parfaitement compatibles, à condition que l’on admette : (texte)

    a) d’une part l’existence des séries causales, ce qui justifie la nécessité présente dans les phénomènes,
    b) d’autre part l’indépendance des séries causales, ce qui justifie la contingence présente dans les phénomènes.

    Il existerait donc des faits ayant un caractère purement fortuit, ou entièrement aléatoire, non par eux-mêmes, car tout phénomène surgissant au sein de la nature est déterminé, mais seulement en raison de leurs rencontres, au croisement de lignes causales indépendantes.

    2) En restant à l’intérieur du point de vue objectif, la thèse est soutenable, mais il fait abstraction du point de vue subjectif qui est le nôtre en tant qu’être humain conscient et intelligent. Il est dans la nature de l’état de veille d’être une conscience intentionnelle. La conscience est conscience d’un objet et elle tend vers un objet, comme sa visée propre. Avec l’apparition du temps au sein de l’action, l’intention se projette et l’intentionnalité prend la forme de la motivation. L’intention dessine un but à atteindre et mobilise des raisons d’agir. Nous donnons un sens à ce qui survient au cours de notre action conformément à des raisons.

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    Et c’est sur ce point qu’il est important de saisir l’importance de la notion de probabilité que Cournot introduit :
    « Si l'on a extrait quatre fois de suite une boule noire de l'urne qui renferme autant de boules blanches que de noires, on dira que cette combinaison est l'effet d'un grand hasard ; ce qu'on ne dirait peut-être pas si l'on avait amené d'abord deux boules blanches et ensuite deux boules noires, et à plus forte raison si les blanches et les noires s'étaient succédées avec moins de régularité, quoique, dans toutes ces hypothèses, il y ait une parfaite indépendance entre les causes qui ont affecté chaque boule de telle couleur et celles qui ont dirigé à chaque coup les mains de l'opérateur. On remarquera le hasard qui a fait périr les deux frères le même jour, et l'on ne remarquera pas, ou l'on remarquera moins celui qui les a fait mourir à un mois, à trois mois. »

    L’idée qu’un événement résulte d’une combinaison, signifie que ce n’est qu’un possible parmi d’autres, tiré d’une combinatoire produit par un jeu de hasard. Un tirage entre des boules blanches et noires. Un jet de dés. Compter jusqu’à vingt dans le train, pour attendre une lumière dans la nuit etc. Jouer à pile ou face. A la roulette russe. Cournot raisonne en supposant que chaque séquence causale dans la Nature est assimilable à un coup de dés indépendant des autres. Si on partait d’un modèle différent, comme celui d’un jeu de l’intellect, tel que les échecs, on ne pourrait pas aboutir aux mêmes conclusions. Dans les échecs, chaque coup se prolonge dans le suivant dans une relation logique, rationnelle. C'est la rationalité de l'action. Le jeu forme un système dans lequel tous les éléments sont liés. Le joueur qui se retrouve avec seulement une dame et deux pions devant le roi de l'adversaire n’y est pas parvenu « comme çà », « par hasard ». Il y est parvenu dans un développement qui a ses raisons, ce qui n’est pas la situation d’un jeu de hasard. Selon la théorie des probabilités, un coup est séparé des précédents. Il n’y a pas de raison logique entre les deux. Seulement des probabilités. La possibilité que soit tiré quatre boules noires de suite est très faible. Il serait plus attendu d’avoir deux boules blanches, puis des noires, ou des séries en désordre. Qu’un ordre apparaisse, qui ressemblerait à une liaison logique est surprenant. Le paradoxe, c’est qu’il existe pourtant des lois mathématiques des probabilités, des lois statistiques, (texte) on peut dire des lois du hasard. Mais celles-ci prescrivent par avance une attente du désordre et non pas de l’ordre. Notons aussi que le hasard est ici produit par un mécanisme qui le génère. Il est nécessaire de disposer d’un générateur de hasard, pour être sûr que l’on produit bien de l’aléatoire (pour la loterie, un tirage au sort, dans la musique contemporaine, en informatique etc.).

    Il est très important de ne pas perdre de vue la représentation délibérément fragmentaire des processus de la causalité adoptée par Cournot (texte). Il raisonne sur le fond d’une ontologie de la division, tout en s’inscrivant à l’intérieur du paradigme mécaniste légué par la Modernité. Dans le même texte, Cournot insiste : Il faut « s'attacher exclusivement à ce qu'il y a de fondamental et de catégorique dans la notion du hasard, savoir, à l'idée de l'indépendance ou de la non-solidarité entre diverses séries de causes ». Du point de vue de Cournot, le hasard existe, parce qu’il existe des faits fortuits, aléatoires ; cependant, ce ne sont pas les faits eux-mêmes, pour autant qu’il sont soumis chacun à leur nécessité physique, qui sont le hasard, le hasard est seulement tissé par leurs rencontres improbables.


B. Le hasard, le vivant et l’Histoire

    Dans quels domaines cette théorie peut-elle être appliquée ? Cournot a lui-même tiré les conséquences de sa théorie du hasard dans le domaine de l’économie et de l’histoire. La biologie contemporaine s’est emparée de la définition du hasard de Cournot pour l’appliquer aux mécanismes de l’évolution. Nous allons examiner deux exemples :

        1) La biologie contemporaine s’inscrit dans le paradigme néodarwiniste qui s’est aussi approprié la définition du hasard de Cournot. Elle s’est appliquée à utiliser la théorie du hasard pour donner une solution à deux problèmes : celui de l’origine de la vie et celui des mutations génétiques.

     a) Si on admet en effet la théorie du hasard, la formation de la Terre semble résulter d’une combinaison assez inouïe d’événements. La chance d’obtenir une planète avec une exposition au soleil suffisante, mais pas trop forte, avec une gravité suffisante, une température moyenne était très mince. Ajoutons à cela la présence de l’eau sous la forme liquide, une proportion correcte entre les terres émergées et l’eau, une atmosphère favorable. La Terre a eu la chance extraordinaire de disposer d’une lune qui stabilise, par effet des marées, l’axe de la terre. Cela fait déjà beaucoup de conditions. L’exploration du système solaire par des sondes spatiales nous a fait prendre conscience, par contrecoup de la singularité remarquable de la Terre. Nous n’avons trouvé que des systèmes morts, extrêmement diversifiés. Ni Mars et Vénus, pourtant de taille assez semblable à celle de la Terre, situées à une distance similaire par rapport au soleil, n’ont pu accueillir la vie. La Terre est un « miracle » dans le système solaire. C’est un hasard extraordinaire si la vie a pu apparaître, au sein de la soupe primitive que formait l’océan terrestre. C’est en vertu du hasard du croisement d’un rayon cosmique d’un côté (série x) et de l’instabilité de composés chimique (série y),  qu’ont surgit les premiers acides aminés. Les biologistes ne savent pas estimer, même en ordre de grandeur statistique approximatif, la probabilité d'apparition du vivant. Ils ne savent pas non plus vraiment expliquer comment se sont fabriquées les premières molécules prébiotiques. Le mystère demeure quant à l’identification des processus chimiques et physiques qui ont abouti aux premières cellules.  Par contre, ce dont, par principe, personne ne doute à l’intérieur du paradigme néodarwinien, c’est que la vie soit la résultante fortuite de séries causales indépendantes et que son apparition soit issue de la conjonction du "hasard et de la nécessité", selon le titre de Jacques Monod. C’est la puissance objective des chiffres qui sert ici de preuve. Revenons sur les probabilités de Cournot. Soit un jeu du loto à 20 chiffres. Il sortira bien un numéro particulier au tirage, mettons : 45.893.001.285.498.771.081. Il ne pouvait pas être prédit à l’avance, parce qu’il n’est qu’une possibilité sur 1020. Une fois qu’il est apparu, ce numéro n’est qu’un possible. Il est séparé causalement du tirage précédent et de son résultat, il n’a rien à voir avec le tirage suivant. Au nouveau tirage il n’y a encore qu’une possibilité sur 1020  de sortir à nouveau ce numéro. On admet que, selon la théorie des probabilités, pour rester dans le contexte du monde physique et de ses possibilités, les exposants doivent rester à deux chiffres, au-delà, on tombe dans l’impossible. Or si on suit les conclusions de Jacques Monod dans Le Hasard et la Nécessité,  la biochimie exigerait des millions en exposant ! La vie est très hautement improbable. D’un point de vue statistique, en accord avec la théorie du hasard, il est donc impossible qu’il puisse y avoir de la vie ailleurs dans l’univers.

    ---------------b) La génétique a montré que l’information qui assure la structure du vivant se trouve codée dans l’ADN et transmise par l’ARN aux protéines de structure. Cette information est faite pour se conserver intacte. Or, selon Monod, les être vivants n’échappent pas à l’usure, les perturbations et l’entropie. Il s’ensuit une accumulation d’erreurs qui dégrade peu à peu la ...

    Le code de l’ADN est écrit sous la forme de séquences de nucléotides. Il est transmis tel quel à chaque génération, ce qui explique la remarquable stabilité des espèces. Ainsi les fougères de nos sous-bois n’ont presque pas changé depuis des millions d’années et l’on retrouve leurs traces dans des roches de l’époque des dinosaures. Si une modification légère apparaît par hasard dans le code, elle est transmise et dupliquée en quelque sorte. Ainsi ce sont ces erreurs de transmission qui en viennent à modifier au hasard le code du vivant, en l’écrivant différemment, ce qui produit des fonctionnalités différentes. Là-dessus Monod est catégorique et nettement dogmatique : « Il s’ensuit nécessairement que le hasard seul est la source de toute nouveauté dans la biosphère. Le hasard pur, le seul hasard à la racine du prodigieux édifice de l’évolution : cette notion centrale de la biologie

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    Le fait que Monod insiste pour dire que le hasard est la seule source possible d’altération, à moins d’être un dogme, devrait se justifier. Or ce type d’affirmation ne trouve sa cohérence qu’à l’intérieur d’une conception de la causalité qui était celle du XIXème siècle. La biologie a trouvé dans l’ADN son noyau fondamental d’information et dans le hasard l’agent perturbateur des mutations. Le tri mécanique effectué par la sélection naturelle est ensuite sensé expliquer l’évolution du vivant. (texte) Les présupposés dans lesquels se meut cette biologie sont encore ceux du paradigme mécaniste de la physique du XIXème siècle. La physique ultérieure est complètement ignorée. De même, l’idée de Nature que l’on trouve chez Monod n’est rien d’autre que celle de la représentation déterministe léguée par les modernes. Pas de trace ici de la nouvelle représentation systémique de la Nature. Et pourtant, comme le dit Frijoff Capra dans Le Temps du Changement : « Les concepts darwiniens de la variation aléatoire et de la sélection naturelle ne sont que deux aspects d'un phénomène complexe qui pourrait être beaucoup mieux compris dans un cadre holistique ou systémique. Un tel cadre est beaucoup plus subtil et beaucoup plus utile que la position dogmatique de la pseudo-théorie néo-darwinienne, exprimée avec force par la généticien et prix Nobel Jacques Monod ».

    2) La théorie du hasard permet de repenser la philosophie de l’Histoire en modifiant ses présupposés initiaux. On sait que pour Hegel, l’Histoire est conduite par l’Esprit. Les grands hommes ont reçu intérieurement la révélation de ce qui était nécessaire à l’accomplissement de leur mission. Ils ont été des instruments, dont la conscience d’un peuple s’est servi pour aboutir à ses fins. Dès que leur tâche a été accomplie, ils ont été balayés sur la scène de l’Histoire. L’Histoire est le règne de l’Esprit, l’épopée de la Manifestation de l’Esprit et par rapport à elle, toute le reste est accidentel. La philosophie de l’Histoire de Hegel entend éliminer la contingence et le hasard, et montrer que son cours s’est en fait déroulé suivant un Plan Divin. Rien n’a été laissé au hasard, la Providence universelle veille sur l’Histoire. Cependant, le Dieu de Hegel est une représentation religieuse tirée du christianisme. Il conduit l’Histoire de manière assez cruelle, en exigeant son tribu de sacrifices humains. Reste que L’Esprit veille sur l’humanité, parce que l’Esprit est l’Humanité elle-même et n’en n’est pas séparé. L’Esprit enveloppe, domine et achève le règne de la Nature. Il y a nécessairement une causalité globale qui enveloppe la causalité particulière et c’est précisément la Nécessité par excellence, celle de l’Esprit qui conduit le monde.

    La théorie du hasard de Cournot permet de refuser l’interprétation hégélienne de l’Histoire. Il n’y a pas de clé d’interprétation unique de l’Histoire à la manière de Hegel, parce que l’Histoire est toujours différente ; les causes des événements historiques, qu’elles soient économiques, sociale, ou politiques, sont prises dans un processus variable suivant les époques. Mais surtout, Cournot admet l’existence du hasard (texte). S’il y a partout dans l’Histoire du fortuit et de l’aléatoire, son cours ne peut pas être dessiné, comme une courbe reposant sur une fonction mathématique identifiable. Il suffit d’un très petit événement pour changer l’orientation des choses. Il a suffit de l'influence d'un grain de sable dans l'uretère de Cromwell pour que le cours des évènements de l’histoire anglaise ait changé. Si le nez de Cléopâtre avait été plus court, la face du monde eut été changée !  La Nature se charge régulièrement de précipiter toutes sortes de « hasards » : L’irruption de l’Etna qui a enseveli Pompéi, le tremblement de terre d’Agadir et de San Francisco, le tsunami de 2005 en Asie du Sud-est, voilà par excellence ce que nous appelons irruptions de « hasards » dans l’Histoire. On peut multiplier à l’infini les exemples.

    On peut même, comme Rousseau, mettre le hasard à l’origine de l’Histoire de l’humanité, comme le facteur inaugural de l’Histoire. Dans Le Discours sur l’Origine de l’inégalité, Rousseau voit dans ...

    Ajoutons que l’argument du hasard est un dopant très efficace de l’imagination. On peut jouer allègrement sur l’argument de la contingence et fantasmer à vide indéfiniment : Napoléon malade comme un chien à Iéna ou à Waterloo que se serait-il passé ? Et si Staline avait fait une mauvaise chute de cheval ? Si Mussolini avait décidé de faire carrière dans l’opéra au lieu d’entrer en politique ? Et si… etc. Cela ne mène à rien, mais au moins, cela nous persuade que la contingence est plus forte que la nécessité, parce que le hasard existe. On peut pousser à l’extrême : si le cours du temps est régi par le hasard, alors ce n’est que l’arbitraire qui peut en résulter. Ajoutons une dose de pathos existentiel : Si, comme le dit Sartre, l’essentiel, c’est la contingence, si l’existence est seulement l’absurdité par laquelle elle surgit là sans raison, le cours de l’Histoire sort du rien et ne va nulle part. Le temps est chaotique. Il n’y a pas de Providence qui puisse en prendre soin. La Nature est une gigantesque machine abandonnée à elle-même et le cours de l’Histoire est par essence erratique. C’est tout juste si l’homme peut en tenir les rennes, tant il est à la merci du hasard. Les invraisemblances qu’il produit, ou les aberrations que la Nature lui envoie, interdisent d’éviter le hasard. La liberté de faire l‘Histoire est menacée dans son essence par la gratuité absolue et l’absence de finalité d’un monde sans Dieu ou le règne de la Nature ne tend vers aucun achèvement. La causalité fait et défait, sans rime ni raison. L’histoire du monde, selon un mot de Shakespeare, est un conte de bruit et de fureur, raconté par un idiot. En bref, quant à la valeur de l'existence, le nihilisme serait dans le vrai.
    Il faut remarquer que Cournot refuse ce genre d’extrémité, il refuse de donner au hasard plus de place qu’il n’en n’a. (texte) Cournot entend à la fois s’opposer à la fois à une représentation de l'Histoire qui ne garderait que le fortuit et le contingent et à celle qui refuserait de reconnaître la part du hasard dans le cours des événements. (texte) Il admet aussi qu’il est tout à fait possible que dans l’Être tout puisse être lié, mais il veut séparer le point de vue de l’analyse historique avec sa méthode, et celui d’une ontologie.


C. Du hasard à la synchronicité

  

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Vos commentaires

     © Philosophie et spiritualité, 2005, Serge Carfantan.
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Leçon (1) et (3) sur la synchronicité


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